Inquiétant exode des chrétiens réfugiés au Kurdistan irakien

Königstein, 29.10.2015 (cath.ch-apic) Les réfugiés chrétiens irakiens sont de plus en plus nombreux à quitter le pays, n’ayant plus aucun espoir de pouvoir retourner avant longtemps dans leurs villes et villages d’origine, affirme Mgr Bachar Matti Warda, archevêque chaldéen catholique d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan d’Irak.

Plus d’un an après l’abandon précipité de la plaine de Ninive, près de Mossoul, devant l’avancée des terroristes de Daech, «l’Etat islamique» (EI), la population ne se fait plus guère d’illusion. «Les gens ne croient pas que la libération des territoires occupés se fera rapidement», affirme le prélat irakien en visite au centre international de l’œuvre d’entraide catholique «Aide à l’Eglise en détresse» (AED) dans la ville allemande de Königstein im Taunus.

Plus de 3’000 familles chrétiennes ont déjà quitté le refuge

Mgr Warda rappelle qu'»en tant qu’Eglise, nous tentons de leur permettre de rester en Irak. En voyant comment l’Eglise s’efforce de leur venir en aide, les gens y réfléchissent à deux fois avant de se décider à émigrer. Au cours de l’été 2014, plus de 125’000 chrétiens avaient dû fuir en quelques heures pour trouver refuge dans la région autonome du Kurdistan irakien, fuyant les terroristes de Daech après leur progression fulgurante à Mossoul et dans la plaine de Ninive.

L’archevêque chaldéen constate que l’exode des chrétiens prend une proportion inquiétante: «L’année dernière, notre archidiocèse avait enregistré 13’500 familles de réfugiés chrétiens. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’environ 10’000. Cela signifie que plus de 3’000 familles ont déjà quitté l’Irak».

Les nouvelles sur l’afflux de réfugiés du Moyen-Orient en route vers l’Europe sont déjà largement connues parmi les chrétiens d’Irak, qui pensent que désormais toutes les portes de l’Europe sont largement ouvertes. «Cela ne facilite pas notre travail pour persuader les gens de rester ici».

Le soutien de l’étranger indispensable pour éviter l’émigration

Mgr Warda souligne l’importance pour l’Eglise de procurer une aide à la fois humanitaire et pastorale. «Grâce à nos partenaires, la situation humanitaire s’est stabilisée. Personne n’a plus à vivre dans une tente comme l’an passé. La plupart des gens vivent dans des caravanes d’habitation ou des logements que nous avons loués».

En outre, grâce au soutien de l’AED, l’Eglise a pu ouvrir huit établissements scolaires, de sorte qu’aujourd’hui, il ne reste presque plus d’enfants non scolarisés. «L’année dernière, évidemment, c’était différent. Finalement, nous bénéficions d’un approvisionnement en nourriture bien rodé. Nous remettons un colis mensuel à chaque famille». Toutefois, si le soutien de la part de l’étranger fléchissait, l’archevêque craint que la conséquence soit une augmentation des départs de chrétiens d’Irak.

Quand l’Eglise agit, les jeunes reprennent espoir

En plus du soutien humanitaire, souligne l’archevêque, le suivi pastoral est décisif. «Nous avons récemment célébré une fête de la foi, à laquelle 1’200 personnes ont participé. J’ai été profondément ému par les témoignages de foi des gens. Beaucoup de jeunes parlaient de l’obscurité qu’il leur fallait traverser. En effet, fuir leur a non seulement fait perdre leur foyer, mais aussi l’espoir, la joie, la confiance et leurs rêves. Mais, lorsqu’ils ont vu que l’Eglise les épaulait, que les prêtres et les religieuses étaient à leurs côtés, ils ont repris courage. Leur foi est revenue. Ils n’ont peut-être plus de maison, mais au moins ont-ils une foi vivante».

Néanmoins, Mgr Warda s’attend à ce que le nombre de chrétiens irakiens diminue encore. «La situation est très grave. Nous autres chrétiens d’Irak appartenons à ce pays. Notre mission est de jeter des ponts, de vivre des valeurs chrétiennes. Mon rêve est de prier le Notre-Père également avec des non-chrétiens. Ce qui est décisif, c’est de le vivre. Le message du Notre-Père est que l’amour de Dieu embrasse tous les hommes».

Depuis le début de la crise des réfugiés chrétiens, l’engagement de l’AED s’est intensifié. Plus de 15 millions de dollars ont été accordés en 2014 et au cours de 2015 pour soutenir des projets en Irak. Ces fonds ont surtout permis de louer des logements pour les personnes déplacées, de construire des établissements scolaires et de fournir de la nourriture. (apic/com/aed/be)

 

Jacques Berset

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