APIC – Portrait
Mgr Wolfgang Haas, évêque de Coire (040194)
Un évêque pas tout à fait « imperméable »
Gabriele Brodrecht, agence APIC
Coire, 4janvier(APIC) L’enfant qui court vers lui manque de le faire trébucher. Mais il l’attrappe et rit avec lui. On ne renverse pas si facilement Wolfgang Haas, l’évêque de Coire. Même si beaucoup le voudraient moins
inébranlable. Dans la cour du couvent d’Einsiedeln, enclave neutre au sein
de son diocèse, Mgr Haas se mêle à la foule.
Mgr Wolfgang Haas est certainement le plus contesté et par là le plus
connu des évêques suisses. Sa nomination en 1988 comme évêque auxiliaire
avec droit de succession et son accession deux ans plus tard au siège épiscopal de Coire ont provoqué d’innombrables protestations et discussions,
jusqu’à menacer l’unité de l’Eglise en Suisse. Deux évêques auxiliaires ont
été placés par le pape à ses côtés, il y a six mois. Un premier pas vers
l’apaisement du conflit, estime-t-on volontiers.
Chacun s’est fait son opinion – la plupart du temps définitive – à propos de l’évêque. Les uns le défendent comme champion de la « vraie foi »; les
autres lancent une longue liste de reproches: son attitude ultra-conservatrice, sa fidélité au pape et au droit canon, ses décisions dans les questions de nominations ou du séminaire St-Luzi. On le dit arrogant et incapable de dialoguer.
« Les gens me tiennent souvent pour un véritable monstre, jusqu’à qu’ils
me rencontrent », soupire l’évêque. Ils remarqueraient alors qu’il est un
homme joyeux et plein d’humour, qui aborde volontiers les gens pour discuter, estime-t-il. Il ne réfute pas le qualificatif de conservateur, « mais
ce terme n’a rien à voir avec des boîtes de conserves ». « Ceux qui connaissent vraiment les textes du Concile savent que je ne représente au fond pas
autre chose. »
Mgr Haas sait exactement ce qu’il veut protéger et défendre. La conversation avec lui revient toujours à la notion de vérité, à sa révélation
dans l’Evangile et à sa conservation dans l’Eglise. « La vérité nous rend
libre et conduit au salut. » Mgr Haas veut l’exprimer simplement, sans faire
de théologie compliquée, mais à partir de sa spiritualité mariale. « Maria
duce obviam Christo », telle est sa devise: « Sous la direction de Marie vers
le Christ ».
Vouloir conduire les hommes aux pensées surnaturelles, au respect de la
volonté et des commandements de Dieu et à une foi simple et joyeuse, peut
facilement le faire passer pour « démodé ». Il s’y est finalement habitué:
les plaisanteries de carnaval et les « witz » lui ont collé toutes les étiquettes possibles de « mysogine à exorciste ».
« Mgr Haas frappe de nouveau », affirment régulièrement les titres de la
presse. On lui reproche de trancher avec la vérité infuse, une vérité qui
placerait sur le même plan le témoignage profond de la foi avec n’importe
quel paragraphe du droit canon… Dans la discussion, lui qui considère le
nouveau Catéchisme comme un cadeau merveilleux, fait cependant bien la
différence et s’exprime avec prudence et circonspection.
Il suit certes très clairement sa ligne et ne semble pas vouloir en
dévier. « La décision finale appartient toujours à l’évêque diocésain, cela
personne ne peut le lui enlever. » Les discussions avec les évêques auxiliaires ont parfois débouché sur des opinions divergentes, mais toujours
dans le respect. Mgr Haas espère d’eux qu’ils servent de médiateurs mais
qu’ils affirment aussi clairement qu’il est l’évêque diocésain. Aussi longtemps que le pape ne le rappelle pas, il entend rester fidèle à sa mission
ecclésiale – « non pas par fierté, mais parce que je veux m’attaquer à ce
défi ». « Même si cela n’est pas toujours facile et même si certains ne voient de solution dans l’affaire Haas qu’avec mon éviction », remarque mi-facétieux l’évêque, en faisant le geste de se couper la tête.
