Moutier: la majorité des catholiques choisira le canton du Jura

La commune de Moutier et ses 7’660 habitants choisit son destin le 18 juin prochain. La ville du Jura bernois pourrait rejoindre le canton du Jura. La démographie risque de faire la différence: les catholiques ayant le droit de vote étant largement majoritaires dans la ville et plus enclins à voter pour le voisin du nord, de même confession.

Cependant l’aspect confessionnel n’a plus du tout l’importance de l’époque des plébiscites des années 1970.

On est loin de la «chaude» époque des plébiscites

«L’aspect confessionnel, pour cette votation, n’est pas évoqué publiquement à Moutier, même s’il est sous-jacent. Si on n’en parle pas, je pense que la grande majorité des catholiques va voter pour le rattachement au canton du Jura, tandis que du côté protestant, c’est beaucoup plus contrasté ! Mais tout cela se fait sans aucune tension…», déclare à cath.ch l’abbé Yves Prongué. On estime cependant que les protestants voteront en majorité pour rester Bernois.

Prêtre auxiliaire au service du doyenné du Jura bernois, qui va de La Neuveville à Moutier, l’abbé Prongué est également l’un des animateurs des Pèlerinages Bibliques Romands (PBR), et il va dire la messe une fois par semaine au carmel de Develier. Ce natif de l’Ajoie âgé de 76 ans, qui vit aujourd’hui à Moutier, ne travaillait pas dans la Prévôté à la «chaude» époque des plébiscites, mais il en suivait les développements avec un vif intérêt.

Le clivage confessionnel s’est estompé

La notion de clivage confessionnel, très forte à l’époque des plébiscites 1974-1975, souligne l’abbé Prongué, n’apparaît pratiquement plus à l’heure du vote du 18 juin prochain. «La sécularisation ou la déchristianisation de la société expliquent en partie cela… Le sujet est évité lors des messes, cultes où rassemblements. Les fidèles, qu’ils soient catholiques ou protestants s’en tiennent au strict respect de l’autre. Lors des 1ers plébiscites des années 1970-1980, les Eglises s’étaient prononcées officiellement, appelant surtout au respect des opinions. Rien de tel, pour Moutier, pour ce vote du 18 juin. Aucune déclaration, ni du côté protestant, ni du côté catholique».

Il y a bien eu ces drapeaux jurassiens placés sur le clocher de l’église Notre-Dame de la Prévôté, il y a deux mois, «mais ils ne sont pas restés deux heures… ils ont été rapidement enlevés. L’Eglise ne s’affiche pas, elle ne prend pas parti. Il y a aussi des pro-Bernois dans la paroisse, des catholiques membres de Force Démocratique, qui veulent rester au sein du canton de Berne. Mais le respect des opinions domine, il n’y a eu jusqu’à présent ni violence ni coups-bas! On est loin de l’ambiance des années 1970…»

Les «hors religion reconnue» presque aussi nombreux que les protestants

Si, selon les catholiques romains de nationalité suisse sont à Moutier, au 31 décembre dernier, 2’347, les protestants sont 1’608, et les «hors religion reconnue» sont presque aussi nombreux (1556), selon les dernières statistiques de la ville de Moutier. Les étrangers de confession catholique sont 1324, les protestants étrangers seulement 64, tandis que les «hors religion reconnue» sont 758. Il faut noter qu’une partie des Italiens, de la 2e ou 3e génération, sont naturalisés suisses et ont donc le droit de vote.

C’est au XIXe siècle, alors que la ville s’industrialisait, que la population catholique commença à croître, avec la création d’industries comme la Verrerie, qui vit arriver du personnel de France et de Belgique, ce qui permit l’éclosion d’une communauté catholique prévôtoise et le rétablissement du culte en 1862. Elle fut rejointe par des catholiques venus des 3 districts catholiques de l’Ajoie, de Delémont et des Franches-Montagnes, ainsi que de France ou de Fribourg.

L’industrie a attiré les immigrés catholiques

Dès les années 1880, l’industrie du tour automatique développée par Tornos, puis au début du XXe siècle par Petermann et par Bechler (aujourd’hui fusionnée dans Tornos), allait accélérer le mouvement et attirer une main d’œuvre originaire du Sud de l’Europe.

L’ouverture de la ligne de chemin de fer en 1876, le percement du tunnel ferroviaire Moutier-Granges, construit entre 1911 et 1915, va attirer des ouvriers italiens, eux aussi catholiques.  Après les Italiens vinrent, plus récemment, les Espagnols, puis les Portugais. Aujourd’hui, dans la population catholique étrangère, les Portugais sont les plus nombreux, suivis de loin par les Italiens, les Français et les Espagnols.


Après la Réforme, les catholiques restent très minoritaires

Les catholiques avaient presque disparu de la Prévôté après la Réforme en 1531. Les catholiques se sont installés à Moutier essentiellement à partir du XIXe siècle, grâce à l’industrialisation. La paroisse catholique de Moutier, supprimée lors de la Réforme, sera rétablie en 1862. La première église catholique sera construite en 1871. En 1860, Moutier comptait 450 catholiques, 3’200 en 1960 et 4’200 en 1980.

La paroisse catholique romaine de Moutier, une des 515 paroisses du diocèse de Bâle, compte 4’700 paroissiens répartis dans 8 communes (Moutier, Belprahon, Corcelles, Crémines, Eschert, Grandval, Perrefitte, Roches) (cath.ch/be)

 

http://www.moutier.ch/fileadmin/redacteurs/pdf/Administration/Administration/Hab/Stat_population_2016.pdf

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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