APIC Interview
du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg
Une devise: co-responsabilité et service
Fribourg, 3février(APIC) « J’ai d’abord fait part au nonce de mes questions, puis je suis arrivé à la conclusion, malgré mes objections et malgré
mes faiblesses, qu’il fallait accepter… dans un esprit de disponibilité,
comme je l’enseigne aux futurs prêtres », témoigne Mgr Pierre Burcher, nommé
jeudi évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.
Mgr Burcher, actuel supérieur du séminaire diocésain, succède à Mgr Gabriel Bullet, dont il reprend toutes les charges. Il sera ordonné évêque à
la cathédrale St-Nicolas de Fribourg le samedi 12 mars et sera domicilié à
Lausanne. Il quittera prochainement la direction du séminaire diocésain.
Convoqué d’urgence lundi soir à la nonciature à Berne, l’abbé Burcher
n’a en fait pas hésité longtemps: à l’issue d’une bonne heure de discussion
avec Mgr Karl-Josef Rauber, il acceptait sa nomination, décidée samedi à
Rome par la Congrégation vaticane pour les évêques.
APIC:Quelles objections avez-vous fait valoir devant le nonce ?
MgrBurcher:D’abord j’estimais que d’autres que moi étaient capables d’assumer cette responsabilité, sans doute encore mieux que moi. Ce n’est pas
une fausse humilité, mais c’est la vérité. Je faisais un peu l’expérience
de certains personnages de la Bible qui se demandent: « Mais pourquoi moi?
Surtout pas moi! ».
Il est vrai qu’actuellement être évêque n’est de loin pas facile, en
particulier quand je pense à la situation de l’Eglise en Suisse. Mais
j’espère qu’elle évoluera positivement, car il y a déjà des signes d’espérance dans ce sens-là. Cela me faisait souci d’accepter, vu l’ampleur de
cette tâche. Mais, si je parle du ministère local qui m’est confié, j’ai de
l’espoir, car il s’agit de collaborer avec l’évêque diocésain, son conseil
et les différents conseils de prêtres et de laïcs. C’est extrêmement encourageant de savoir que l’évêque, même si c’est lui qui est le responsable,
ne peut rien faire seul: il faut qu’il y ait dialogue, réflexion commune,
co-responsabilité.
APIC:Vous insistez beaucoup sur la co-responsabilité…
MgrBurcher: L’édification de l’Eglise ne peut se concevoir autrement que
dans un esprit de co-responsabilité et de concertation, et ceci à tous les
niveaux de la vie de l’Eglise et de la pastorale. C’est une ligne de force
de ce que j’entends faire. J’ai été habitué dès mon ministère de prêtre de
paroisse, comme vicaire, puis comme curé, à collaborer au maximum, en particulier avec les laïcs.
APIC:Où vous situez-vous dans une Eglise parcourue de courants divergents,
vous sentez-vous plutôt un rassembleur ?
MgrBurcher:J’ai la conviction que le prêtre, et à plus forte raison aussi
l’évêque, doit être un homme de communion. D’abord avec Dieu, qui est la
source. A partir de là, il peut, malgré ses faiblesses et ses difficultés,
devenir toujours plus un homme de communion et d’écoute.
APIC:Vous allez habiter Lausanne, vous sentez-vous « vaudois » ?
MgrBurcher:Je viens d’une famille de six enfants, des paysans de montagne
de la vallée de Conches. On parlait le haut-valaisan. J’avais 7 ans quand
mes parents ont dû émigrer pour trouver du travail. J’ai commencé mon premier jour d’école, au lendemain de notre arrivée au-dessus de Nyon, en sans
savoir un seul mot de français. J’ai fait l’expérience du déracinement, et
la première année a été difficile. Mais c’est l’âge idéal pour apprendre
les langues! De là vient vient mon goût des langues.
C’est dans le canton de Vaud que j’ai passé mon enfance, puis le temps
du collège et enfin une période comme vicaire et comme curé. Le fait que
j’aie aussi fréquenté le collège Saint-Louis à Genève, puis le lycée d’Einsiedeln, et enfin l’Université de Fribourg m’a beaucoup aidé à dépasser les
frontières cantonales et culturelles. Si je me sens bien dans le canton de
Vaud, où j’ai passé 18 ans de ma vie, je n’ai pas le droit de dire que je
suis vaudois. Je me définis tout à fait comme romand et je ne renie pas mes
origines valaisannes.
APIC:Et populaires…
MgrBurcher:Si je viens d’un milieu populaire, je n’ai jamais tenu, déjà
comme curé, à privilégier telle ou telle classe de la société. Je me sens
également à l’aise dans les différents milieux, tout en étant marqué par
des origines montagnardes que je suis loin de renier. Je suis très sensible
à la réalité du chômage, je la vis même au sein de la famille; ce n’est
donc pas pour moi une question théorique. Ces personnes ont besoin d’être
accompagnées, en particulier les chômeurs en fin de droit, car de nombreuses familles sont touchées.
Il est très important d’être à l’écoute et aussi proche que possible des
gens qui souffrent. Je suis aussi préoccupé par la recherche du sens de la
vie, dans la jeunesse en particulier. C’est l’un des ministères du prêtre
et en particulier de l’évêque de permettre aux hommes de voir vers quoi ou mieux, vers qui – ils sont en marche. Pour moi, la finalité est Dieu:
savoir que nous venons de Dieu et que nous retournons à Dieu, et, comme dit
saint Augustin, tant que nous ne serons pas en Dieu, nous serons inquiets.
(apic/be)
Propos recueillis par Jacques Berset
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