Diocèse de Coire: mode de désignation de l'évêque modifié?

La mise en place d’un administrateur dans le diocèse de Coire menacerait-elle le privilège d’élection épiscopale du chapitre de la cathédrale? La polémique enfle en Suisse alémanique suite au lancement d’une pétition exigeant cette mesure après le départ de Mgr Huonder, l’an prochain.

Le diocèse de Coire devra-t-il renoncer à son privilège ecclésiastique? Beaucoup se posent cette question, à l’occasion de la réactivation de la polémique sur la nomination d’un administrateur apostolique. En Suisse, contrairement aux diocèses de Lausanne-Genève-Fribourg, de Sion et de Lugano –  où l’évêque est nommé librement par le Saint-Siège – dans les diocèses de Coire, Bâle et St-Gall, les évêques sont élus selon diverses procédures. Dans le diocèse de Coire, l’élection de l’évêque est effectuée par le chapitre de la cathédrale. Elle se fait sur une liste de trois candidats proposés par le Saint-Siège.

La mise en place d’un administrateur bousculerait ce mode de fonctionnement. Ce dernier arriverait à Coire avec l’objectif de restaurer la confiance entre les diverses parties en opposition à l’intérieur du diocèse. Les relations entre certains groupes de fidèles, notamment dans le canton de Zurich, et l’évêché grison sont en effet tendues. Les partisans d’une Eglise «progressiste» contestent régulièrement les positions jugées conservatrices de Mgr Huonder.

Une requête paradoxale?

Les fronts se durcissent encore alors que les catholiques de «Es reicht!», une coalition de catholiques clairement opposés à la ligne de l’évêque de Coire, ont lancé mi-novembre 2016 une pétition demandant la mise en place d’un administrateur à la tête du diocèse, après le départ de l’évêque, en avril 2017. Plusieurs personnalités proches de l’Eglise ont critiqué la démarche, estimant notamment qu’elle mettrait en péril le privilège ecclésiastique dont bénéficie le diocèse. Le juriste et théologien Niklaus Herzog a notamment affirmé dans le quotidien Obwaldner Zeitung que les partisans de l’administrateur «prennent délibérément le risque que le Vatican prive Coire de son privilège électoral». Le spécialiste du droit ecclésiastique voit cela comme un paradoxe de la part de personnes qui «militent pour que l’Eglise locale ait plus voix au chapitre».

Abus ou pas abus?

Plusieurs journaux alémaniques brandissent le «spectre» de la disparition du droit d’élection épiscopale en se référant à un paragraphe particulier du droit canon. Ce dernier stipule: «Qui abuse du pouvoir que lui attribue un privilège mérite d’en être privé ; c’est pourquoi l’Ordinaire (l’évêque du lieu, ndlr.), après avoir en vain averti le bénéficiaire, doit priver celui qui en abuse gravement du privilège qu’il lui a accordé ; et si le privilège a été accordé par le Siège Apostolique, l’Ordinaire est tenu de l’en informer» (CIC, Can. 84).

Pour certains experts du droit canon, cet alinéa ne signifie pas pour autant que le diocèse de Coire se verrait retirer son privilège, s’il devait opter pour un administrateur. Interrogé par kath.ch, René Pahud de Mortanges, professeur de droit ecclésial à l’Université de Fribourg, n’estime pas que la renonciation du chapitre cathédral puisse être considérée comme un «abus». Il note également que les autorités vaticanes sont en général très respectueuses de la tradition, et que le privilège du diocèse de Coire serait certainement conservé.

Dans une explication transmise à kath.ch, Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire émérite de Coire, juge également que la crainte d’un retrait du droit d’élection est «sans fondement» et qu’il ne faut pas «peindre le diable sur la muraille».

«bâtisseur de ponts» recherché

Erwin Koller, le porte-parole de «Es reicht!» souligne que la mise en place d’un administrateur ne serait pas une façon de «court-circuiter» le chapitre de la cathédrale. Pour le militant catholique le dessein premier est de nommer une personnalité consensuelle, capable de restaurer la confiance à l’intérieur du diocèse. Le porte-parole assure que la démarche n’est pas non plus destinée à barrer la route de Martin Grichting, actuel vicaire général de Coire – l’un des favoris à la succession de Mgr Huonder – considéré comme un conservateur. Erwin Koller assure qu’il ne s’agit pas de nommer une personnalité de la ligne progressiste ou conservatrice mais quelqu’un qui saura «bâtir des ponts».

«Es reicht!» ne mentionne ainsi pas une personne de préférence pour occuper le poste d’administrateur. Mais Le quotidien alémanique Südostschweiz avance le nom de Mauro Jöhri, le provincial des capucins en Suisse. Il serait notamment favorisé à ce poste par son statut de religieux, car moins directement impliqué dans les affaires du diocèse.

Le diocèse de Coire lui-même n’a pas voulu faire de commentaire sur ces différents points de vue.(cath.ch/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/diocese-de-coire-mode-de-designation-de-leveque-modifie/