Il est difficile d’être femme en Afrique

Synode africain: témoignage d’une religieuse zaîroise (290494)

Rome, 29avril(APIC) Tandis que les évêques réunis à Rome en Synode pour

l’Afrique travaillent dans la discrétion, des conférences se donnent en divers lieux de la Ville éternelle sur des sujets brûlants qui préoccupent

les Eglises africaines. Ainsi, le 26 avril, Soeur Bernadette Mbuy Beya, une

Zaïroise de la Congrégation des Ursulines de Wavre-Notre-Dame, a donné sur

la femme dans l’Eglise en Afrique un exposé dont le franc-parler a été très

apprécié.

Cette conférence était organisée dans le cadre d’un cycle mis sur pied

par le SEDOS, un Centre de documentation et de recherche lancé il y a une

trentaine d’années, à l’époque du Concile Vatican II, par les Instituts religieux missionnaires présents à Rome. Le SEDOS a dû récemment se défendre

contre des accusations sans nuance lancées par certains prélats, qui ont

comparé l’actuel cycle de conférences à un «Synode parallèle». Comme à

l’époque du Concile, ont rectifié les responsables du SEDOS, ces conférences ont pour seul but de favoriser une information et une réflexion aussi

larges que possible.

La femme n’est pas une solution de rechange

Soeur Bernadette Mbuy Beya a d’abord fait état de situations difficiles,

voire cruelles, vécues par les femmes dans la société africaine. Beaucoup

d’entre elles sont victimes de violences physiques, psychologiques et morales. La religieuse a cité les coups, rites de purification, viols, mutilations et le proxénétisme, mais aussi les injures, la vénalité de la dot,

l’infidélité du mari, la répudiation et la suppression de la garde des enfants. Quant à la présence de la femme au sein de l’Eglise, Soeur Bernadette en a souligné de multiples aspects: dans les assemblées liturgiques,

dans l’encadrement des jeunes, dans les mouvements d’action catholique,

dans l’animation du Renouveau charismatique où beaucoup sont «bergères»

d’un groupe, de même que plusieurs sont responsables de Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV).

Depuis quelque temps, la femme occupe une place plus importante dans les

préoccupations de l’Eglise. La religieuse cite à ce propos un événement significatif qui s’est produit au cours de l’assemblée générale de l’Association Oecuménique des Théologiens du Tiers-Monde en 1992. Un prêtre latinoaméricain de race blanche s’est mis alors à genoux au milieu du cercle de

prière et a demandé pardon aux femmes pour les péchés concrets commis contre les femmes par les hommes.

Soeur Bernadette n’a pas hésité à parler du cas des «femmes qui avouent

être condamnées à vivre dans la clandestinité par certains prêtres, qui en

ont fait leur femme». Elle a invité le clergé à respecter la dignité de la

femme, qui ne doit pas «servir de solution de rechange».

Cadeaux d’Africaines

De plus en plus de femmes africaines s’engagent dans un travail théologique avec le souci de repenser la foi chrétienne à partir de la culture et

des conditions de vie propres à un contexte particulier. «C’est grâce à des

femmes et des hommes qui n’ont pas peur de se salir les mains au contact de

la terre et de risquer leur vie pour la défense des droits du petit et de

l’opprimé, que l’Evangile, message de libération, pourra s’enraciner dans

la terre africaine», commente Soeur Bernadette. Elle ajoute avec humour que

la question du sexe de Dieu intéresse beaucoup moins ces théologiennes que

la possibilité de vivre décemment et de pouvoir exprimer leur expérience de

Dieu.

La vie consacrée féminine est aussi «un cadeau de Dieu aux Eglises

d’Afrique». La religieuse note cependant que l’expansion de la vie

consacrée sur le continent africain n’est pas un phénomène exempt

d’ambiguïtés. Dans le cas des instituts internationaux, se demande-t-elle,

la promotion de la vie consacrée n’est-elle pas trop liée au «souci de

survivre»? Et dans le cas de Congrégations diocésaines créées en terre

africaine, n’y a-t-il pas, chez tel évêque ou chez tels prêtres, le souhait

de disposer de «domestiques attitrées»?

Un des rôles joués par les religieuses africaines, relève encore Soeur

Bernadette, est de s’engager concrètement dans des actions d’interpellation

des autorités politiques, mais aussi de sensibilisation et d’éducation des

femmes, qui ont besoin d’être encouragées à se prendre en charge avec fierté au lieu de perpétuer les jérémiades.

Soeur Bernadette souhaite également que l’Eglise romaine en Afrique cesse de «se comporter en Eglise masculinisée pour devenir une Eglise des hommes et des femmes». Si la question de l’ordination des femmes reste délicate dans l’Eglise catholique, elle l’est plus encore en Afrique, note la religieuse zaïroise. Elle suggère néanmoins qu’on l’étudie «à la lumière de

certaines traditions africaines qui avaient accordé à la femme une place

importante dans la vie religieuse des communautés». Même sans ordinations,

ajoute-t-elle, certains ministères sont déjà confiés à des femmes dans

l’Eglise: est-il impensable que cette faculté soit élargie?, conclut-elle.

(apic/cip/pr)

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