Le Vatican insolite: Le Passetto di Borgo, passage secret des papes

Tout palais a sa porte dérobée et celui du Vatican ne fait pas exception à la règle : le Passetto di Borgo n’est pas un passage souterrain mais un corridor surélevé de 800 mètres de long aménagé dans la seule muraille médiévale de Rome. Ultime voie de sortie des papes, fantasme des écrivains et des complotistes, le passage n’est plus vraiment secret puisqu’il est ouvert au public du côté italien.

Alors que le pape François invite aujourd’hui à construire des ponts et non des murs, les pontifes ont été pendant quelques siècles de vaillants constructeurs de murailles autour du Vatican. En témoigne le passetto dans le quartier romain du Borgo. Ce que les pèlerins pensent être un rempart ou un aqueduc est en fait un passage secret qui relie depuis le 13e siècle la résidence pontificale au Château Saint-Ange, sur les bords du Tibre. Cette étroite galerie surmontée d’un chemin de ronde n’est plus fréquentée que par des touristes. C’est en visitant ce «petit passage» (en italien) que Dan Brown a l’idée d’écrire le bestseller Anges et Démons.

Le passage fortifié commence dans le bastion Saint-Marc du château qui est actuellement un musée. Mais où débouche-t-il ? L’écrivain américain soutient que le passage, long de 400 mètres, donne sur la bibliothèque privée du pape. Le passetto, qui mesure en réalité 800 mètres, arrive en fait au pied de la résidence pontificale, au-dessus de l’actuelle poste vaticane.

Culminant à 12 mètres environ, dépassée par certains immeubles du quartier, la muraille de brique dont la base est parfois faite de pierre laisse entrevoir de nombreuses arcades tantôt ouvertes tantôt murées. A proximité du Vatican et de la porte Saint-Anne, une arche abrite un minuscule poste de la police italienne.

Un mur gothique puis léonin

Le passetto s’est construit en plusieurs étapes. Un premier muret est bâti par Totila, roi des Ostrogoths, suite à la prise de Rome en 546. Il relie le mausolée d’Hadrien – actuel Château Saint-Ange – au pied de la colline du Vatican. Sur ces fondations, Léon IV (847-855) édifie dès le début de son pontificat une véritable enceinte afin de protéger l’ancienne basilique vaticane, pillée par les Sarrasins en 846. Le mur léonin, construit par des prisonniers sarrasins et des migrants corses, fait le tour de la colline vaticane et revient vers le fleuve. De lourdes chaînes tendues entre chaque rive permettent de bloquer le passage des navires.

Un premier passetto est aménagé par Nicolas III (1277-1280) qui décide de faire du palais du Vatican la résidence du souverain pontife et dont la famille est propriétaire du Château Saint-Ange. Au 15e siècle, le rempart-viaduc est surélevé : le chemin de ronde existant devient un passage couvert pour le pape avec des meurtrières de chaque côté et le passage supérieur, crénelé, est réservé aux troupes pontificales.

Relier l’épée et le goupillon

Prétendument utilisé par les papes pour rejoindre leurs maîtresses ou assister aux tortures des prisonniers enfermés au château, le passetto est avant tout une voie de secours. Alexandre VI Borgia (1492-1503) l’utilise en 1494 pour se réfugier au Château Saint-Ange lorsque les troupes françaises du roi Charles VIII envahissent Rome. Le 6 mai 1527, les lansquenets protestants de Charles Quint mettent à sac la ville éternelle. 147 gardes suisses tombent en protégeant la fuite de Clément VII (1523-1534) au Château Saint-Ange, accompagné par 14 cardinaux et 42 autres gardes.

Un mur parallèle à celui du passetto est construit à une centaine de mètres d’écart par Pie IV (1559-1565). La fonction défensive du passage ne se justifie plus : huit ouvertures sont réalisées dans l’ancienne muraille dont les arcades sont ornées des armes de la famille de Médicis. Avec la signature des Accords du Latran en 1929, les vieux immeubles longeant le passetto sont démolis pour construire la Via dei Corridori.

Cédée à l’Italie en 1990 puis rénovée à l’occasion du jubilé de l’an 2000, une plus grande section du passetto est accessible depuis 2013 suite à un accord bilatéral. Grâce aux travaux réalisés par le ministère de la culture italien, il est désormais possible de parcourir l’étroite galerie jusqu’à la tour du Mascherino, située quelques dizaines de mètres en amont du palais apostolique. La différence d’entretien entre la partie italienne et les 80 mètres qui appartiennent au Vatican est flagrante. Cette dernière partie, dont les créneaux tombent en ruine, est couverte de feuilles mortes. Fort heureusement, il n’y a plus de raison que le passetto soit utilisé par le pape. (cath.ch-apic/imedia/gjes)

Bernard Hallet

Portail catholique suisse

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