La mutation des militants ou l’état du militantisme

Yverdon: journée de réflexion des socialistes chrétiens romands (070294)

Yverdons, 7février(APIC) Réunis samedi à Yverdon, sous la présidence du

conseiller national Pierre Aguet (VD), les socialistes chrétiens romands

avaient choisi de consacrer leur journée à une réflexion sur l’état du militantisme dans les organisations sociales, politiques et religieuses. Enrichi de l’expérience de personnalités engagées sur tous ces fronts, le débat a démontré que, même si les apparences sont trompeuses, le militantisme

n’a pas disparu. Il a par contre subi une profonde mutation.

Depuis le dernier «âge d’or» du militantisme des années 70, beaucoup de

mouvements (féministes, écologiques…) se sont vu reconnaître une légitimité: absorbés par le système, admis dans diverses commissions et structures, leurs militants ne se voient plus dans la rue. Plutôt que de chercher à changer le monde globalement, ils se sont spécialisés pour mieux

maîtriser des données complexes ou parce que les objectifs concrets sont

plus mobilisateurs.

Lourdement structurées, les grandes organisations, partis, syndicats,

Eglises dans une certaine mesure, ont quant à elles confié l’essentiel de

leurs activités à des professionnels, reléguant trop souvent la base aux

rôles de petites mains ou de simples cotisants. L’émergence de personnalités médiatiques permet parfois de spectaculaires mobilisations, mais ce

«star system» occulte le rôle des militants. Mère Sofia, par exemple, se

dit parfaitement consciente de ce problème que l’on retrouve également avec

les politiciens les mieux disposés, qui ne font souvent que relayer les actions. Des actions engagées par une base de plus en plus souvent, et même

parfois presque exclusivement, féminine, ce qui explique peut-être aussi

que son travail ne soit pas toujours reconnu par les médias…

Les partis ne mobilisent plus

L’accumulation des informations place de plus en plus haut le «seuil de

sensibilité» de l’opinion publique et les indignations collectives se réveillent de plus en plus difficilement. Un parti qui promet de changer le

monde et de créer le paradis sur terre ne parvient plus à mobiliser: le socialisme et le marxisme (mais aussi le capitalisme) en sont restés loin;

les grands idéaux ont donc perdu leur attrait. Les recherches plus individualistes ont aussi déçu: les enfants nés dans les familles «libérées» des

tabous et schémas traditionnels constatent que leurs parents ne sont pas

plus heureux que leurs grands-parents.

Les bonnes causes ne manquent pourtant pas, ni les bonnes volontés. Si

la crise du militantisme est bien réelle dans les grands partis et organisations, des mouvements à objectifs précis, souvent limités dans le temps

et l’espace, concrets et objectivement atteignables, mobilisent des foules

de ces jeunes qu’on croit voués à l’inertie: on en trouve facilement pour

défendre un quartier menacé ou pour aller construire une école en Afrique.

La crise actuelle ne manque pas de réveiller ses victimes, le militantisme

a donc encore un bel avenir. Il sera pourtant dispersé dans ces multiples

groupes plus ou moins éphémères, parallèles, se regroupant souvent, concurrents parfois, dont le succès tiendra à l’originalité de sa démarche. Les

partis, syndicats, Eglises aussi, vivront de leur capacité de relayer positivement ces aspirations sans les étouffer dans les lourdeurs de leurs

structures.

Quant aux militants chrétiens et socialistes, a-t-on déclaré samedi en

guise de conclusion, «ils tenteront de continuer à nourrir ces luttes de la

foi, de l’espérance et de l’utopie d’un monde globalement meilleur». (apiccom/pr)

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