Le Jubilé de la miséricorde peut renforcer le dialogue islamo-chrétien, assure le Père Jacques Mourad             

Le Jubilé de la miséricorde peut être l’occasion de renforcer le dialogue islamo-chrétien, en rappelant aux musulmans que «leur religion est une religion de miséricorde». C’est ce qu’a expliqué le Père Jacques Mourad, le 10 décembre 2015, après cinq mois de captivité aux mains du groupe terroriste Daech en Syrie. Le prêtre syro-catholique, qui devrait rencontrer le pape François le 15 décembre, a aussi lancé un vibrant appel en faveur des migrants.

Membre de la communauté Al-Khalil, le Père Mourad dirigeait le monastère œcuménique de Mar Elian, près de la ville de Qaryatayn, à une centaine de kilomètres de Palmyre. Au sein de ce monastère, la principale mission du prêtre syrien était d’œuvrer au dialogue avec les musulmans. Le monastère avait ainsi accueilli en 2013 et 2014 plusieurs centaines de réfugiés musulmans et chrétiens fuyant les villages voisins. Deux mois après son enlèvement, la ville a été envahie par les troupes de Daech, le monastère détruit au bulldozer, et 230 personnes enlevées dont 60 chrétiens. Enlevé au monastère avec le diacre Boutros le 21 mai, il est parvenu à s’enfuir cinq mois plus tard, le 10 octobre.

Dialoguer, même avec Daech

Le Jubilé de la miséricorde, tout juste lancé par le pape François, sera l’occasion «pour nous les chrétiens, de regarder avec un œil et une âme de miséricorde les musulmans», a assuré devant la presse européenne à Rome le Père Mourad. Ce sera aussi «une façon de dire aux musulmans que leur religion est une religion de miséricorde, a-t-il poursuivi. A chaque prière, chaque initiative, ils commencent par cette phrase en arabe: ›Au nom de Dieu clément et miséricordieux’. C’est la base de leur religion!». Pour lui, on ne peut pas parler de guerre de religions dans la région: «La religion n’est qu’une couverture, on l’utilise pour faire la guerre». Selon lui, un dialogue est toujours possible, «même avec Daech».

Le Père Mourad a insisté sur ce point: «l’ensemble du peuple syrien est victime de cette guerre. Jésus, sur sa croix, a donné sa vie pour tout le monde. L’Eglise est responsable de la paix de tout le monde, pas seulement de sa propre communauté». Le prêtre a été particulièrement critique sur le sort réservé aux migrants en Occident: «L’Europe et l’Occident ne se sentent pas assez responsables envers les peuples syriens qui fuient la guerre, les bombardements, des massacres, qui cherchent la route par la mer et finissent par y mourir (…) Comment ces pays peuvent-ils accepter que ces gens meurent de cette manière sans rien faire?» s’est-il indigné. Il a assuré que chaque personne devrait avoir «le droit de chercher la terre où il peut vivre et faire grandir ses enfants en paix».

Rencontre avec le pape

Devant la presse, le Père Mourad a aussi livré un témoignage poignant sur sa captivité: «Ils nous disaient: ›vous devenez musulmans, ou bien on vous coupe la tête’». La prière du chapelet, mais aussi de celle du bienheureux Charles de Foucauld, qui «a passé sa vie à prier pour le dialogue avec l’islam», l’aideront à tenir. Un jour, un dialogue surréaliste avec l’un de ses geôliers le bouleverse: «Considère cela comme une retraite spirituelle», lui dit l’homme, après l’avoir salué, serré la main, et s’être assis à ses côtés, des gestes impensables pour un membre de Daech.

Le 15 décembre, à Rome, le Père Mourad prendra part à la cérémonie d’ouverture de la porte sainte de la basilique Saint-Jean-de-Latran et devrait rencontrer à cette occasion le pape François pour recevoir sa bénédiction. Il rentrera ensuite en Syrie, pour poursuivre sa mission. (cath.ch-apic/imedia/bl/rz)

Raphaël Zbinden

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