Le pape François et Donald Trump : les sujets d'entente et de désaccords

Le 24 mai 2017, le pape François recevra en audience Donald Trump, investi président des Etats-Unis le 20 janvier dernier. Plusieurs sujets pourraient figurer au menu des discussions comme les migrants, la politique étrangère ou encore l’environnement. Les vues des deux hommes devraient notamment converger sur la protection de la vie.

Evoquant sa prochaine rencontre avec Donald Trump, le pape François avait martelé le 13 mai dernier dans l’avion de retour de Fatima, qu’il «ne portait jamais un jugement sur une personne sans l’écouter». Et avait rappelé qu’il y avait «toujours des portes qui ne sont pas fermées».

Côté américain, le ton est également bienveillant à l’approche de cette audience, le président des Etats-Unis s’étant déclaré «très impatient» de rencontrer le chef de l’Eglise catholique. Si le ton entre les deux hommes est cordial depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, il n’en a pas toujours été de même par le passé.

Murs ou ponts?

Le 17 février 2016, dans l’avion de retour du Mexique, le pape avait en effet indirectement suspecté Donald Trump, sans le nommer, de ne «pas être chrétien» s’il pensait «uniquement à ériger des murs […] et non à créer des ponts». Allusion claire à la volonté du candidat Trump de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Par la suite, le Père Federico Lombardi, alors directeur de la salle de presse du Saint-Siège, avait précisé ces propos, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’une «attaque personnelle ni d’une indication de vote».

En retour, celui qui était alors candidat à l’investiture républicaine avait dénoncé une attaque «honteuse» et ajouté que «le pape est quelqu’un de très politique» qui «ne comprend pas les problèmes» des Etats-Unis.

Marche pour la vie et contraception

Malgré ce profond désaccord – qui demeure – le président Trump a tenu à lancer des signaux forts en direction des catholiques. Ainsi, moins d’une semaine après son investiture en janvier dernier, il avait dépêché Mike Pence, son vice-président, à la Marche pour la vie de Washington. Cette manifestation annuelle contre l’avortement, organisée dans plusieurs villes du monde, est largement soutenue par l’épiscopat catholique américain et par l’électorat catholique. «La Marche pour la vie est tellement importante: à tous les marcheurs, vous avez mon plein soutien», avait lui-même écrit le 45e président des Etats-Unis sur Twitter.

Autre geste reconnu et apprécié par les évêques des Etats-Unis : un ordre exécutif – équivalent d’une directive ou d’une circulaire – de Donald Trump demandant de ne pas appliquer la règle interdisant certains combats politiques aux Eglises, notamment dans l’application du plan de santé de l’administration Obama. Etaient concernées des institutions catholiques refusant l’obligation de fournir une couverture sociale couvrant la contraception. Cette demande émanait notamment des Petites sœurs des pauvres, que le pape avait rencontrées lors de son voyage aux Etats-Unis, et que le président américain avait qualifié de «religieux extraordinaires qui se soucient des malades, des personnes âgées et des laissés-pour-compte».

Priorité pour les chrétiens d’Orient

La politique étrangère devrait aussi figurer au menu des discussions entre les deux hommes. A commencer par la Syrie et l›Irak, ainsi que les chrétiens d’Orient dont Donald Trump a déclaré vouloir faire une priorité de son mandat. Selon le site catholique américain Crux, ce sujet pourrait permettre un point d’entente concrète entre les deux hommes.

Selon ce média, le successeur de Barack Obama pourrait décider d’octroyer une aide humanitaire fédérale directement aux Eglises chrétiennes d’Orient, pour venir en aide à leurs fidèles réfugiés et déplacés. En effet, craigant les persécutions, ceux-ci se réfugient dans des camps directement gérés par leur Eglise, et ne bénéficient pas de l’aide internationale publique.

Corée du Nord

La question de la Corée du Nord pourrait également être abordée. Concernant ce dernier cas, dans l’avion de retour d’Egypte le 29 avril dernier, le pape François avait déclaré qu’il appellerait les dirigeants politiques – dont Donald Trump – à «un travail pour résoudre les problèmes par la voie de la diplomatie». Devant des ambassadeurs près le Saint-Siège, le pontife s’était inquiété le 18 mai de voir le recours à la guerre être considéré comme un «moyen parmi d’autres».

Depuis son entrée à la Maison-Blanche, le 45e président américain a en effet affirmé à plusieurs reprises être déterminé à empêcher la Corée du Nord à poursuivre son programme de développement de l’arme nucléaire. «Il y a des chances pour que nous finissions par avoir un conflit majeur avec la Corée du Nord», avait-t-il lancé le 27 avril à l’agence Reuters, tout en affirmant vouloir «fortement résoudre tout cela de manière diplomatique».

L’écologie

Enfin la question de l’environnement et du changement climatique pourrait être abordée au cours du tête-à-tête entre le successeur de Pierre et le président américain. Ce dernier a en effet, à plusieurs reprises, fait part de ses doutes sur la réalité du changement climatique et sur l’influence de l’activité humaine. Il a ainsi demandé à son administration d’assouplir les règles sur l’émission de gaz à effet de serre ou d’autoriser l’octroi de nouvelles concessions de mines de charbon.

Le pontife à l’inverse avait consacré la seconde encyclique de son pontificat, Laudato si’ (2015), à la «sauvegarde de la maison commune». Certaines parties de ce document se basent et reprennent les travaux de scientifiques favorables à la thèse du réchauffement climatique. Le pontife a d’ailleurs l’habitude d’en offrir une copie aux chefs d’Etat en visite au Vatican.

Contexte difficile

La visite de Donald Trump au Vatican s’inscrit dans un contexte intérieur difficile pour le président des Etats-Unis, ouvertement mis en cause depuis sa décision de démettre le directeur du FBI de ses fonctions, officiellement pour sa gestion de l’affaire du serveur privé sur lequel transitaient les mails d’Hilary Clinton alors qu’elle était Secrétaire d’Etat.

Avant Rome, le président Trump s’est rendu en Arabie Saoudite, où il a conclu d’importantes ventes d’armes, et est arrivé en Israël le 22 mai. Ces visites sont très attendues, pour clarifier l’orientation que le 45e président des Etats-Unis compte donner à son mandat dans le domaine diplomatique. A Riyad le 21 mai, il a rappelé l’amitié qui lie l’Arabie Saoudite aux Etats-Unis et devant une cinquantaine de chefs d’Etat musulmans, a invité à s’unir pour «vaincre le mal» causé par les terroristes «islamistes».

Après son escale au Vatican, Donald Trump poursuivra sa tournée internationale par le sommet de l’OTAN à Bruxelles, le 25 mai et le sommet du G7 à Taormine, en Italie, les 26 et 27 mai. (cath.ch/imedia/xln/rz)

 

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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