Mariage en Israël: «Liste noire» de rabbins non agréés par le Grand rabbinat

Le Grand rabbinat d’Israël, dominé par les ultra-orthodoxes, a dressé une «liste noire» de 160 rabbins de 24 pays, notamment des Etats-Unis et du Canada, qui ne sont pas reconnus comme étant en mesure d’authentifier la judéité des immigrants.

La plus haute instance religieuse de l’Etat d’Israël ne fait pas confiance à ces rabbins, dont plusieurs sont des chefs orthodoxes américains éminents et des leaders des mouvements réformé et conservateur.

Rabbins orthodoxes américains recalés

Sur cette liste apparaissent les noms d’Avi Weiss, un rabbin orthodoxe libéral, fondateur de l’école rabbinique Yeshivat Chovevei Torah à New York, ainsi que Yehoshua Fass, co-fondateur et directeur général de Nefesh b’Nefesh, groupe encourageant et facilitant l’immigration nord-américaine en Israël. Cette «liste noire» qui fait grand bruit dans la diaspora juive comprend encore les noms du rabbin Josef Potasnik, vice-président du Bureau des rabbins de New York, de celui du rabbi Adam Scheier, de la communauté Shaar Hashomayim à Montréal, une des plus importantes en Amérique du Nord. Scheier entretient des rapports étroits avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

La liste inclut également les noms de 28 rabbins d’Argentine, de cinq de Grande-Bretagne, trois d’Australie et un d’Afrique du Sud.

Une liste qui aurait dû rester secrète

Quelques heures après la publication de la liste, rapporte le quotidien israélien Haaretz, le grand rabbin ashkénaze David Lau s’est indigné de sa divulgation sans son autorisation et sans qu’il le sache. «Cela a été fait sans le consentement ou l’approbation du rabbin», a déclaré son assistant. La liste aurait dû en effet rester secrète.

David Lau, pour sa part, a déclaré dans une lettre qu’il ne connaissait pas l’existence d’une telle «liste noire». Le grand rabbin a ordonné au directeur général du rabbinat, Moshe Dagan, d’appeler le rabbin Itamar Tubul, qui a établi et publié la liste. Il a été chargé de le réprimander, étant donné le grave dégât d’image qu’une telle publication provoque auprès des soutiens d’Israël, surtout aux Etats-Unis et au Canada.

Tollé aux Etats-Unis

Pour se marier en Israël, les personnes nées à l’étranger doivent présenter au Grand rabbinat, des lettres des rabbins de la région d’où ils proviennent certifiant qu’ils sont bien juifs. La bureaucratie religieuse israélienne peut refuser à sa guise de tels documents. Pour les mariages en Israël, les rabbins du courant réformé ou conservateur doivent obtenir les documents auprès d’un rabbin orthodoxe qui accepte cette tâche, le Grand rabbinat n’acceptant pas les lettres de certification des rabbins non-orthodoxes.

Le Grand rabbinat est seul à avoir la juridiction sur les mariages entre juifs en Israël. Il n’accepte les mariages que des personnes dont il détermine la judéité selon la loi religieuse juive, la halakha. Pour être reconnus comme juifs selon la halakha, ces individus doivent soit être nés d’une mère juive, soit avoir été convertis par un rabbin orthodoxe reconnu par le Grand rabbinat. Ce dernier ne reconnaît cependant pas les conversions de tous les rabbins orthodoxes. Les rabbins qui ne sont pas reconnus apparaissent sur une «liste noire» séparée. (cath.ch/haar/be)

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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