En Toscane, le pape François va visiter la capitale européenne du textile… chinois

Rome, 06.11.2015 (cath.ch-apic) La visite du pape François en Toscane, le 10 novembre 2015, commencera par une rencontre très attendue avec le monde du travail dans la ville de Prato. Cité de tradition industrielle textile située à une vingtaine de kilomètres de Florence, Prato voit depuis deux décennies l’émergence d’une industrie parallèle entièrement tenue par des Chinois venus en nombre dans la région, sur fond de crise du travail.

Avant de se rendre à Florence, le pape François passera une heure à Prato, sur la place de la cathédrale, où il prononcera un discours qui devrait être axé sur le monde du travail. Le pontife se rend à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont besoin d’espérance, particulièrement aujourd’hui, assurait en mars dernier Mgr Nunzio Galantino, secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne.

«Cette visite très significative devrait mettre en avant les grands problèmes de la ville que sont l’intégration des nombreux immigrés et le chômage, dans une région qui est un peu la vitrine culturelle de l’Italie», explique à I.MEDIA Silvia Pieraccini, du quotidien économique italien Il Sole 24 Ore. Cette journaliste de Prato estime que la problématique locale en matière d’emploi concerne à la fois les Italiens qui ne trouvent plus de travail passé un certain âge et les nombreux travailleurs immigrés qui sont parfois réduits en esclavage, en particulier la très importante communauté chinoise de la ville.

La Chinatown toscane

Car, si Prato est tournée vers l’industrie textile depuis le Moyen-Age, la ville toscane a vu arriver depuis le milieu des années 1990 une très forte immigration chinoise venant travailler dans l’industrie vestimentaire. Après Londres et Paris, Prato est ainsi devenue la troisième ville chinoise d’Europe.

Officiellement, la ville compte actuellement plus de 16’000 Chinois, sur un total de 190’000 habitants, mais cette communauté compterait en fait plus de 40’000 membres, peut-être même 50’000, dont de nombreux clandestins. Soit près d’un quart de la population. Dans certains quartiers de Prato, le typique dialecte toscan a laissé la place au mandarin et, aujourd’hui, plus d’un tiers des nouveau-nés à l’hôpital de la ville sont des Chinois.

«Les Chinois ne sont pas la cause de la chute de l’industrie textile dans la région», précise Silvia Pieraccini, auteur d’un ouvrage intitulé L’assaut chinois (éditions Il Sole 24 Ore). La journaliste relève ainsi que si les travailleurs chinois représentent «un véritable cancer pour l’économie», c’est plus en raison de la généralisation du travail au noir et des conditions précaires de beaucoup d’entre eux. D’autant que le textile, en forte baisse, est l’apanage des Italiens, alors que les Chinois, majoritairement originaires de la province de Zhejiang, se consacrent à l’habillement, confectionnant des vêtements avec des tissus directement importés de l’Empire du Milieu.

En décembre 2013, un drame avait mis en lumière les conditions de travail auxquelles sont soumis ces esclaves modernes. Sept employés chinois d’une usine de textile de Prato avaient trouvé la mort dans un incendie.

Le pape François n’a de cesse de déplorer les difficultés du monde du travail et le chômage, notamment en Italie. En visite à Naples, en mars dernier, il avait par exemple dénoncé le travail à temps partiel et le travail au noir comme une exploitation, fustigeant aussi la corruption qui «pue». (apic/imedia/ami/mp)

Maurice Page

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