Soudan: visite du cardinal Danneels et (240294)
Que font l’ONU et la communauté internationale?
Bruxelles, 24février(APIC) Le cardinal Godfried Danneels, président de
Pax Christi International, a été invité par Mgr Paride Taban, évêque de Torit et président du Conseil des Eglises du Sud-Soudan, à visiter cette région en guerre.
Le cardinal Danneels sera accompagné par Etienne De Jonghe, secrétaire
général du mouvement international, et par Jan Gruiters, de la section néerlandaise. La visite de la délégation aura lieu du 24 février au 2 mars.
Le cardinal Danneels, quant à lui, quittera Bruxelles le 26 février en direction de Nairobi.
La délégation de Pax Christi aura des contacts avec des responsables du
Conseil des Eglises du Soudan. Elle se rendra ensuite dans deux régions du
sud du pays où la sécurité est devenue plus précaire depuis de récents affrontements entre des factions du APLS (Armée de libération du Soudan,
l’armée fédérale, la force aérienne soudanaise bombardant des objectifs civils.
En raison des problèmes de sécurité que pose un tel déplacement, les
lieux visités par la délégation sont tenus secrets. La délégation rencontrera en tout cas la population du Sud-Soudan « sur le terrain » et visitera
des camps de réfugiés. Le cardinal Danneels célébrera la messe avec Mgr Taban.
Cette visite, par laquelle Pax Christi International veut exprimer sa
solidarité avec une population victime de la guerre civile et de la famine,
est le prolongement d’un séjour exploratoire effectué dans la région du
Sud-Soudan en octobre-novembre 1993. Un rapport de cette visite, intitulé
« Sudan, A Cry for Peace » (Soudan, un cri pour la paix), sera remis par le
cardinal Danneels à Mgr Paride Taban. Ce rapport énumère une longue liste
de requêtes adressées aux autorités de Khartoum, d’une part, au gouvernement soudanais et aux factions du APLS, d’autre part.
100’000 civils sur la route de l’exode
Dans une communication écrite remise lundi à la 50e session de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, actuellement réunie à Genève, Pax
Christi International dénonce la violation des droits de l’homme au Soudan
et l’islamisation forcée du pays: démantèlement des institutions civiles
(politiques, syndicales et sociales), asservissement de la presse, recrutement forcé, torture, « viol de femmes non musulmanes afin de procréer une
nouvelle génération islamique », etc.
Le rapport constate: « Depuis le début du mois de février 94, avec la fin
de la saison des pluies, les forces gouvernementales ont entrepris une vaste opération militaire dans la région frontalière dite des « Trois A ». Treize organisations humanitaires ont été contraintes de se retirer de l’extrême sud-Soudan en raison des combats, des bombardements et de l’interdiction
par Khartoum des vols acheminant le ravitaillement des civils dans cette
région. L’armée soudanaise cherche de toute évidence à semer la panique et,
selon des estimations concordantes d’ONG. sur le terrain, quelque 100.000
civils ont déjà pris le chemin d’un exode incertain. »
Des aboiements de chiens sans crocs
Mgr Paride Taban, évêque catholique du diocèse de Torit au sud du Soudan, a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle fasse
pression par tous les moyens sur le gouvernement de Khartoum afin de mettre
fin aux bombardements des camps de réfugiés dans le sud du pays.
Dans une conversation téléphonique avec l’organisation d’entraide missionnaire « Missio » en Allemagne, l’évêque a précisé le 17 février que de
violentes attaques ont contraint plus de 100’000 personnes à fuir vers
l’Ouganda et le Kenya. Le gouvernement soudanais empêche systématiquement
les ravitaillements en vivres. Le « Catholic Relief Service » tente, à partir
de l’Ouganda, d’apporter des secours dans la région où se trouvent les réfugiés. Mais comme les véhicules sont bloqués par la destruction de routes
importantes et de ponts, il faut transporter les colis de secours à pied,
ce qui représente 50 à 60 km de marche à travers la brousse.
La priorité est, par conséquent, de réparer les routes et d’obtenir
l’ouverture de nouveaux chemins d’accès pour aider les personnes dans le
besoin. Ce qui ne sera possible, souligne l’évêque, que par une pression
massive des Nations Unies sur le gouvernement de Khartoum. Mgr Taban compte
donc sur les organisations d’aide internationales pour obtenir les moyens
nécessaires à la réparation des routes. C’est seulement alors que l’on
pourra procurer des vivres aux réfugiés.
En attendant, l’évêque a critiqué la passivité des Nations Unies. L’ONU
sait fort bien par ses représentants sur place, que les camps bombardés ne
sont pas des camps militaires, a-t-il expliqué. Elle sait aussi que le gouvernement soudanais cherche résolument à chasser des centaines de milliers
de civils en recourant à des attaques terroristes. « Il y a des années que
nous répétons notre demande d’instaurer des zones de sécurité pour protéger
les innocents », a déclaré Mgr Taban, déplorant le peu de réactions du monde
occidental. « Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle finalement
rien entrepris de sérieux? Il faut venir en aide aux personnes et sauver
des vies humaines. C’est un droit élémentaire. »
Les voisins africains du Soudan ont, de leur côté, pris de nombreuses
initiatives de paix. Selon l’évêque, cependant, leur voix n’est pas suffisamment forte tant qu’elle n’est pas soutenue par la communauté internationale.
Les Eglises chrétiennes au Soudan jouissaient jusqu’ici d’une grande autorité aux yeux du gouvernement de Khartoum. Mais de plus en plus, les appels demeurés sans réponse qu’elles ont lancés vers les Nations Unies sont
comparés à des « aboiements de chiens sans crocs ». « Nous avons besoin de la
communauté internationale, insiste aujourd’hui l’évêque de Torit. Elle a le
pouvoir, l’autorité et l’argent nécessaire pour entreprendre des négociations qui ramèneront la paix. Mais nous nous sentons comme Jean le Baptiste, criant dans le désert. » (apic/cip/pr)
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