Mexique: sept évêques dans la commission de réconciliation (160194)

Une révolte « indienne » inspirée par des évêques « politiques » ?

Bruxelles, 16janvier(APIC) On l’a appris vendredi, au lendemain d’une imposante manifestation de protestation qui a rassemblé plus de 100’000 personnes à Mexico : la commission de réconciliation nationale mise en place

par le président Salinas face au soulèvement armé dans le Chiapas comprendra sept évêques. C’est ce qu’a confié aux journalistes l’évêque de Tapachula (Chiapas), Mgr Felipe Arizmendi.

La nomination de sept évêques peut être interprétée de différentes manières. On peut certainement en conclure que l’Eglise est incontournable

dans ce genre de situation. Mais certains y verront aussi un indice que la

présence dans la commission des « prophètes du Pacifique Sud » ne garantit

pas que toute la problématique sera prise en compte sereinement et que

l’Eglise ne doit pas être l’interlocuteur ou l’avocat des seuls Indiens.

Lundi, Mgr Ruiz, évêque de San Cristobal de las Casas, s’était rendu à

Mexico pour répéter que les trois évêques du Chiapas étaient disposés à une

médiation. Suite aux protestations suscitées par la violence de la répression, le président Carlos Salinas avait ensuite remplacé le ministre de

l’Intérieur, Patrocinio Gonzalez, ancien gouverneur du Chiapas, qui avait

gouverné la région durant quatre ans d’une main de fer, cédant la place à

Jorge Carpizo, ministre de la Justice et ancien président de la Commission

nationale des droits de l’homme. Le présidet mexicain avait annoncé également la mise sur pied d’une commission de réconciliation nationale, sous la

présidence de Manuel Camacho, ancien ministre des Affaires Etrangères et

ancien maire de Mexico.

Interrogé en début de semaine par la radio italienne GR1, Mgr Ruiz a rejété l’accusation selon laquelle l’Eglise du Chiapas l’Eglise aurait encouragé le soulèvement. L’Eglise « a ouvert les yeux des Indiens sur la situation d’injustice dont ils sont victimes, mais sans jamais les pousser à la

violence », a-t-il déclaré. Il a reçu en cela l’appui du cardinal Corripio

Ahumada, archevêque de Mexico, qui avait dénoncé dans son homélie dominicale « des accusations sans preuves ».

Une révolte « indienne » ?

Beaucoup d’observateurs, à Mexico et dans le Chiapas, restent sceptiques

devant l’analyse que font certains des événements, en rendant « les Indiens »

responsables des troubles. Dans l’entourage de Mgr Ruiz, en particulier, on

répète qu’aucun Indien du Chiapas ne peut imaginer que la solution

puisse

venir d’une insurrection armée dont les Indiens seraient immanquablement

les premières victimes. On ajoute que l’Armée Zapatiste de Libération

Nationale (EZLN) n’a aucun lien avec les mouvements Indiens ou ruraux du

Chiapas, et certainement pas avec l’Organisation Rurale Emiliano Zapata

(OCEZ); surtout, parler de « révolte indienne » ne peut que jeter le

discrédit sur tout le mouvement indien, non seulement dans le Chiapas, mais

aussi dans les autres Etats du Mexique.

Certains vont jusqu’à parler d’une « provocation », destinée à mâter « une

fois pour toutes » la résistance des populations indiennes en vue des élections présidentielles, qui devraient mettre en présence le candidat du

P.R.I., le parti du président Salinas, au pouvoir depuis 1929, Luis Donaldo

Colossio, et le très populaire Cuauhtémoc Cardenas, candidat de l’opposition de gauche. Il faut rappeler qu’aux dernières élections, en 1988, le

P.R.I. ne l’avait emporté que de toute justesse, avec 51 % des voix pour

Salinas et 31 % pour Cardenas.

Des évêques « politiques »?

Beaucoup au Chiapas craignent que l’insurrection qui vient de se

produire ne soit fatale à Mgr Ruiz, l’évêque de San Cristobal, qui est

depuis plusieurs années déjà « une épine dans le pied » du P.R.I. et du

nonce, Mgr Priogione, que certains à Mexico appellent Mgr PRI-gione, en

raison de ses bonnes relations avec le parti du président. Ce « faiseur

d’évêques », en poste au Mexique depuis quinze ans, longtemps en qualité de

délégué apostolique, a « nommé », dit-on là-bas, 50 des 88 évêques mexicains

aujourd’hui en activité, parmi lesquels de « gros bonnets » comme Mgr Suarez

Rivera, archevêque de Monterrey et président de la conférence épiscopale,

Mgr Perez-Gil Gonzalez, archevêque de Tlalnepantla, Mgr Reynoso Cervantes,

qui a succédé à Mgr Mendes Arceo, « l’évêque rouge » de Cuernavaca, Mgr

Berlie Belaunzaran, évêque de Tijuana. Parmi eux pourrait se trouver, après

la disparition du cardinal Posadas Ocampo, l’archevêque de Guadajajara

assassiné en 1992, le successeur du cardinal Corripio Ahumada sur le siège

de Mexico, qui atteindra cette année l’âge de 75 ans.

Mgr Prigione, fait-on remarquer à Mexico, est aussi l’artisan du rapprochement entre l’Eglise et l’Etat qui a abouti en 1992 à l’établissement de

relations diplomatiques entre le Mexique et le Saint- Siège. Le nonce passe

pour un adversaire déclaré des « évêques qui font de la politique » en général et des partisans de la théologie de la libération en particulier. Dans

le contexte mexicain, cela vise, entre autres, les « prophètes du Pacifique

Sud », comme Mgr Lonas Reyes, l’évêque de Tehuantepec, Mgr Carrasco Brise$o,

ancien évêque de Oaxaca, Mgr Ramirez Sanchez, évêque de la prélature de Huautla, Mgr Obeso Rivera, archevêque de Jalapa, Mgr Ranzahuer Gonzales, évêque de San Andres Tuxtla et, bien entendu, Mgr Ruiz Garcia, l’évêque de San

Cristobal de Las Casas. Autant d’évêques connus pour leur engagement dans

la défense des droits de tous ceux dont les droits sont bafoués, en particulier des Indiens.

Le groupe de ces évêques « politiques » s’était déjà vu déforcé en 1992

avec la mort de Mgr Mendes Arceo, l’évêque de Cuernavaca, puis par le renoncement de Mgr Carrasco, l’archevêque de Oaxaca (auquel avait été adjoint

en 1988 un évêque coadjuteur « charismatique », qui lui a succédé depuis, Mgr

Gonzalez Martinez). Vint ensuite, fin octobre, la demande adressée par le

nonce à Mgr Ruiz de démissionner de sa propre initiative, dans une lettre

en six points mettant en cause ses options pastorales et « de graves erreurs

doctrinales, pastorales et de gestion » qui « font scandale dans l’Eglise et

offensent aussi le pape ». La teneur de ce discours a été confirmé après

coup tant par Mgr Ruiz que par le nonce lui-même.

Certains à Mexico et à San Cristobal n’excluent pas que le trouble causé

dans le Chiapas par cette mise en cause de « l’évêque des Indiens », qui

s’est exprimé dans les plus grandes manifestations que San Cristobal ait

connues depuis la révolution mexicaine, soit pour quelque chose dans la réaction désespérée des Zapatistes, voire dans « une manoeuvre provoquée pour

porter le coup de grâce à la question indienne ». (apic/cip/mp)

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