« Je suis comme je suis »
Mgr Haas ne craint pas les confrontations avec les autres opinions « que l’on me croie ou non ». Il dit simplement ce qu’il pense: « Je suis comme je suis. » Le conflit est moins lié à sa propre personne qu’avec ce pour
quoi il s’engage, estime-t-il. Lui qui déclare n’attendre plus rien du dialogue s’il conduit à de faux compromis au lieu de mener à la vérité. Et
s’il entretient des contacts cordiaux avec la maison princière du Liechtenstein, il n’est pas pour autant monarchiste ni avide de « pouvoir ».
A Schaan, au Liechtenstein, les parents de l’évêque tenaient un magasin
d’artisanat. Aujourd’hui encore, Wolfgang Haas apprécie les belles choses.
Enfant il aimait bien dessiner, peindre et modeler, mais Wolfgang, né à
Nendeln en 1948, préférait encore jouer au prêtre pour sa grand-mère alitée. Très tôt, il ressent l’amour de l’Eglise. Il a toujours approché
facilement la confession et il lui tient à coeur aujourd’hui encore de rendre ce sacrement plus proche des fidèles.
Il ne fut pas « plus gentil que les autres enfants », et réfute cette
image courante à son sujet. Il s’oppose de même à l’opinion selon laquelle
il aurait « travaillé » très activement pour obtenir le siège d’évêque. L’ancien chancelier souligne avoir toujours aimé son état de prêtre et aurait
très bien pu imaginer le rester. « Le célibat n’est pour moi pas seulement
un devoir – je sais ce à quoi je renonce, mais je sais aussi ce que je gagne ». Il aime à voir une certaine continuité dans son évolution personnelle.
Très tôt déjà le Droit canon l’intéresse particulièrement. Un intérêt qui
s’est encore renforcé à Rome où il a étudié.
On peut se demander comment Mgr Haas résiste finalement à l’opposition
persistante contre lui. Il répond qu’il n’est pas du tout un évêque ’imperméable’ sur qui la souffrance des hommes glisserait simplement. S’il ne répond pas aux lettres c’est uniquement parce que depuis sa nomination à Coire, l’ordinariat a reçu plus de correspondance qu’une n’importe quel autre
pendant quinze ans, estime-t-il. Le fait que des prêtres invoquent sa personnalité pour demander un changement de diocèse l’étonne particulièrement:
« On n’est pas prêtre à cause d’un évêque, mais par la volonté du Christ! »
Physiquement rien n’apparaît de cette tension. Il n’a perdu ni son humour, ni son appétit et les soucis n’ont pas entamé son sommeil (y compris
la sieste). Pour lui, avoir un bon sommeil est une grâce particulière. Il
ne cherche pas non plus à « dissimuler » qu’il apprécie les bons plats et
spécialement la tourte Forêt-noire.
« Il n’y a cependant pas que des souffrances physiques ou morales, mais
aussi des souffrances spirituelles », remarque-t-il. Lorsque qu’il parle du
tapis humain couché devant la cathédrale de Coire lors de sa nomination on
perçoit dans sa voix de la souffrance et de la déception. Il admet en outre
volontiers qu’il fasse aussi des erreurs et que l’appel à la conversion
vaut pour tous.
Son regret est d’avoir si peu d’occasions de rencontrer vraiment les
gens. Il se réjouit certes des rencontres avec les jeunes comme à Denver en
été dernier, mais en beaucoup d’endroits, il n’est pas accepté pour donner
la confirmation. Il se dit prêt aussi à aller dans les paroisses pour discuter dans un cadre plus restreint. Pourquoi ne pas lui adresser la parole
et aller vers lui comme cet enfant à Einsiedeln? Mgr Haas voudrait bien une
fois laisser tomber les querelles de politique ecclésiale et pouvoir faire
comprendre aussi à ses contradicteurs que « l’évêque vous aime et veut être
là pour vous ». (apic/gbr/mp) (traduction Maurice Page)
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