Ecoles d'oraison: pour que l'»être» s'enracine

«L’oraison m’a appris à ‘être’, au lieu de continuellement ‘agir'», affirme Anne Collaud. La responsable de l’école d’oraison du canton de Fribourg témoigne avec une dizaine d’autres personnes, du chemin spirituel réalisé dans la démarche des ‘écoles d’oraison’, qui se développe depuis plus de 20 ans en Suisse romande.

Yeux clos, visages et mains tantôt tendus vers le ciel, tantôt ramenés vers la terre. Les participants de l’école d’oraison du canton de Fribourg ont  vécu leurs retrouvailles annuelles, le 12 septembre 2016, dans le recueillement et le silence qui les caractérisent. La messe célébrée par le Père Philippe Hennebique, aumônier du Centre Ste-Ursule, à Fribourg, a lancé un nouveau cycle de leur démarche d’approfondissement spirituel. Depuis plus de 20 ans, les écoles d’oraison tentent de susciter, en Suisse romande, la vie spirituelle, de contempler la Miséricorde de Dieu, de l’invoquer sur le monde et d’en vivre dans l’amour fraternel, explique le site internet de l’association «Fontaine de la Miséricorde».

Partager l’amour de Dieu

«Il fallait que cela déborde», explique à cath.ch Christine Pache, qui a planté la première graine des écoles d’oraison. A l’origine, se trouve une quête, qui débouche sur une découverte et une expérience de foi dont le partage s’impose de façon irrépressible.

Christine Pache entre, dans les années 1970, dans une démarche de prière silencieuse liée à une difficulté d’avoir un enfant. Dans son cheminement, elle sera non seulement exaucée -puisqu’elle est aujourd’hui mère et grand-mère de deux enfants- mais, elle trouvera ce qu’elle nomme «la vraie foi», une révélation de l’amour infini et inconditionnel de Dieu. Elle n’aura pas d’autre choix que de partager et de tenter d’amener d’autres personnes vers cette expérience si profonde. Elle crée ainsi en 1991, à Genève, la première école d’oraison. La cellule initiale regroupe une soixantaine de personnes. De Genève, la démarche essaime petit à petit vers les cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais. Christine Pache espère que des groupes écloront un jour dans le Jura et à Neuchâtel. Elle précise que Mgr Pierre Farine, ancien évêque auxiliaire à Genève,  a beaucoup encouragé le mouvement, aidant notamment à la constitution, en 2005, de l’association «Fontaine de la Miséricorde».

«Samedis-désert»

Les adeptes de l’oraison se rencontrent dix fois dans l’année pour des séances d’initiation et d’approfondissement de la prière personnelle et silencieuse, qui se déroulent en trois temps. Après l’accueil, un enseignement est donné à partir de divers thèmes. Suit un temps de prière silencieuse, puis de partage, où les participants échangent et témoignent de leur expérience et de leur ressenti. L’association propose également un weekend annuel au Foyer de Charité des Dents-du-Midi, à Bex, dans le canton de Vaud. Une à deux fois par an, les participants des quatre cantons et de France voisine sont en outre invités à un samedi ou dimanche à St-Maurice, en Valais, pour  une journée de prière. L’association invite aussi toute personne à participer plusieurs fois par an à des «samedis-désert», des retraites effectuées essentiellement dans le silence.

«Il faut demander la grâce de l’oraison»

Depuis 1995, les ‘fraternités’ sont apparues, afin de combler le fossé entre la prière et le  vécu quotidien, explique Christine Pache. Ces rencontres, qui se déroulent une fois par mois, sont axées sur l’écoute et le non-jugement. Les participants donnent leurs témoignages à tour de rôle, séparés par un moment de silence et d’intériorisation. La séance est suivie d’une collation conviviale.

La responsable de l’association «Fontaine de la Miséricorde» explique que les groupes cantonaux se sont progressivement développés, non seulement quantitativement, mais également «qualitativement». Elle constate ainsi une progression autant dans la profondeur d’expérience des participants que dans leur union fraternelle.

Une méthode accessible à tous

Un point qui a pu être vérifié au cours du pique-nique canadien qui a suivi la messe, au Centre Ste-Ursule. Les convives y ont donné tour à tour leur témoignage de cheminement dans leur démarche. Si la plupart ont souligné le rapprochement avec Dieu et le ressenti de son amour, les difficultés propres à cette forme de prière n’ont pas été éludées. «Au début, on se sent facilement incapables de prier», note Dominique. «Il faut demander au Seigneur la grâce de l’oraison, et on la reçoit. Même si on la perd de temps en temps», précise-t-elle. Le Père Hennebique enjoint à ne pas se culpabiliser des moments de distraction qui peuvent survenir lors de la prière. «Cela fait partie de notre vie. Mais le Seigneur travaille à nous rappeler chaque fois gentiment que l’on est en train de l’oublier». Jean-Michel relève que l’oraison est une «méthode» d’approfondissement de la foi accessible à tous, qui s’adresse à la fois à l’intellect et au ressenti.

«Laisser Dieu changer le monde à travers nous»

Plusieurs participants expliquent que cette forme de prière leur permet de recentrer leur vie, de se «repositionner» face au Christ. «L’oraison m’a appris à ‘être’ davantage, à ne pas me retrouver tout le temps dans ‘l’agir'», assure Anne Collaud. De manière générale, les «écoliers» ont souligné l’importance du groupe dans la démarche de prière. «Le témoignage, le soutien des autres nous aident à ‘durer’, à se raccrocher dans les moments de faiblesse», note Dominique, qui pratique l’oraison depuis près de 20 ans. «Nous nous portons les uns les autres».

Pour Christine Pache, la prière de groupe déploie également une force particulière par rapport à la prière individuelle. «Ensemble, il y a un souffle qui se dégage, une synergie», explique-t-elle. «L’oraison, c’est une offrande à Dieu, afin qu’il nous façonne comme il le veut. Ensuite, c’est laisser Dieu changer le monde à travers nous». (cath.ch-apic/rz)

 

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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