mai 1994 (3e partie) =

Assemblée spéciale du synode des évêques pour l’Afrique Rome 10 avril – 10

Bruxelles, 29 avril 1994 (CIP)

«Ce synode tombe à point nommé… On le dit téléguidé, manoeuvré, romain :

je pense qúon va être surpris. Les évêques africains sont capables de nous

étonner.» C’est l’avis exprimé devant l’Association des Journalistes

d’Information Religieuse (AJIR) à Bruxelles par le Père Walter Aelvoet.

Tout en sé réjouissant du sérieux de la consultation, qui est déjà en soi

un résultat essentiel, René Luneau espère que les évêques qui iront à Rome

parleront sans crainte. Le synode, c’est de toute façon, même du point de

vue beaucoup parmi ceux qui portent sur lui un regard critique, une chance

formidable à saisir.

Les critiques parfois violentes et un peu trop systématiques – souvent

injustes et inspirées le plus souvent par l’Europe, dit-on dans les milieux

du Vatican – dénotent du moins l’importance de l’événement. Elle témoignent

de l’intérêt jaloux et quelquefois de la passion que suscitent le synode, y

compris chez ceux là même qui affectent de s’en désintéresser.

L’importance de la préparation

Le synode n’échappe pas à la loi des autres grands rendez-vous, qúavait

énoncée en son temps le cardinal Cardijn : ses fruits seront surtout ceux

de sa préparation. Sans relativiser l’importance de l’assemblée romaine,

ceci veut dire qúon ne peut isoler celle-ci de son contexte, celui d’une

longue maturation et d’une consultation que Rome a voulue la plus large

possible, et ensuite d’une mise en oeuvre et de nouvelles étapes.

«Au lieu de rivaliser avec la bureaucratie romaine, les responsables des

Eglises africaines seront mieux inspirés en attachant plus d’importance à

la concertation avec tous les baptisés», soulignait dès 1989 P. Rutayisire,

en rappelant que l’idée d’une réunion consacrée à l’avenir du christianisme

africain «est venue d’en-haut, de l’élite cléricale ou chrétienne, et non

de la massa des fidèles», et que subsiste par conséquent «un réel danger de

voir se tenir un synode d’experts, sans référence à la vie concrète».

Tant M. Cheza que R. Luneau soulignent l’insistance de Rome, lors de

différentes étapes de la préparation, sur l’indispensable implication de

toute la communauté chrétienne.

«Du temps de la préparation, dans les tout premiers textes parus dès

janvier et mars 1989, il a été dit que tous dans les Eglises doivent être

associés, depuis les Universités catholiques jusqúaux communautés de base.

Le pape au cours de ses voyages en Afrique est souvent revenu sur la

question. En juillet 1990 il y a eu dans les fameux «lineamenta» la

publication de 81 questions. Pas seulement destinées aux évêques: il était

clair que ce questionnaire devait être distribué le plus largement

possible», déclare R. Luneau dans une récente interview à l’age ce APIC. Et

d’ajouter : «Au total, même si certaines Eglises ont dormi sur leur copie,

des milliers de pages sont revenues à Rome. On a été surpris par le nombre

et par la qualité des réponses. Le document de travail a malgré tout essayé

d’en tenir compte.»

«Signes de temps» en Afrique

Se référant à l’avis d’étudiants africains intéressés par le synode, M.

Cheza a souligné l’importance en Afrique des «signes des temps» que sont la

pauvreté, l’exploitation et le sous-développement. «En d’autres mots,

dit-il, l’évangélisation ne peut pas faire l’économie de l’analyse des

réalités humaines dans toute leur complexité et même dans leur caractère

tragique : séquelles du colonialisme, sous-développement, famines,

endettement, progression du désert et séchresse, démographie galopante,

sida, apartheid.»

Jean-Paul II ne disait pas autre chose lors de son voyage au Burkina Faso

(1990) : «L’un des thèmes de réflexion proposés °…§ est précisément de

cerner les foondeùents théologiques de notre action pour l’homme. Pour les

chrétiens, la recherche du développement et l’action en faveur de la

justice et de la paix ne peuvent être séparées de l’évangélisation. Car

c’est l’homme lui-même qui est le vrai sujet du développement.»

