«Osons l'accueil», une initiative citoyenne fribourgeoise pour héberger des réfugiés à la maison

Fribourg, 09.09.2015 (cath.ch-apic) En partenariat avec la Direction de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg (DSAS), un groupe de personnalités emmené par le docteur Bernard Huwiler, médecin retraité à Bulle, se mobilise pour offrir des places d’accueil privées aux requérants d’asile.

Face au drame des migrants chassés de chez eux par des conflits sanglants et des dictatures, un groupe de citoyens fribourgeois solidaires, intitulé «Osons l’accueil!», a décidé d’agir.

Fin août, les requérants d’asile étaient déjà près de 1’600 dans le canton de Fribourg, et plus d’une centaine d’autres arrivent désormais chaque mois. «Au vu de l’urgence», a déclaré le chanoine Claude Ducarroz, mercredi 9 septembre 2015, au cours d’une conférence de presse à la salle paroissiale de St-Nicolas, à Fribourg, «nous voulons offrir un accueil généreux, lucide et responsable». Pour le prévôt de la cathédrale, ériger des murs autour de la Méditerranée est «tout à fait vain».

Une initiative soutenue par l’Etat et saluée par les Eglises

«Nous saluons le soutien qui nous est apporté par l’évêque du diocèse, Mgr Charles Morerod, et par diverses autres personnalités. Notre démarche se veut apolitique et sans influence religieuse, c’est tout simplement une démarche de solidarité citoyenne», a lancé le docteur Huwiler. Face à cette arrivée massive de réfugiés, qui risquent leur vie sur des rafiots en Méditerranée ou qui errent sur les routes d’Europe, il a été lui-même fortement interpellé par ses enfants.

«Nous ne voulions pas agir seuls, sans concertation avec les autorités. L’action ‘Osons l’accueil’ se veut responsable, c’est pour cela qu’il est nécessaire de travailler avec l’Etat. Nous avons contacté Mme Anne-Claude Demierre, qui a tout de suite appuyé notre démarche, qui se déroule ainsi en partenariat avec la DSAS», précise Bernard Huwiler. Du temps de la Révolution française, Fribourg a été en mesure d’accueillir plus de 3’600 réfugiés français, ce qui représenterait une population de 18’000 personnes aujourd’hui, a souligné pour sa part le chanoine Ducarroz, arguant que «La barque n’est de loin pas pleine!»

Un engagement citoyen et chrétien

Le chanoine explique son action tant par une décision citoyenne que par un engagement chrétien: «Nous sommes stimulés par nos Eglises: le pape François s’est rendu en 2013 déjà à Lampedusa, porte d’entrée en Europe des migrants africains, au large de la Sicile. Le pape a demandé dimanche 6 septembre dernier que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille de réfugiés». Pour Claude Ducarroz, si en s’approchant du divin, on s’éloigne de l’humain, alors «on se trompe de Dieu».

Sollicitée par des personnes qui veulent offrir de l’aide aux migrants, la conseillère d’Etat dispose déjà depuis juin dernier d’une plateforme dans ce but. Elle a été contactée il y a une dizaine de jours par l’ancien conseiller d’Etat Pascal Corminboeuf. «Cette demande vient à point nommé», d’autant plus qu’elle a ressenti depuis quelques temps un fort courant de solidarité au sein de la population fribourgeoise.

ORS reste en charge des requérants accueillis dans les familles

Concrètement, «Osons l’accueil!» va transmettre les demandes d’accueil à domicile de requérants d’asile ou les offres de soutien (cours de langue, loisirs, etc.) au site de la DSAS «Fribourg pour tous», qui les analysera et les transmettra ensuite à ORS Service AG, chargé par le canton de l’accueil, de l’encadrement et de l’hébergement des requérants d’asile. Pour plus d’informations sur la démarche, un numéro est opérationnel dès jeudi 10 septembre 2015, à savoir le 0848 246 246 (9h00-12h00 et 14h00-18h00, sauf mercredi après-midi).

En effet, les questions d’assurances, l’organisation des repas, la ‘vie ensemble’, etc. doivent être analysées. L’ORS est chargé d’identifier quel est le requérant ou la famille de requérants qui peuvent être hébergés chez les privés. Ces derniers le font à titre bénévole, avec de cas en cas un petit dédommagement pour certaines dépenses.

Convention signée avec la famille d’accueil

Une convention sera signée avec la famille d’accueil, et la période minimale souhaitée est d’au moins deux mois. «Il ne faut pas oublier que ces familles ont déjà été trimbalées sur les routes et ont affronté de nombreuses situations dangereuses. Elles ont passé déjà plusieurs mois dans les centres fédéraux puis dans les centres cantonaux, elles ont donc besoin d’un peu de stabilité», relève Anne-Claude Demierre.

La conseillère d’Etat note un «énorme élan de solidarité» dans la population en ce moment. Elle dit se sentir désormais moins seule dans le dossier des requérants d’asile. «Cela me met beaucoup de baume au cœur», a-t-elle lancé, suite à l’appui qu’elle a reçu, notamment de la part des Eglises. Elle souligne aussi que, pour des raisons de responsabilité, les mineurs non accompagnés ne pourront pas être placés dans des familles, «mais dans ce cas, on peut organiser des parrainages».

Une charte éthique pour les familles accueillantes

L’ORS reste en charge des personnes accueillies, qui seront accompagnées par un assistant social de l’organisation. Bernard Huwiler précise que l’action peut démarrer rapidement, car d’ici un mois, il y aura déjà des accueils disponibles. Il précise qu’une charte éthique pour les familles accueillantes est en cours d’élaboration: les personnes accueillies n’auront aucune obligation de fournir des contre-prestations à ceux qui les hébergent, sauf si elles veulent donner un coup de main à bien plaire. Elles ne seront soumises à aucune influence, aussi bien politique que religieuse.

Pascal Corminboeuf s’attend bien à des critiques, peut-être de la part de voisins, avec notamment l’argument qu’il y a aussi des Suisses qui vivent dans la précarité et que personne ne les aiderait. Mais il réfute cet argument, tout comme Claude Ducarroz, qui se refuse d’opposer les pauvres entre eux, «au point de les rendre concurrents, voire ennemis». «Nous devons aider les deux, et les Eglises le font, Caritas le fait, les Conférences Saint-Vincent-de-Paul aussi!»

Anne-Claude Demierre mentionne qu’il existe bel et bien des personnes précarisées dans le canton de Fribourg. Pour faire face à ces situations, il existe des dispositifs sociaux, et tout un système de mesures qui se perfectionnent sans cesse. «Nous ne devons pas opposer les uns et les autres: à la fin, nous sommes tous des êtres humains!» JB


Encadré

Communautés religieuses invitées «à ouvrir leurs portes et leurs cœurs aux réfugiés»

Alors que le pape François ne cesse d’interpeller les chrétiens sur la situation dramatique des migrants en Europe et l’accueil des réfugiés, les responsables des Eglises catholique et réformée du canton de Fribourg vont inviter ces tout prochains jours leurs paroisses et communautés religieuses «à ouvrir leurs portes et leurs cœurs aux réfugiés». Cette démarche bilingue et œcuménique est également soutenue par la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre, directrice de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg. Actuellement, le canton loue 420 appartements pour y loger des requérants d’asile qui sont d’abord passés par les centres fédéraux, puis par les centres cantonaux. (apic/be)

 

 

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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