Bolivie: L’Eglise fermement opposée à un projet de dépénalisation de l’avortement

L’Eglise catholique de Bolivie est fermement opposée à un projet d’élargissement des conditions légales pour l’accès à l’avortement et appelle les législateurs et toute la société à défendre le droit à la vie «sérieusement menacé» par un projet de réforme du code pénal.

Ce projet, lancé par le gouvernement bolivien, permettrait l’interruption volontaire de grossesse à certaines conditions. Il provoque une vive polémique dans le pays. Les changements proposés offrent en effet aux femmes davantage de possibilité pour réaliser un avortement légal. Pour l’Eglise bolivienne, cette initiative est «néfaste».

«Ce projet introduit une colonisation idéologique étrangère qui rejette les enfants à naître vulnérables et accepte la triste violence de l’avortement comme un moyen censé résoudre les problèmes sociaux et économiques», écrit la Conférence épiscopale bolivienne sur son site internet.

Conditions posées pour la pratique de l’avortement

L’origine de l’affrontement entre le gouvernement et l’Eglise provient notamment de l’article 157 du Code pénal, proposé par le gouvernement du président Evo Morales. Il établit en effet les conditions pour la pratique de l’avortement, qui ne constituera plus une infraction pénale dans ces cas.

Les conditions pour des avortements réalisés lors des huit premières semaines de gestation concernent les femmes qui vivent dans la rue ou dans une pauvreté extrême, les mères de trois enfants ou plus qui ne disposent pas de ressources pour élever leur progéniture. Les étudiantes auront aussi accès à l’IVG. La nouvelle loi donnerait en outre aux femmes le droit d’avorter à n’importe quel moment de la grossesse en cas de malformation du fœtus, ou si la personne enceinte est une enfant ou une adolescente, ou si la grossesse est la conséquence  d’un viol et d’un inceste.

«Initiative néfaste», pour l’Eglise

Le nouveau Code pénal représenterait donc une flexibilisation des règles actuelles. Aujourd’hui en effet, l’avortement est seulement permis dans trois cas: si la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste ou si elle met en péril la santé de la mère. Ces conditions sont maintenues dans la nouvelle loi et peuvent être appliquées à n’importe quel moment de la grossesse.

Dans son homélie du dimanche 12 mars, Mgr Sergio Gualberti, archevêque de Santa Cruz de la Sierra, a qualifié l›initiative du gouvernement de «néfaste». Pour lui, le projet va à l’encontre du droit à la protection de la vie, garanti par la Constitution et «limite la liberté d’expression religieuse et de l’enseignement». Il a par conséquent demandé aux parlementaires boliviens de rejeter cette loi.

Un projet «contre les avortements clandestins»

La polémique est parvenue jusqu’aux couloirs de l’Assemblée Nationale bolivienne. Ainsi, Gabriela Montaño, médecin et présidente de chambre des députés, a soutenu que «le projet est en adéquation avec la réalité du pays, dans lequel les femmes pauvres se voient obligées à recourir à des cliniques clandestines en cas de grossesses non désirées». Pour le moment, le projet de réforme du Code Pénal est en discussion au sein de la Commission de Justice de l’Assemblée et aucune date n’a encore été fixée pour le vote.

Le président du sénat, José Alberto Gonzáles, a également défendu le projet. «Il existe dans notre pays un nombre scandaleux de personnes qui pratiquent des avortements clandestins», a-t-il indiqué, affirmant que l’idée de ce projet de réforme du Code pénal n’est pas de promouvoir l’avortement.

L’exemple de l’Uruguay

Le cas bolivien illustre un affrontement entre défenseurs des droits des femmes et les secteurs religieux, qui se répète dans divers pays d’Amérique latine. L’unique pays de la région dans lequel l’avortement est légal est l’Uruguay. La loi a été votée en 2012. Elle a contribué, selon les chiffres officiels, à la diminution du taux de mortalité maternelle dans ce pays et qui fait de l’Uruguay le pays qui détient le plus faible taux de mortalité maternelle de l’ensemble des Amériques, derrière le Canada.

Des résultats volontiers cités par les entités qui soutiennent l’initiative du gouvernement de Bolivie, en rappelant que l’avortement clandestin est la troisième cause de mortalité maternelle dans le pays.

Ne pas introduire la pauvreté comme justification pour violer la loi

De son côté, la Pastorale familiale nationale, en réunion de travail à Santa Cruz de la Sierra, a affirmé le 14 mars 2017 que ce projet de loi «fausse le système de justice pénale en introduisant la pauvreté comme raison de l’impunité pour des crimes tels que l’infanticide et de l’euthanasie, comme si être pauvre était une justification suffisante pour violer n’importe quelle loi». (cath.ch/jcg/be)

Jacques Berset

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