Ancien missionnaire au Rwanda, fondateur et ancien responsable de plusieurs

magazines – New Afrika, Wereldwijd, Bulletin d’Information Africaine

(ANB-BIA), W. Aelvoet insiste beaucoup sur l’importance cruciale de la

contribution de l’Eglise à la justice et à la paix». «Il ne s’agit pas

d’une activité connexe, subalterne ou facultative de l’Eglise, dit-il, mais

d’un défi qui a porté la chrétienté dans les monde et qui détermine au plus

profond la place de l’Eglise dans la société. Certainement en Afrique, où

l’injustice et la guerre l’emportent de nouveau, et où seules les Eglises

peuvent encore indiquer une autre direction.»

Sortie de la période post-coloniale, qui s’est prolongée jusque dans la

Guerre Froide et dans les nombreuses dictatures qui ont prospéré dans ce

climat, l’Afrique vit des heures cruciales, analyse W. Aelgoet. La

transition vers la démocratie, dans le marasme socio-économique dans lequel

l’Afrique est en train de s’enfoncer, est pénible. Si bien que surtout des

conflits tehniques peuvent de nouveau déchirer tout le continent en mille

morceaux. «A cet égard, les Eglises peuvent jouer un rôle capital. Elles

restent le plus souvent l’unique instance capable de dominer les explosions

ethniques et de déterminer l’avenir de l’Afrique grâce à son message d’une

fraternité universelle. Si cette Eglise-là a le courage de relever le défi

dans la justice et la paix, l’espoir subsiste d’un autre avenir, un avenir

meilleur.

Pas un hasard non plus, dit W. Aelvoet, si «les peuples africains

choisissent presque instinctivement les évêques capables de mettre entre

parenthèse leur appartenance ethnique, ou chez qui celle-ci ne joue qúun

rôle très secondaire, ce qui fait d’eux des médiateurs idéaux, du reste à

peu près les seuls disponibles dans leur pays» : Mgr Monsengwo au Zaïre,

Mgr Kpozdro au Togo, Mgr Kombo au Congo- Brazzaville, Mgr De Souza au

Bénin, Mgr Napier et Mgr Tutu en Afrique du Sud, et tant d’autres… Une

tâche cruciale, ajoute l’ancien missionnaire, et «si lourde de menaces, en

cas d’échec, que les Eglises ne peuvent se dérober».

Signalant que «la théologie de la libération africaine a précédé celle,

beaucoup plus connue, de ses porte-parole latino-américains», le Père Blanc

fait remarquer que «les fameuses conférences du CELAM de Medellin (1968) et

dePuebla (1979) ont joué un grand rôle dans l’aspiration à une semblable

assemblée ecclésiale pour l’Afrique» et que «précisément pour cette raison,

Rome a fait en sorte de pouvoir éviter un ’concile africain’ sur le modèle

des conférences du CELAM… Rome a juré que cela ne se reproduirait plus.

Car Medellin a finalement échappé au contrôle de Rome et a produiit un

résultat auquel on ne s’attendait pas à Rome.»

Aux yeux de W. Aelvoet, il ne faut pas chercher ailleurs la raison du choix

de la formule synodale «qui permet de prévenir de tels déraillements et

qui, s’il se déroule à Rome, est bien plus facile à contrôler qúune

assemblée régionale ou continentale». Malgré le rôle joué par Rome dans le

synode, W. Aelvoet reste confiant. «La question, dit-il, est de savoir si

cela sera suffisant pour enchaîner le synode, ou si la vie n’est pas plus

forte que toutes les formes dans lesquellles on voudrait l’enfermer. Ce ne

serait pas la première fois dans l’histoire, que le résultat d’une

conférence ne réponde pas aux attentes ou aux espoirs de ses organisateurs.

Car la vie est plus forte et plus créative que les les mesures de

prévention destinées à la mettre sous contrôle.» C’est dans cette

perspective également que Sidbe Semporé voit le synode: «Il s’agit d’une

invitation au mouvement, à la marche en avant, d’une mise en branle qui

fait de la mission une fête sans fin. Syn-ode signifie ébranlement, marche

cahotante et cependant joyeuse de ceux qui font route ensemble. °…§ Nous

sommes appelés à faire véritablement dece synode un exode, à sortir de nos

immobilismes, à quitter nos sentiers battus de la routine cultuelle, de

l’adaaptation culturelle et de l’inflation sacramentelle pour explorer

résolument les chemins qui mènent aux pauvres de nos sociétés, aux humiliés

de nos campagnes, aux désespérés de nos villes. Panser les plaies, libérer

des servitudes, semer l’espérance constitue pour l’Eglise une tâche

originelle et congénitale capable de mobiliser les énergies et

l’imagination d’une assemblée synodale.»

enjeu

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/assemblee-speciale-du-synode-des-eveques-pour-l-afrique-rome-10-avril-10/