Belgique: Les évêques publient une déclaration (020294)

sur « L’accompagnement des malades à l’approche de la mort »

Bruxelles, 2février(APIC) Les évêques de Belgique ont publié lundi une

déclaration sur « l’accompagnement des malades à l’approche de la mort ». Ils

y précisent leur opposition à l’euthanasie, dont ils se demandent si elle

n’est pas un prétexte pour échapper au devoir d’accompagnement. Parce que

toute personne malade, fût-elle en plein déclin, garde « toute sa valeur

d’être humain », les évêques lancent un appel pour que se développent davantage les soins palliatifs, aussi bien à domicile que dans des unités hospitalières spécialisées.

« L’euthanasie chez nous s’installe en silence », observe le cardinal Danneels. L’évolution des mentalités et l’exemple des Pays-Bas voisins où une

loi votée à l’automne dernier dépénalise partiellement l’euthanasie, interpellent les évêques belges. Bien que traitant du problème spécifique de

l’euthanasie, la déclaration épiscopale veut orienter le regard vers une

autre façon de voir la même réalité. Si on accompagnait mieux les malades,

y en aurait-il encore autant qui demanderaient l’euthanasie?

La mort a changé

Le développement de la science et des techniques médicales a fait reculer la douleur et laissé surgir le rêve d’une disparition totale de la

souffrance. Avec le risque aussi de considérer la mort comme un simple problème technique, alors qu’elle est un « mystère qu’on ne peut approcher

qu’en silence et avec humilité », remarquent les évêques.

Les évêques ne sont pas opposés aux techniques thérapeutiques modernes,

« aussi longtemps qu’il y a espoir d’amélioration et que les risques ne sont

pas trop grands ». Sans cet espoir, il n’y a pas lieu de prolonger une thérapie lourde pour le malade et son entourage, sans parler du coût pour la

collectivité.

Pour alléger les souffrances du malade, certains n’hésitent cependant

pas à aller plus loin. Ils acceptent de précipiter la mort du malade qui le

désire. Entre les soins pour combattre la douleur et l’euthanasie, la frontière est parfois ténue. « Une chose est d’administrer des médicaments qui

combattent la douleur en phase terminale d’une maladie, au risque de hâter

la mort du patient; autre chose est d’en administrer des doses mortelles »,

précise la déclaration.

Pour les évêques que la mort volontairement provoquée soit demandée par

le malade, par son entourage, ou dans un « testament de vie », il y a euthanasie. Les évêques n’ignorent pas les arguments avancés en faveur de

l’euthanasie. « On ne va quand même pas le laisser souffrir inutilement »,

dit l’entourage d’un malade. « Oui, j’en ai assez, finissons-en! », dira un

patient qui n’en peut plus.

Ces arguments n’impressionnent pas les évêques. Trop de médecins, d’infirmières, de psychologues les ont mis en garde « contre la tentation de

prendre les malades au mot ». La plupart des patients connaissent des phases

dépressives où il leur arrive d’appeler la mort de leurs voeux. Cet appel

doit être interprété comme une protestation contre la douleur, l’angoisse,

la solitude, la qualité de vie à l’hôpital ou encore contre le sentiment de

rejet de la part des parents et amis. Souvent « le patient ne répète plus sa

demande, dès que lui est procurée l’indispensable assistance médicale, sociale et spirituelle ». La formulation écrite d’une demande d’euthanasie,

par un « testament de vie » aurait-elle plus de valeur? « Qui peut prédire si

la volonté de rester en vie ne sera pas plus forte, précisément en phase

terminale? », répondent les évêques.

Faudrait-il en outre qu’un médecin soit contraint d’exécuter une telle

volonté? Attendre de la médecine qu’elle soit aussi porteuse de mort,

n’est-ce pas ébranler la confiance indispensable à la relation entre médecin et malade? Le droit de disposer de soi-même serait-il sans limite? Autant de questions qui démontrent que l’euthanasie pose plus de problèmes

qu’elle n’en résout.

Accompagner

La solution que préconisent les évêques se situe dans le sillage des

pratiques séculaires imaginées par l’Eglise pour venir en aide aux malades

et aux mourants: les aider, les accompagner jusqu’au bout, tant sur le plan

affectif que sur le plan moral et spirituel.

Accompagnées de la sorte, la maladie et même la mort retrouvent du sens,

suggère le cardinal Danneels. La mort n’est plus considérée comme « un point

final, placé en dehors de la vie ». Elle est réapprivoisée comme faisant

partie de la vie elle-même, dont elle peut devenir, selon la foi chrétienne, comme « le point culminant ». C’est dans cette perspective que les évêques encouragent la pratique des soins palliatifs, tant dans les hôpitaux

qu’à domicile. A partir du moment où la guérison du malade n’est plus possible, mieux vaut lui procurer un accompagnement le plus chaleureux et le

moins technique possible pour lui permettre de vivre ses derniers jours et

donc sa mort dans un contexte humanisant.

Les évêques relèvent encore la fécondité de l’accompagnement religieux

ou pastoral des malades, qui n’est pas seulement ni avant tout orienté vers

des sacrements. Les visiteurs de malades et les équipes d’aumônerie sont

d’abord présentés dans leur mission de proximité et de rencontre des malades. Le premier conseil qui leur est donné est d’accueillir chaque malade

tel qu’il est, d’accepter que sa souffrance s’accompagne de désespoir, de

révolte, « même s’il en vient à se rebeller contre son entourage et contre

Dieu ». C’est grâce notamment à ce combat pour leur propre dignité que « bien

des malades connaissent une importante évolution spirituelle ». (apic/cipmp)

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