APIC – Série
Mgr Georg Holzherr, abbé d’Einsiedeln
Gabriele Brodrecht / agence APIC
« Avoir plus de souffle » (270992)
Einsiedeln, 27septembre(APIC) La conversation avec lui, comme une ballade
en forêt, fait oublier toute fièvre. Le calme rayonne de sa personne – ce
calme que l’on ressent entre de vieux arbres élevés, là où le temps se
mesure non pas en secondes, mais en siècles. La connaissance de la course
de l’Histoire lui a donné la sagesse; « avoir plus de souffle », telle est sa
maxime personnelle. Et pour le rencontrer, il faut effectivement se rendre
dans « la sombre forêt »: Lui – Georg Holzherr, abbé d’Einsiedeln,
Là où le visiteur contemporain est ébloui par le baroque luminieux et
éclatant d’or de la basilique récemment restaurée, là, vers l’an 835
l’ermite Meinrad s’était retiré au fond de la « sombre forêt » pour consacrer
tout son temps à Dieu. Consacrer leur temps à Dieu, les moines et l’abbé du
couvent d’Einsiedeln le font encore aujourd’hui. Lors de la rencontre avec
lui, on ressent la force de la prière et des psaumes qui imprègnent la
journée monastique.
Georg Holzherr personnifie vraiment la règle de saint Benoît. Il n’est
pas l’ami des grands mots ni des paroles abondantes, mais il sait écouter.
« Qu’il montre ce qui est bon et saint, davantage par des actes que par des
paroles », recommande à l’abbé déjà la Règle de saint Benoît. Mesure, même
humilité dans toute chose sont deux qualités que l’on remarque chez Georg
Holzherr; aussi somptueuse est la basilique de son couvent sur la vaste
place, aussi simple est l’homme aimable dans sa bure noire de l’ordre
bénédictin. « Je suis un homme plutôt sobre, y compris dans les questions de
foi », estime l’abbé qui a choisi comme devise « Caritas patiens est » – « la
charité est patiente » – et qui sait rester parfaitement calme dans les
situations difficiles.
Cette capacité l’a sûrement aussi beaucoup aidé en tant que membre de la
commission de dialogue instituée à cause du conflit avec l’évêque de Coire.
Cela devait également permettre de supporter plus facilement le fait que la
commission n’ait pas trouvé de répondant à Coire pour ses propositions de
« modus vivendi » notamment à propos de la consultation des organes diocésains ou d’un poste de médiateur pour les situations « d’impasse ». La plupart des pères bénédictins de l’abbaye territoriale d’Einsiedeln – qui est
indépendante -, tout comme leur abbé, souhaitent rester à l’écart des querelles autour de Mgr Haas. Mais pas tous: Quelques pères ont signé une lettre ouverte dans laquelle ils s’expriment contre les idées sur l’Eglise de
l’évêque de Coire.
Comme un père
Au sein du monastère, dont l’abbé est élu librement par le chapitre, la
hiérarchie n’est cependant pas un problème: « Chez nous, le système n’est
pas autoritaire, mais plutôt comme celui d’une grande famille. L’abbé doit
être comme un père et oeuvrer d’une manière intégrante – particulièrement
aujourd’hui où beaucoup de choses, également dans l’Eglise avec ses luttes
de direction, vont à la dérive. » Ces derniers temps, l’abbé a pu se réjouir
de compter à nouveau davantage de vocations dans la « famille » du couvent.
Actuellement, des 112 membres de la communauté 4 sont des novices auxquels
s’ajoutent deux candidats. Quelque 25 moines vivent à l’extérieur du
monastère.
L’affaire de Coire est « un problème qui a causé beaucoup de peine et absorbé de l’énergie inutilement ». On a déjà « cassé beaucoup de vaisselle »:
L’abbé d’Einsiedeln l’a dit au pape lors de la visite ad limina des évêques
suisses à Rome. Jean Paul II a parlé de temps d’épreuve dans la vie de
l’Eglise. A la question de l’évolution probable de l’affaire, l’abbé répond
par un de ses gestes calmes qui conduisent imperceptiblement ses mains dans
une attitude de prière…
« Ora et labora » – « prie et travaille » – Georg Holzherr n’a pas entendu
ce principe pour la première fois dans l’ordre bénédictin, mais déjà dans
le village soleurois de Neuendorf où il est né en 1927 dans une grande famille paysanne; la vie à la ferme lui a enseigné ce qu’aider les autres et
avoir de la considération pour eux signifie. C’est sa mère, puis le curé
qui lui proposent de devenir prêtre. Lorsqu’il objecta qu’il n’avait « pas
que de bons côtés », le curé le rassura: C’était justement bien, parce
qu’ainsi il pourrait plus tard mieux comprendre les hommes. « Lorsque je
pense combien j’étais alors pieux! », dit l’abbé avec un clin d’oeil en racontant les pèlerinages qu’il effectuait avec sa grand-mère à Mariastein.
