Le 21 avril prochain, l’actuel évêque de Coire aura 75 ans et devra, d’après le droit canonique, présenter sa démission au pape. Le choix se portera-t-il à nouveau sur une personnalité controversée, tel que cela a été le cas ces dernières décennies? De profondes dissensions sont en effet apparues au sein du diocèse avec Mgr Wolfgang Haas, dans les années 1990, et avec Mgr Huonder dans la dernière décennie. Stefan Orth pense, au vu de la pratique de nominations du pape François, qu’une telle situation ne devrait pas se reproduire. En tant que rédacteur en chef adjoint du mensuel allemand Herder Korrespondenz, spécialisé dans les questions religieuses, il est un observateur averti de l’Eglise dans les pays germanophones.
« Aujourd’hui, le climat au Vatican est très différent de ce qu’il a été, en ce qui concerne les nominations d’évêques », assure-t-il. Durant les deux décennies qui ont précédé l’élection du pape François, le Saint-Siège et la curie ont, selon le théologien, beaucoup appris dans ce domaine. Auparavant, des « difficultés majeures » se produisaient régulièrement avec certains évêques. Pour le pape François, il est important que les évêques soient de « type pastoral ». Il veut des personnes proches des gens et qui connaissent leurs préoccupations. Le théologien suppute donc qu’aucun candidat susceptible de polariser davantage la situation ne sera nommé à Coire. Cela ne signifie cependant pas qu’une personnalité profondément dévote ou conservatrice ne pourrait pas être choisie, précise-t-il. Stefan Orth est en tout cas certain que Rome optera pour un « homme de dialogue ».
Le théologien ne prétend toutefois pas qu’il y ait un modèle d’après lequel le pape François nomme les évêques. Bien sûr le pontife signe le décret de nomination. Mais compte tenu du nombre très élevé de nominations épiscopales- il y a près de 4000 évêques dans le monde- il ne peut pas examiner le contenu de tous les dossiers ou poser des critères détaillés. « En principe, il ne peut édicter que des directives générales et tenter de contrôler les nominations d’évêques à travers l’élection des membres de la Congrégation pour les évêques ».
Cette entité joue, selon Stefan Orth, un rôle important, car elle doit décider, parmi des candidats concrets, qui est le plus adapté à la fonction épiscopale, ou quels noms doivent apparaître sur la liste (si un chapitre cathédral est impliqué dans le processus de sélection, comme c’est le cas à Coire). Le théologien remarque ainsi que le cardinal Koch a été nommé en 2013 par le pape François au sein de la Congrégation. Cela en fait, selon le journaliste, un acteur décisif dans le remplacement de Mgr Huonder. L’ancien évêque de Bâle a en effet une connaissance précise des processus dans le diocèse de Coire et de son histoire. « Il va certainement émettre son avis à ce sujet au sein de la Congrégation », affirme Stefan Orth. Le fait que Coire soit connu à Rome comme un diocèse « difficile » devrait en outre faire en sorte que le Saint-Siège examine de plus près la situation. Le théologien estime possible que l’influence du cardinal réduise concrètement celle du nonce apostolique, qui joue un rôle important dans la nomination des évêques.
Le nonce actuel en Suisse, Mgr Thomas Gullickson, est considéré comme conservateur et dans la ligne de Mgr Huonder. Selon l’association catholique alémanique progressiste « Es reicht! »(ça suffit) qui milite pour la nomination d’un administrateur à Coire, le prélat américain voit dans Mgr Huonder l’évêque suisse le plus fidèle à l’enseignement de l’Eglise. L’association s’attend donc à ce que le représentant du pape sélectionne des candidats dans la même ligne que l’actuel évêque.
Selon le quotidien zurichois Tages Anzeiger, Mgr Gullickson a invité, pour le 13 mars 2017, les agents pastoraux du diocèse de Coire à une rencontre concernant la succession de Mgr Huonder. (cath.ch/kath/bal/rz)
Raphaël Zbinden
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