Une déesse hindoue trouve une nouvelle «demeure» près de Lucerne

La cérémonie religieuse était rare en Suisse: Avec des rituels très élaborés, le troisième temple hindouiste de Suisse centrale a été inauguré début juin 2017, à Emmenbrücke, dans le canton de Lucerne. L’édifice est dédié à la déesse Sri Rajarajeswary.

Jeudi, 17h, dans la zone industrielle d’Emmenbrücke, sur l’Emmenweidstrasse. Plusieurs femmes tamoules avec des points rouges sur le front et des saris colorés arrivent sur les lieux. Certaines sont accompagnées de petits enfants. Il ne s’agit pas d’un mariage tamoul. Les robes typiquement portées lors des cérémonies ont été sorties pour une autre raison: les fidèles hindouistes sont venus assister à un rituel extraordinaire qui doit se dérouler avant l’ouverture officielle du troisième temple hindouiste de Suisse centrale.

Guirlandes et noix de coco

Mais même pour ceux qui connaissent l’endroit, il est difficile de savoir où se rendre, car le temple n’est pas reconnaissable en tant que tel de l’extérieur. Le salle du temple se trouve à l’étage supérieur d’un bâtiment industriel sur la façade duquel ne sont visibles que des pancartes indiquant la présence d’une entreprise de construction, d’une firme de logistique, d’une école de danse et d’un magasin d’électronique. A l’entrée, le prêtre hindou s’excuse pour l»odyssée» involontaire que les visiteurs doivent accomplir pour arriver sur les lieux. «Nous n’avons pas encore eu le temps d’indiquer l’entrée du nouveau temple sur une pancarte», assure-t-il.

En entrant, on réalise qu’il s’agit d’un lieu de culte d’un genre particulier. La première vision impressionne: sur une surface de 330 mètres carrés, s’érigent 11 oratoires opulents et colorés dédiés à des divinités. Ils constitueront dans quelques jours les nouvelles «demeures» des nombreuses statues sacrées (murti) qui y seront apportées. D’innombrables offrandes, noix de coco, guirlandes, vases d’eau bénite, amenées spécifiquement des rives du Gange à Emmenbrücke ont été préparées pour la cérémonie de consécration. En attendant, les fidèles peuvent participer à un rituel normalement réservé aux prêtres: toucher les représentations des dieux et les frotter avec du lait.

Pas de vache dans l’ascenseur

«Lors de la bénédiction du temple, il est très important pour nous, les hindous, des verser les eaux des fleuves sacrés sur tous les autels, afin d’intégrer dans le temple le flux d’énergie cosmique», explique le prêtre lucernois Saseetharen Ramakrishna Sarma. Il a déjà consacré en 2000 le temple hindou de Gisikon-Root, dans le canton de Lucerne. Il s’agissait du premier temple hindouiste de Suisse centrale. Pour les près de 3000 Tamouls hindouistes de la région, l’ouverture de ce nouveau lieu de culte constitue un avantage certain, du moment que beaucoup d’entre eux résident à proximité d’Emmenbrücke. Pour que l’inauguration soit faite tout à fait dans les règles, le prêtre suisse a invités des dignitaires de haut rang de Toronto, au Canada. Ils seront responsables de la consécration avec d’autres prêtres venus d’Allemagne. Normalement, la bénédiction d’un nouveau temple demande la présence d’une vache, car l’animal est sacré dans cette religion. Le prêtre lucernois a cependant appris, par ces expériences passées, que dans la diaspora des compromis sont inévitables: «Puisque nous ne pouvions pas mettre la vache dans l’ascenseur pour l’emmener à l’étage supérieur, nous avons décidé, pour cette fois, de vénérer une petite statue».

Exactitude astrologique

Martin Baumann, professeur d’études religieuses à l’Université de Lucerne était sur place et à suivi les rituels avec grand intérêt. Il explique également la raison de la désignation du nouveau lieu de culte: «Le nouveau temple hindouiste est dédié à la déesse Rajarajeswary, la ‘reine des rois’. Selon les croyances hindoues, elle réunit les forces terrestres et célestes. Elle est la souveraine bienveillante qui règne sur toutes choses». La consécration d’un nouveau temple est un exercice très complexe, qui s’effectue habituellement sur plusieurs semaines et dont la cérémonie principale doit être très précisément fixée selon des données astrologiques: «C’était le dimanche de Pentecôte, entre 10h47 et 11h55, selon le calcul astrologique». Lors de cet événement «de bon augure» de très nombreux fidèles tamouls étaient présents pour assister à la mise en place de la déesse Sri Rajarajeswary dans son grand oratoire et pour bénéficier de sa bénédiction. «Les prêtres avaient commencé les rituels quatre jours plus tôt avec la cérémonie d’ouverture des yeux, la cérémonie festive du feu (homa) et la pose de plaques d’argent ciselées de représentations de la déesse. Les rituels doivent durer encore 11 jours, pendant lesquels, selon les croyances hindoues, les divinités doivent être invitées dans leurs nouvelles ‘demeures’, explique Martin Baumann. (cath.ch/bb/nlz/rz)

 

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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