L’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) fête ses 50 ans

Née de l’unification de l’Eglise libre et de l’Eglise nationale, lors du synode constituant du 15 mars 1966, l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) va souffler ses cinquante bougies, le 15 mars prochain, à l’Espace culturel des Terreaux (ECT), un lieu de théâtre, d’expositions et de débats installé dans une église du centre de Lausanne.

Quelques mois avant le lever de rideau sur les festivités du 500ème anniversaire de la Réforme, l’EERV fête ses cinquante ans lors d’une brève partie officielle et publique, suivie d’une conférence de Jean-Pierre Bastian, sur l’histoire de cette unification. Dans son ouvrage sur la fracture religieuse vaudoise entre 1847 et 1966, qui paraît à cette occasion, le professeur émérite de sociologie des religions à l’Université de Strasbourg explique ce qui a mené à la scission du protestantisme vaudois.

En 1847 naissait l’Eglise libre

«La fracture a été précédée d’une rupture politico-religieuse en 1845. L’injonction ordonnant aux pasteurs de lire en chaire l’adoption de la nouvelle Constitution vaudoise a engendré la démission des deux tiers d’entre eux. En 1847 naissait l’Eglise libre, dont la base politique a été le parti libéral.  «Contre toute attente, les libristes n’ont pas été suivis par les fidèles. Dans une société encore rurale et fortement intégrée, le Réveil religieux apparaissait comme une option individualiste», souligne-t-il.

En 1950, le professeur Pierre Bonnard a proposé aux «libristes» de renoncer à l’indépendance totale à l’égard de l’Etat à condition d’intégrer dans la définition de la nouvelle entité les conceptions théologiques «libristes». D’où le terme d’Eglise évangélique réformée plutôt que simplement réformée ou protestante.

Un nouvel élan pour les réformés vaudois

L’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, créée le 15 mars 1966, donne un nouvel élan aux réformés vaudois, «celui d’une Eglise vivante, marquée par l’engagement des laïcs», écrit l’EERV dans un communiqué publié le 1er mars 2016. Un demi-siècle plus tard, une soirée anniversaire commémore la fusion. Une occasion de se pencher aussi sur les défis à venir dans une société sécularisée.

Quelle identité pour aujourd’hui? L’EERV garde la fusion dans le rétroviseur pour mieux amorcer le virage du changement. «Aujourd’hui reconnue comme institution de droit public au service de tous, elle est indépendante de l’Etat. Son autonomie et sa responsabilité sont accrues alors même que ses effectifs déclarés diminuent. Le changement n’est pas uniquement organisationnel. Il touche plus profondément son positionnement dans une société toujours plus sécularisée, multiculturelle et pluri-religieuse», poursuit l’EERV.

Ce changement se remarque dans le programme de législature 2014-2019 du Conseil synodal qui ambitionne de faire de l’EERV «une Eglise à laquelle on appartient par conviction, une Eglise en quête de sens qui vit dans la pluralité, en recherche de la vérité dans la relation à l’autre et qui sache aussi bien articuler la raison que l’émotion».

La conférence du sociologue Jean-Pierre Bastian proposera des clés historiques pour comprendre et interpréter cette fusion. Elle sera suivie d’une interpellation du sociologue Philippe Gonzalez, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, puis d’un débat.


La révolution radicale de 1845 produit une fracture au sein du protestantisme

Suite à la révolution radicale de février 1845, une fracture se produisit au sein du protestantisme vaudois entre les tenants de la subordination de l’Eglise à l’Etat et ceux qui choisirent la séparation. Nationaux et «Libristes» se trouvèrent ainsi divisés jusqu’à ce que le contexte de sécularisation avancée des années 1950 rende possible une perspective de négociation à nouveaux frais, note le professeur Jean-Pierre Bastian dans son ouvrage «La fracture religieuse vaudoise 1847–1966, L’Eglise libre, ‘la Môme’ et le canton de Vaud».

Ces négociations conduisirent en 1966 à la fusion de l’Eglise nationale et de l’Eglise libre dans une nouvelle entité, l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud. Ce livre retrace l’origine et l’histoire d’une dissidence qui rompit avec l’ordre politico-religieux imposé par le radicalisme.

Les mômiers? «Le terme apparaît en 1818 pour désigner une secte religieuse de type piétiste. C’est un terme dénigrant et railleur, pour dénoncer des pratiques excentriques, des cérémonies bizarres et ridicules, comme au carnaval. Par la suite, les termes ‘mômier’ et ‘libriste’ se recoupent en partie», note «bonne nouvelle», le mensuel de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud.

En été 1845, rappelle «bonne nouvelle», une quarantaine de pasteurs refusent de se soumettre à l’ordre que leur donne Henri Druey. «L’homme fort du pouvoir radical à l’époque veut qu’ils lisent lors du culte du 3 août 1845 un texte engageant chacun à voter en faveur de la nouvelle Constitution, qui ne garantit pas la liberté religieuse. Dans la ligne de ces opposants, la plupart dans la mouvance libérale, anti radicale, deux tiers des pasteurs démissionnent en novembre. Cet affrontement entre le pouvoir radical et la majorité des pasteurs va déboucher, en mars 1847, sur la création de l’Eglise libre. La division perdurera jusqu’à la fusion des deux Eglises, libre et nationale, en mars 1966, pour donner naissance à l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud».

Jean-Pierre Bastian rappelle dans son ouvrage l’histoire de cette minorité active qui a marqué le paysage religieux, intellectuel et social du canton de Vaud pendant plus d’un siècle.


Conférences pour le 50e anniversaire de l’EERV

L’EERV soufflera ses 50 bougies avec la conférence de Jean-Pierre Bastian «La fracture religieuse vaudoise, 1847-1966», et la réponse du sociologue Philippe Gonzalez, le 15 mars à 18h30, à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne.

Conférences: Le 22 mars à 19h30, à la chapelle Nagelin, Bex. Le 14 avril, 19h30, à la chapelle Trévelin, Aubonne. Le 15 avril, 20h, à Crêt-Bérard, Puidoux. Le 12 mai, 19h30, à la maison de paroisse Pestalozzi, Yverdon-les-Bains. Le livre de Jean-Pierre Bastian, «La fracture religieuse vaudoise, 1847-1966. L’Eglise libre, la Môme et le canton de Vaud», paraît ce mois de mars aux éditions Labor&Fides. (cath.ch-apic/com/be)

Jacques Berset

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