547 «Moineaux de la cathédrale de Ratisbonne» victimes d'abus, certains de viols

Au moins 547 enfants des «Regensburger Domspatzen», le célèbre chœur catholique allemand de la cathédrale de Ratisbonne, en Bavière, ont été victimes de mauvais traitements, et même dans certains cas de viols.

Ces actes ont été commis entre 1945 et le début des années 90, selon une enquête de deux ans, dont le rapport de 450 pages a été présenté à la presse mardi 18 juillet 2017.

Chargé de cette délicate enquête par le diocèse de Ratisbonne, l’avocat Ulrich Weber, enquêteur spécial indépendant, a estimé que le nombre «très plausible» de victimes s’élevait à 547. Près de 500 d’entre eux ont subi des mauvais traitements, et 67 ont été victimes d’agressions sexuelles, dont des viols. L’enquête a identifié 49 auteurs présumés d’actes de violence, mais la plupart des cas sont cependant prescrits. Ces actes ont été commis principalement dans les années 1960 et 1970.  Des violences physiques ont été exercées fréquemment contre les enfants jusqu’en 1992.

Sous la responsabilité de Mgr Georg Ratzinger

Le chœur mondialement connu des «Moineaux de la cathédrale de Ratisbonne» a été longtemps sous la responsabilité de Mgr Georg Ratzinger, frère du pape Benoît XVI, qui, en tant que maître de chapelle, a dirigé cette chorale d’enfants de 1964 à 1994. Interrogé par le quotidien italien «La Repubblica» le 7 mars 2010, Mgr Georg Ratzinger déclarait: «Je ne suis pas en mesure de fournir quelque information que ce soit sur des actes punissables, parce je n’en dispose pas, je n’ai jamais rien su à ce sujet», ajoutant qu’il n’était pas présent quand ces événements ont eu lieu.

Le prélat bavarois, âgé aujourd’hui de 93 ans, rappelait alors que les cas dont parlait la presse avaient eu lieu à la fin des années 50, quand il ne dirigeait pas encore la chorale de la cathédrale de Ratisbonne. «C’était une toute autre génération». Mgr Georg Ratzinger estimait alors que derrière les attaques, les dénonciations et les critiques se cachait aussi un certain niveau «d’hostilité envers l’Eglise».

Peu d’intérêt pour les victimes

Presque tous les responsables du chœur de la cathédrale auraient eu à tout le moins une certaine connaissance des incidents violents, mais ils n’auraient montré que peu d’intérêt pour les victimes.

A l’époque, Mgr Gerhard Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne et futur préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), déclarait que les deux cas «rappelés à la mémoire» par la presse dataient de 1958 et donc «ne coïncident pas avec la période où le professeur Georg Ratzinger était en charge» des Regensburger Domspatzen. Il a cependant lancé le processus de recherche de la vérité en 2010.

Culture du silence et protection de l’institution

L’enquêteur indépendant Ulrich Weber pense cependant que Mgr Georg Ratzinger savait et aurait au contraire «détourné les yeux», estimant que la «culture du silence» régnant au sein du chœur avait fait primer la protection de l’institution.

De son côté, Michael Fuchs, vicaire général du diocèse de Ratisbonne, a admis des manquements de la part du diocèse en ce qui concernent les abus commis contre les choristes, et affirme que le cardinal Gerhard Ludwig Müller partage cet avis.

Mauvaise estimation de l’ampleur de la violence

Il souligne également que l’ancien maître de chapelle Georg Ratzinger a pris une grande part au travail d’analyse. Et de rappeler que Georg Ratzinger lui-même avait donné des gifles aux enfants et qu’il l’avait plus tard regretté.  Il avait mal estimé l’ampleur de la violence dans les écoles de la chorale et présenté publiquement ses excuses aux victimes.

Les victimes ont décrit leur passage dans les écoles de la chorale à Etterzhausen et Pielenhofen comme un «enfer», une «prison» ou même un «camp de concentration». La violence physique était à l’ordre du jour, souvent brutale.

Ulrich Weber a exprimé le désir que son enquête contribuera à apporter la paix aux victimes. Le diocèse leur a notamment promis une indemnisation entre 5’000 et 20’000 euros, selon le niveau du préjudice subi. Jusqu’à présent, 300 demandes d’indemnisation ont été déposées, et les montants à verser sont estimés entre 2 et 3 millions d’euros. (cath.ch/kathpress/be)

 

 

 

 

Jacques Berset

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