Guerre et famine: la tragédie sans fin du Soudan (280194)
28janvier(APIC) Tragédies sans fin au Soudan, la guerre et la famine
frappent quotidiennement dans l’indifférence. La guerre a pourtant fait
près de deux millions de victimes en dix ans et poussé encore plus de personnes à fuir pour trouver refuge soit à l’intérieur du pays, soit dans les
Etats voisins. Quant à la famine, elle succède à une autre famine. Sans
plus indigner le public. De retour d’un voyage en Somalie et au Sud-Soudan, le directeur de Caritas Suisse, Jürg Krummenacher, dresse le bilan de
ce séjour durant lequel il a pu se faire une idée des besoins de la population et des projets en cours.
« Le monde entier parle de l’ex-Yougoslavie et de la Somalie. Personne
cependant ne mentionne l’incroyable tragédie qui se déroule actuellement au
Sud-Soudan. Les habitants de cette région n’ont-ils pas le droit de vivre
dignement? ». Selon Jürg Krummenacher, il n’est pas étonnant que les paroles
de Taban Paride, porte-parole du Conseil sud-soudanais des Eglises, soient
pleines d’amertume. « Face à l’ampleur de cette effroyable catastrophe,
l’intérêt du public est quasiment insignifiant ». Aussi Paride en appelle-til à faire pression sur les bélligérants, pour qu’ils mettent enfin un terme à ce conflit.
Cette guerre civile déclarée en 1983 a fait près de 2 millions de victimes, estime le Comité américain des réfugiés. Trois millions de personnes
ont fui à l’intérieur de leur propre pays et 300’000 autres « vivent » dans
des camps situés dans les Etats limitrophes. Alors qu’au nord du Soudan les
gens souffrent sous le régime militaire des fondamentalistes musulmans, la
guerre civile frappe le sud et les montagnes Nuba.
Eviter une nouvelle famine
Pour une grande partie de la population sud-soudanaise, la survie dépend
de l’aide humanitaire fournie par les organisations étrangères. Le consortium soudanais des opérations d’urgence (SEDC, Sudan Emergency Operations
Consortium), dont font partie la Fédération luthérienne mondiale, Caritas
Internationalis et le Conseil mondial des Eglises, achemine l’essentiel des
secours qui parviennent aux populations civiles. Depuis plusieurs années,
Caritas Suisse travaille également en étroite collaboration avec le SEDC
qui, au cours de ces cinq dernières années, a distribué 70’600 tonnes d’aide au Soudan.
Depuis peu, Caritas soutient un programme de réhabilitation dont le but
est de permettre aux personnes déplacées de retourner dans leurs villages
d’origine – même si personne ne peut garantir que de nouveaux combats ne
chasseront pas à nouveau les villageois. Le programme prévoit en outre la
distribution de semences et d’équipements de pêche, afin de permettre aux
habitants d’assurer eux-mêmes leur approvisionnement, ainsi que la remise
de matériel aux écoles primaires.
Caritas participe aussi au rapatriement dans les provinces du sud des
réfugiés installés aux alentours de la capitale, Khartoum. Depuis 1992,
l’oeuvre d’entraide catholique a mobilisé 2,4 millions de francs pour l’aide au Sud-Soudan; ce montant comprend également les contributions de la
Chaîne du bonheur et de la Confédération.
Guerre d’intérêt
Jürg Krümmenacher explique: « Au Sud-Soudan, la population craint non
seulement les attaques des troupes gouvernementales, mais aussi une nouvelle famine. La récolte ayant été très maigre en raison de la sécheresse (10%
du rendement normal), il faut s’attendre ces prochains mois à une famine
comparable à celle de 1988, qui avait fait des centaines de milliers de
victimes. Si l’on veut éviter le pire, il faut tout mettre en oeuvre pour
intensifier l’aide alimentaire en faveur du Soudan ».
Les causes de la guerre remontent au temps des colonies. La population
du nord est en majorité arabe et de religion musulmane; celle du sud est
surtout formée de Noirs, chrétiens ou adeptes de religions traditionnelles.
Toutefois, les différences culturelles, ethniques et religieuses à elles
seules ne suffisent pas à expliquer le conflit. Les intérêts économiques
prennent de plus en plus le dessus. Cette guerre doit être comprise comme
une lutte menée par les dirigeants du nord pour le contrôle de l’eau, des
terres fertiles et du pétrole, qui se trouvent au sud du pays.
Somalie: action commune de trois oeuvres suisses d’entraide
Comparée au Soudan, estime le directeur de Caritas, la situation en Somalie peut être qualifiée de relativement calme. Il semblerait que, grâce à
l’aide apportée par la communauté internationale, la famine soit surmontée
dans une large mesure. Les disputes entre clans et l’absence de structures
étatiques compliquent le travail des oeuvres d’entraide. Le programme de
reconstruction en faveur des personnes déplacées, réalisé conjointement par
trois oeuvres suisses d’entraide (L’Entraide protestante suisse, l’Oeuvre
suisse d’entraide ouvrière et Caritas), a malgré tout démarré avec succès.
Le programme soutient la reconstruction des infrastructures villageoises
et la réintégration des réfugiés de retour. Il s’agit notamment d’assurer
l’approvisionnement en eau potable pour les habitants et leurs bêtes, de
construire des écoles et des dispensaires et de contribuer à l’autosubsistance par la distribution de semences et d’outils. Sur place, une équipe
suisse de quatre personnes collabore étroitement avec les associations locales et le HCR. Quelque 400’000 personnes bénéficient de ce programme qui
se concentre sur le sud du pays et dont le coût s’élève à 2,5 millions de
francs. Il est cofinancé par d’importantes contributions avancées par la
Chaîne du bonheur et la Direction de la coopération au développement et de
l’aide humanitaire (DDA). (apic/car/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/guerre-et-famine-la-tragedie-sans-fin-du-soudan-280194/