« J’admire votre courage »
Assez pieux pour un abbé, il l’est certainement aujourd’hui encore. En
1969, lorsqu’à l’âge de 42 ans seulement – après des études à Rome en droit
canon, en théologie morale et éthique, mais sans aucune expérience dans la
gestion des affaires – il est élu abbé, ses premiers mots à l’adresse de
ses confrères sont: « J’admire votre courage. » Mais il trouve aussitôt beaucoup d’aide de la communauté, où bien des tâches sont organisées d’une
manière décentralisée et où l’abbé a plutôt la fonction d’un « pompier ».
Naturellement, on crie parfois au « feu »; déjà la règle de l’ordre mentionne « les revenus peut-être insuffisants ». L’abbaye doit vendre parfois
des possessions. Le maintien du collège, où l’abbé a également fait ses
études, n’est pas assuré. « Nous sommes en négociations avec le canton à
propos de sa contribution et nous espérons sa compréhension. Les gens d’ici
à l’origine sont des paysans. Ils doivent savoir que si on veut qu’une vache donne du lait, il faut la nourrir! » De fait, l’abbaye n’est pas une
mauvaise « vache à lait » pour la région: L’abbaye, la plus grande de Suisse,
où les anciennes traditions comme le chant grégorien sont encore vivantes,
attire chaque année un demi-million de pèlerins et de touristes. Ce ne sont
d’ailleurs pas seulement des chrétiens qui visitent Einsiedeln. Ainsi des
tamouls viennent souvent prier à la Sainte Chapelle devant la « Vierge noire ».
Même quand le « Grand Théâtre du Monde » n’est pas joué comme durant cet
été devant l’abbaye, les nombreux pèlerins apportent naturellement de
l’agitation. Mais le bruit doit rebondir contre les murs du couvent. « Le
jardin du couvent par exemple est calme et paisible », se réjouit l’abbé que
l’on peut rencontrer parfois ici en train de sarcler la terre. Des « fruits
du jardin », seuls les choux de Bruxelles n’atterriront certainement pas
dans son assiette… L’après-midi, l’abbé va volontiers se promener en forêt. Déjà à l’âge de dix ans il avait pensé, « tout est si beau dans la
création, il ne peut pas y avoir de monde absurde et sans signification! »
Il s’est imprégné de ce principe pour le cas où, plus tard, il deviendrait
« plus stupide »…
Ce qui n’est pas arrivé: Lorsqu’il parle aujourd’hui de l’univers, il
peut s’émouvoir de la même façon que pour ce qui lui procure une joie
particulière et qui « lui plaît mieux que la comptabilité »: le travail
silencieux à la table d’écriture. Il montre une nouvelle traduction de la
règle de saint Benoît et l’antiphonaire (recueil de chants sacrés) des
bénédictins pour lequel il a rassemblé le matériel à partir d’anciens
codices. Il se réjouit déjà un peu à la pensée de la retraite, quand il
aura plus de temps pour ces tâches.
Il n’y est cependant pas encore. Nous nous tenons à la fenêtre ouverte;
la « sombre forêt » est toute proche. Mais la cour du monastère est en plein
soleil. Les deux fillettes qui guignent à travers une grille dans un petit
jardin ne devinent pas que l’abbé du couvent lui-même les regarde. Elles
sont totalement plongées dans la merveille d’un moulin miniature orné de
figurines mobiles colorées. L’abbé sourit: « C’est la véritable attraction
d’Einsiedeln… au moins pour les petits! » (apic/gbr/mp/gbr)
Des photos de Mgr Georg Holzherr sont disponibles auprès de l’Agence CIRIC,
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