« Je vous annonce une grande joie… nous avons un pape… son éminence
révérendissime Mgr Carlus, cardinal de la Sainte Eglise romaine, Wojtyla, a
pris pour nom Jean-Paul II »; ces paroles, entrecoupées d’applaudissements,
d’un grand silence de milliers de pèlerins, souffles suspendus, puis d’une
véritable explosion de joie, étaient prononcées par le cardinal Pericle
Felici à la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre le 16 octobre 1978
– il y aura tout juste dix ans ce dimanche -, vingt jours après la
disparition prématurée de Jean-Paul Ier, dont le pontificat n’avait duré
que 33 jours.
A la surprise générale, pour la première fois depuis 1522, c’est un nonitalien qui devenait ainsi pasteur de l’Eglise universelle. Pour la
première fois aussi, l’Eglise de Pologne donnait un pape à l’Eglise
universelle. « J’ai eu peur au moment du choix, déclarait Jean-Paul II dans
sa première allocution, mais j’ai accepté par esprit d’obéissance à Notre
Seigneur et avec une confiance totale en sa Mère la très Sainte Vierge ».
Six jours plus tard, le 22 octobre, le 263e successeur de Pierre lançait à
l’occasion de son intronisation l’exclamation fameuse : « N’ayez pas peur.
Ouvrez les portes au Rédempteur ».
Trois mois à peine après son élection, Jean-Paul II prenait son bâton de
pèlerin pour effectuer son premier voyage non-italien, en visitant la
République Dominicaine, le Mexique et les Bahamas. Depuis, il a effectué en
tout 40 voyages hors d’Italie, visitant plus de 70 pays.
Evêque de Rome, Jean-Paul II a également visité 145 paroisses romaines, et
c’est pour souligner ce lien avec le diocèse de Pierre que dimanche soir, à
l’initiative du cardinal Poletti – qui est le vicaire général du pape pour
ce diocèse -, une manifestation de prière suivie d’un défilé aux flambeaux
aura lieu à 20h30 à la Place Saint-Pierre, à l’occasion de ce dixième
anniversaire.
Parmi les faits marquants de ces dix années de pontificat, on ne peut
manquer de signaler son engagement ferme en faveur du dialogue avec les
autres confessions chrétiennes et avec les autres religions. Le 11 décembre
1983, le pape est l’hôte de la communauté évangélique luthérienne de Rome il est le premier pape à avoir prêché dans un temple protestant. Le 19 août
1985, il rencontre la jeunesse musulmane à Casablanca, au Maroc. Le 13
avril 1986, il se rend à la synagogue de Rome pour y prier avec le grand
rabbin Elio Toaff. Et, surtout, le 27 octobre 1986, se tient à Assise, à
son initiative, une grande rencontre de prière pour la paix réunissant les
représentants des diverses religions chrétiennes et des principales
religions non-chrétiennes.
Journée noire dans ces dix années de pontificat : le 13 mai 1981, JeanPaul II est victime d’un attentat Place Saint-Pierre. Le 27 décembre 1983,
le pape se rendait à la prison de Rebibbia à Rome pour y rendre visite à
son agresseur et lui dire son pardon.
Depuis 1978, Jean-Paul II a publié sept encycliques : Redemptor hominis (Le
Rédempteur de l’homme, mars 1979), Dives un misericordia (Riche en
miséricorde, novembre 1980), Laborem exercens (Sur le travail humain,
septembre 1981), Slavorum apostoli (à l’occasion du 11e centenaire de
l’oeuvre d’évangélisation des SS. Cyrille et Méthode, juin 1985), Dominum
et vivificantem (Sur l’Esprit Saint, mai 1986), Redemptoris ç àQ+èMater (La
mère du Rédempteur, mars 1987) et Sollicitudo rei socialis (sur le
développement, février 1988).
Quantité d’autres documents retiendront l’attention, comme la Lettre
proclamant les Saints Cyrille et Méthode co-patrons de l’Europe (avec Saint
Benoît), la Bulle d’indiction du jubilé pour le 1950e anniversaire de la
Rédemption (1983), la Lettre « Salvifici doloris » sur le sens chrétien de
la souffrance humaine (1984), la Lettre apostolique à l’occasion de la
clôture de l’Année Sainte (1984), l’Indult autorisant l’utilisation du
Missel romain de 1962 (messe selon le rite de Saint-Pie V) – qui
n’empêchera malheureusement pas le schisme de Mgr Lefebvre -, la Lettre
« Euntes in mundum » (1988) à l’occasion du Millénaire du Baptême de la
Russie.
Jean-Paul II a convoqué à trois reprises une réunion plénière du Collège
cardinalice : le 5 novembre 1979, pour étudier l’organisation de la curie
romaine, les problèmes entre l’Eglise et la culture et les problèmes
économiques du Saint-Siège; le 23 novembre 1982, pour l’annonce de l’Année
Sainte extraordinaire; le 21 novembre 1986, pour examiner le projet de
réorganisation de la curie.
En dix années, Jean-Paul II a créé 75 cardinaux, lors des consistoires de
1979, 1983, 1985 et du 29 mai 1988.
Autres dates marquantes du pontificat : la création du Conseil pontifical
pour la culture (mai 1982), l’Année Sainte pour le 1950e anniversaire de la
Rédemption (mars 1983 – avril 1984); la promulgation du nouveau Code de
Droit canonique (1983); l’érection de la Fondation Jean-Paul II pour le
Sahel (février 1984), l’assemblée extraordinaire du Synode des évêques à
l’occasion du 20e anniversaire du Concile Vatican II (1985), l’Année
Mariale (juin 1987 – août 1988); trois Synodes des évêques sur la famille
(1980), la réconciliation et la pénitence (1983) et la mission des laïcs
(1987).
On connaît les grands thèmes chers à Jean-Paul II : la paix fondée sur la
justice, le respect des droits de l’homme, le rôle de la famille.
« société naturelle qui existe antérieurement à l’Etat ou à toute autre
collectivité et qui possède des droits propres qui sont inaliénables », le
respect de la vie « à tous les stades de son développement, de la conception
à la mort naturelle », l’identité spirituelle de l’Europe et ses racines
communes, ainsi que le destin commun de tout le continent – comme il l’a
rappelé récemment devant le Parlement européen -, le dialogue avec les
autres confessions chrétiennes et avec les grandes religions, le
développement et les questions sociales – deux encycliques y sont
consacrées.
Mais c’est sans doute le thème des droits de l’homme qui est le plus
présent dans les messages du pape, aussi bien les droits élémentaires
(santé, nourriture, éducation, travail…) que les droits politiques,
syndicaux et, bien sûr, religieux. S’adressant à la fois aux catholiques
comme à tous les hommes de bonne volonté, Jean-Paul II, qui a lui-même fait
l’expérience du totalitarisme, restera sans aucun doute « le pape des droits
de l’homme ».
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/jean-paul-ii-dix-ans-de-pontificat/