Synode sur la famille : «la montagne ne doit pas accoucher d’une souris», soutient Mgr Vesco

Rome, 10.10.2015 (cath.ch-apic) Mgr Jean-Paul Vesco, dominicain et évêque d’Oran en Algérie, participe à son premier synode. Près d’une semaine après le début des travaux du Synode ordinaire des évêques sur la famille, il ne cache pas ses interrogations sur le résultat de cette assemblée qu’il voit pourtant comme «une démarche extrêmement forte». Notamment favorable à une évolution pastorale en faveur des divorcés-remariés, Mgr Vesco assure à I.MEDIA que «la montagne ne doit pas accoucher d’une souris» et que quelque chose de l’intérieur de l’Eglise est amené à bouger.

Au terme de cette première semaine de synode, quel est votre sentiment sur les travaux en cours ?

Mgr Jean-Paul Vesco: Je vois une énorme organisation humaine, d’énormes moyens intellectuels et matériels mis en œuvre. Et je me demande un peu pourquoi… en effet, la montagne ne doit pas accoucher d’une souris. Le problème est de faire travailler ensemble 270 représentants de tout le gouvernement de l’Eglise. On a un texte, l’Instrumentum Laboris, qu’il faut amender et modifier, avec 13 groupes. On aboutira à un texte qui pourrait ne pas parler au monde. On nous fait travailler comme si il fallait produire un texte, dont on nous dit qu’il sera pour le pape. Il sera distribué aux 270 pères synodaux, donc évidemment publié. Si l’on fait tout cela, c’est certainement pour que l’Eglise fasse un chemin, de l’intérieur… je demeure partagé. Le Saint-Père donne des messages en plusieurs sens, on ne sait pas du tout ce qu’il attend.

En effet, le pape a simultanément invité au courage apostolique, à un nouveau souffle pastoral, et rappelé la fidélité à la doctrine de l’Eglise. Cela vous semble contradictoire ?

J-P. V.: On sent bien ces deux tendances dans le synode et le pape a raison de les mener de concert. Le synode ne se concentre pas autour de questions précises mais de ces deux tendances. Faut-il réaffirmer les grandes valeurs chrétiennes de la famille? On réaffirme alors les fondamentaux. Mais on sait que l’on parle à quelques pourcents de la population mondiale, les catholiques. Ou alors, au contraire, on veut avoir une Eglise qui parle au monde. Dans ce cas-là on doit sentir que quelque chose change dans son rapport au monde. C’est cela que j’aimerais sentir et que l’on risque de ne pas retrouver dans le document final. Mais après, il y a ce que le pape fera de ce synode.

Comme l’an passé, une question plane donc sur ce synode : jusqu’à quel point peut-on faire évoluer la pastorale sans toucher à la doctrine ?

J-P. V.: Je crois que cela ne touche pas la doctrine elle-même, mais une interprétation de la doctrine. Le pape lui-même a dit que ce synode était pastoral et non doctrinal. Mais si c’est pour faire un beau texte afin de dire ce que l’Eglise pense de la famille, pour redire ce que l’on a toujours fait, ce n’était pas nécessaire de faire deux synodes et de lancer dans une démarche synodale l’ensemble des baptisés du monde entier. C’est tout de même une démarche extrêmement forte. Cela signifie à mes yeux que quelque chose de l’intérieur de l’Eglise est amené à bouger. Si c’est pour redire la même chose, il valait mieux un comité d’experts et un beau texte, comme le pape sait en faire. Il veut donc nous interroger, ce n’est pas pour rien. Il veut certainement que nous dialoguions. C’est important et c’est ce qui est en train de se passer. Il y a d’ailleurs eu un réajustement entre les deux synodes avec la multiplication des groupes linguistiques où l’on constate une vraie synodalité. Malgré tout, cela risque d’être décevant. C’est forcément le plus petit dénominateur commun qui en sortira. (apic/imedia/ami/mp)


Encadré :

« Tout amour véritable est indissoluble »

Mgr Jean Paul Vesco s’est fait remarquer en février dernier par la publication d’un livre intitulé Tout amour véritable est indissoluble.

Dans cet ouvrage, le dominicain, ancien avocat, refuse l’amalgame entre des situations humaines forcément différentes. Un livre qui envisage d’un même mouvement la théologie catholique de l’amour et la foi dans les sacrements, la pratique du droit canon dans l’Église et les principes fondamentaux du droit universel. Car le vrai débat ne porte pas sur une prétendue tension entre la vérité et la miséricorde. Au contraire, le pari qui commande cette réflexion est de montrer comment il peut être fait miséricorde au nom même de la vérité. Juriste de formation, dominicain par vocation, le frère Jean-Paul Vesco a été prieur de la Province de France avant d’être nommé, en 2012, évêque d’Oran

Tout amour véritable est indissoluble, de Jean-Paul Vesco. Ed. du Cerf, 112 pages – févr. 2015.

 

Maurice Page

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