APIC – Dossier
Rome 10 avril – 8 mai 1994 (2e partie)
Bruxelles, 30mars(APIC/CIP) La décision de convoquer un synode plutôt
qu’un concile africain, et plus encore celle de le tenir à Rome, ont suscité des réactions diverses. Bien avant cela, un réel malaise était perceptible, dû surtout à l’impression de beaucoup de chrétiens africains que Rome
ne les prenait pas vraiment au sérieux. Le souci du pape et du secrétariat
du synode d’impliquer jusqu’au bout les Eglises dans la démarche font aujourd’hui espérer que le synode portera de nombreux fruits. Dont, pourquoi
pas, un futur concile.
Après l’espoir suscité d’un concile africain, et au-delà du choix de la
formule synodale le suspense a plané trop longtemps sur la date et le lieu
de l’assemblée. Une fois ceux-ci connus, des réactions diverses ont nourri
une atmosphère de méfiance et de malaise, aggravée encore les maladresses
et le paternalisme de Rome, qui a centralisé – confisqué disent certains toute la préparation. Le silence qui a entouré les réunions préparatoires a
déconcerté plus d’un évêque. Quant aux théologiens africains, ils ont le
sentiment d’avoir été oubliés. Pour eux, le synode est une affaire romaine.
Paul Rutayisire, un théologien burundais le constate: «Pour les uns, le
synode est un point final autoritaire au projet d’un concile perçu comme
une voie ouverte vers un schisme africain. Pour les autres, c’est plutôt
une décision logique du pape qui, devant la division et les hésitations de
l’épiscopat africain, a pris ses responsabilités. Enfin, il y a aussi ceux
qui voient une occasion donnée aux Eglises africaines de prendre la parole
pour exprimer leur foi en Dieu, vivant en tenant compte des défis de l’histoire. mais ces derniers n’ont pas encore prouvé leur enthousiasme par des
actes.» (ANB-BIA, 15 octobre 1992).
Quelle consultation?
Par ailleurs, l’abondance des thèmes et leurs multiples aspects font
craindre que les évêques ne soient condamnés à la superficialité. Préoccupations que traduit Sidbe Semporé, dominicain, directeur de la revue «Pentecôte d’Afrique»: «Ne veut-on pas trop embrasser en s’assignant comme
champ d’investigation des thèmes aussi panoramiques…? La très faible implication de la base dans l’élaboration des questions et dans la recherche
des solutions n’enlèvera-t-elle pas aux travaux et aux conclusions du synode leur poids et leur pertinence ? En outre, dans la mesure où l’on trairera des problèmes spécifiques de l’Afrique selon une conception, une terminologie et une optique de facto «occidentales», quel retentissement en
profondeur sur l’être et le vécu africain pouvons-nous en attendre?» (La
Croix 9 janvier 1991).
Le fait que «le pourcentage de réponses est le plus élevé jamais constaté pour un synode» (31 Eglises sur 34), selon Mgr Schotte, ne signifie pas
qu’il reflète vraiment la vitalité des Eglises locales.
L’équipe de «News People», revue mensuelle du Centre «Medias News People» animé par les pères comboniens à Nairobi, au Kenya, n’a pas trouvé
dans l’Instrumentum laboris (IL) «une écoute humble et audacieuse de ce que
l’Esprit dit aux Eglises locales en Afrique» et met en cause la méthodologie adoptée: «La méthode du «voir, juger, agir» ne jouit pas de la préférence de ceux qui ont préparé ce document. Ils préfèrent retourner à la méthode des textes de théologie systématique d’avant Vatican II: partir de la
thèse, dont la validité est «prouvée» par les textes de la Bible et des documents de l’Eglise, pour en arriver aux applications à la vie quotidienne.» Cela regarde aussi, dit-elle, le modèle d’évangélisation : «C’est comme si l’Afrique devait uniquement recevoir des leçons du magistère universel de l’Eglise, tandis que l’Eglise universelle n’a rien à apprendre de
l’Afrique et des expériences variées vécues ici.»
«Quand on lit l’IL, on peut difficilement imaginer qu’il est question
d’un synode sur l’Afrique», relève la rédaction de «News People»: les 171
citations proviennent toutes des documents généraux de l’Eglise. Jean-Paul
II est, de loin, l’auteur le plus souvent cité, les évêques ou les conférences épiscopales africaines n’y ont que la portion congrue. Dans une lettre ouverte adressée à Jean Paul II la rédaction l’avertit qu’il a été abusé quant à la préparation du synode, par exemple quand le secrétariat général dit qu’»on peut affirmer sans exagération que toute l’Eglise en Afrique
a été impliquée dans le processus synodal». «Ceci n’est pas seulement une
exagération, c’est un mensonge», écrit-elle. Parler de ce qui s’est passé
jusqu’ici comme d’un «événement africain original», c’est ajouter l’insulte
à la blessure.»
Uniformité
Le rôle joué par les services de la curie romaine voue-t-il le synode à
l’échec? Pour Paul Rutayisire, les quelques développements récents n’incitent guère à l’optimisme. Ainsi, la prudence et les tergiversations qui ont
marqué la reconnaissance du «rite zaïrois» sous le nom suffisamment parlant
de «rite romain pour les diocèses du Zaïre», qui est «une indication quant
à la volonté de toujours présenter le cadre traditionnel de l’enseignement
du magistère comme le cadre de référence qui fixe les limites à ne pas dépasser».
Le choix de Rome
C’est sans doute le choix de Rome, annoncé à Kampala, qui a le plus déçu
beaucoup de chrétiens africains, à commencer par des évêques. Aux yeux de
nombreux observateurs, le cadre romain des assises risque d’être inhibant
pour nombre de participants.
«News People» affirme que lors de l’annonce du choix de Rome à Kampala,
une déclaration anticipée de quelques minutes a permis d’épargner au pape
le spectacle du désappointement des évêques, qui a bien vite fait place à
un sourire de circonstance. Mais chez tous, «ce sourire cachait une profonde blessure». Outre le fait d’être convaincus qu’il n’y avait pas d’impossibilité logistique à tenir le synode sur le sol africain, les rédacteurs
montrent que ce choix aurait revêtu une signification énorme, bien plus importante pour les évêques que leur union avec le pape, qui n’est évidemment
pas en cause. «Conformément à la tradition africaine de respect envers les
anciens et les supérieurs, à quoi s’ajoute l’attitude autoritaire de la curie romaine, un grand nombre d’évêques africains ont adopté une attitude
d’obéissance passive, explique la lettre. La moindre divergence concernant
une pensée, une opinion, une suggestion venant de Rome est perçue comme hérétique. L’unanimité est devenue un «must» et trop souvent une camisole de
force. Il faut adopter devant Rome une attitude unanime et enthousiaste, au
prix même de la vérité.»
Dans un long article publié dans le magazine italien «Nigrizia» (Pères
de Vérone), Alex Zanotelli et Giuseppe Caramazza sont eux aussi particulièrement sévères: «Le synode a glissé des mains de l’Eglise d’Afrique.» Très
peu d’apports critiques recueillis lors de la consultation se retrouvent
dans le document de travail, relèvent-ils, tandis que «certains sujets particulièrement conflictuels sont insuffisamment développés». Par exemple le
sujet du sacrement de mariage dans le contexte africain: «Le laborieux débat qui a eu lieu pendant des décennies au niveau de commissions théologiques et de conférences épiscopales, nationales ou continentales, y est absolument ignoré.» (cf. ANB-BIA, nx 232, 15 mars 1993) (apic/cip)
(à suivre… avec des avis positifs!)
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