Oecuménisme au sommet, oecuménisme à la base (250394)

APIC -Oecuménisme

Heinz Ruegger, pour l’agence APIC *

Lucerne, 25mars(APIC) Quel rapport existe-t-il entre l’oecuménisme au

sommet et l’oecuménisme à la base? Tel était le sujet de la récente rencontre organisée par la Commission de dialogue protestants/catholiques-romains

à la maison Romero à Lucerne.

Un large fossé sépare souvent l’oecuménimse officiel de l’oecuménisme

tel qu’il est vécu à la base. Tandis que du côté catholique, les documents

magistraux émanant de Rome affirment que l’hospitalité eucharistique avec

les chrétiens protestants est encore impossible et mettent en garde contre

des démarches hâtives dans ce sens, il y a à travers le pays de nombreux

prêtres, paroisses ou groupes qui transgressent cet interdit en raison de

leur conviction théologique.

Tandis que protestants et catholiques recherchent dans les dialogues internationaux un consensus théologique plus large, les femmes du «Oekumenische Frauenbewegung» de Zurich lancent une initiative qui a pour but de

rendre possible la double appartenance ecclésiale dans les deux grandes

Eglises nationales. Une conviction les anime: seuls les hommes ont besoin

d’utiliser les différences confessionnelles comme des murs qui séparent les

Eglises confessionnelles. C’est la raison pour laquelle au sein du «Oekumenische Frauenbewegung», plus personne ne pose de questions sur l’origine

confessionnelle. Au contraire on essaie de vivre ensemble les richesses de

toutes les confessions. Comme le dit une repésentante du mouvement «Frauen

und Kirche» de Lucerne: «l’oecuménisme n’a jamais été pour nous un but.

C’est notre réalité.»

Cette situation pose un certain nombre de questions: quels sont les

rapports réciproques entre l’oecuménisme du sommet et l’oecuménisme de la

base? Quelle perception ont-ils l’un de l’autre? L’apprentissage, c’est-àdire l’appropriation de la compréhension spirituelle et théologique va-t-il

uniquement du haut vers le bas? Ne serait-il pas concevable que le magistère fasse sienne la nouvelle compréhension et les expériences venant de la

base? Dans quelle mesure la base se conforme-t-elle encore à ce qu’une autorité d’Eglise, quelle qu’elle soit, a déclaré permis ou défendu?

Telles sont les questions qui ont été au coeur de la rencontre organisée

à Lucerne par la Commission de dialogue protestants/catholiques romains,

organe officiel de dialogue de la Fédération des Eglises protestantes de la

Suisse (FEPS) et de la Conférence des évêques suisses. (CES)

Oecuménisme vivant de la base

Trois témoignages on servi de points d’ancrage à la discussion. Une

communauté de base oecuménique de Genève, le «Oekumenische Frauenbewegung»

de Zurich et Lucerne et la paroisse oecuménique de Halden (SG) ont témoigné

d’un oecuménisme vécu par la base, d’une marche pleine d’espérance sur un

chemin qui, dans les trois cas, va au delà de ce qui est «officiellement»

possible. Le message était clair: ici l’oecuménisme se vit, ici les visions

fleurissent et des chrétiens de différentes confessions sont en route vers

l’avenir.

Les autorités d’Eglises: frein ou stimulant?

Mgr Joseph Candolfi, évêque auxilaire de Bâle, responsable de l’oecuménisme au sein de la Conférence des évêques, est lui-même un partisan de

l’oecuménisme de la première heure. Il a affirmé que c’est d’abord le rôle

des évêques de stimuler l’oecuménimse dans leur diocèse et de lui donner

son orientation. Si dans les années 80, les évêques ont été plus souvent

des freins que des moteurs, le Directoire oecuménique de 1993 offre l’occasion d’entreprendre de nouvelles initiatives.

Du côté protestant, la parole a été donné au pasteur Walter Lüssi, président du Conseil synodal de Glaris. Marié à une catholique, c’est un homme

engagé pour l’oecuménisme depuis longtemps. Il a plaidé pour une «culture

du dialogue» vivante et pour le droit à une ingérence réciproque dans les

affaires internes de l’Eglise. En référence à l’oecuménisme de base, il a

cité Joseph Ratzinger (à l’époque encore simple prêtre): «L’oecuménisme de

la base n’est pas seulement un organe exécutif de l’oecuménisme officiel,

mais une forme originale de l’oecuménisme et un point de départ indépendant

de la découverte théologique.»

La fonction du «sensus fidelium»

Le professeur Guido Vergauwen, président de la Commission oecuménique de

la CES a expliqué, à l’exemple du cardinal Newmann, la compréhension catholique du «sensus fidelium» c’est-à-dire de la compréhension spécifique et

surnaturelle de la foi des laïcs, à laquelle il accorde une fonction particulière pour la recherche de la vérité. Dès lors est-il possible que les

expériences oecuméniques de la base puissent avoir une signification normative pour la foi officielle de l’Eglise, qu’une sorte d’appropriation puisse avoir lieu dans l’autre sens du bas vers le haut? Le professeur Vergauwen répond avec retenue: la compétence doctrinale repose finalement sur

l’ensemble de l’épiscopat, sous la direction du pape. Il est difficile

d’imaginer que les expéreinces oecuméniques de la base puissent avoir une

action sur l’élaboration de la doctrine officielle, tant que, dans l’Eglise

catholique, il n’existe pas de structure synodale de base, tant qu’une plus

grande clarté sur l’action du Saint-Esprit en dehors du magistère fait défaut et tant que la dissidence interne est considérée comme une désobéissance, plutôt que comme un élément prophétique.

Tobias Brandner, assistant à la Faculté de théologie de Zurich, a critiqué de son côté la façon souvent uniquement linéaire, par laquelle, dans

l’oecuménisme officiel, des idées sont élaborées au sommet puis présentées

à la base avec l’espoir que celle-ci les reçoive et se les approprie. Il a

plaidé pour des méthodes plus fortement participatives, où tout le monde

puisse apprendre de tout le monde.

L’oecuménisme bouge surtout à la base

En conclusion un participant remarquait que «l’oecuménisme ne va pas si

mal». L’exemple du «Oekumenische Frauenbewegung» montre clairement que les

temps sont révolus où les groupes oecuméniques de la base s’identifiaient

naturellement aux déclarations de leurs autorités ecclésiastiques. Si l’on

veut éviter que le fossé séparant la norme du magistère de ce qui est vécu

par beaucoup de croyants ne devienne irrémédiablement infranchissable, il

est indispensable de prendre au sérieux l’eocuménisme de base qui, comme le

disait le jeune Ratzinger, est «un point de départ indépendant et légitime»

de la découverte théologique et oecuménique. (apic/Heinz Ruegger/mp)

* Heinz Ruegger est responsable du secrétariat à l’oecuménisme de la FEPS

et secrétaire de la Commission de dialogue protestants/catholiques romains

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