Une atmosphère de confiance et de liberté

Rome: Synode des évêques pour l’Afrique (150494)

Rome, 15 avril 1994 (APIC/CIP/corresp. part.) De tout temps, la ville de

Rome est bigarrée: gens pressés d’une capitale moderne, personnel religieux

d’âges et d’habits divers, touristes s’efforçant de déchiffre un plan de la

ville. Depuis le week-end dernier, le contingent de tous ceux qui s’intéressent au Synode africain a fait son apparition. Ils sont là à divers titres: membres de l’assemblée – avec droit de vote ou comme experts, auditeurs ou invités -, journalistes, théologiens, pasteurs, Africains ou amis

de l’Afrique.

Le Synode donne lieu à deux grands groupes d’activités: d’une part, le

travail officiel qui, dans un premier temps, se déroule en assemblée plénière et, d’autre part, une série de rencontres et de conférences données

en divers lieux de la ville par des théologiens et des experts à destination des journalistes et d’un large public composé d’Africains et de missionnaires. Plusieurs passerelles existent entre ces deux mondes: les journalistes accrédités reçoivent une information de la part de la Salle de

presse du Saint-Siège; les membres du Synode, tout en étant tenus au secret, partagent parfois leurs impressions; tel ou tel évêque donne une conférence ou se retrouve dans l’auditoire d’une autre.

Une sourde tristesse plane sur tous les lieux des rencontres. Les nouvelles dramatiques en provenance du Rwanda ont actualisé de manière très

forte les malheurs qui, de tous côtés, s’abattent sur l’Afrique. Entre les

deux guerres, on disait du Rwanda que l’Esprit-Saint y soufflait en tornade. Aujourd’hui, les pasteurs qui connaissent ce pays souffrent d’apprendre

que les gens qui ont partagé le même corps du Christ s’entretuent. Terrible

revers pour l’évangélisation.

Dans l’aula synodale

Les échos qui parviennent de l’aula synodale sont positifs: l’exposé initial du cardinal Thiandoum semble avoir favorisé une atmosphère de confiance et de liberté. Beaucoup d’observateurs ont été frappés par ce qu’il a

dit sur l’inculturation de la liturgie: l’émergence de rites nouveaux comme

celui du Zaïre est «un droit et non une concession». Au cours de cette première semaine, les interventions s’orientent dans toutes les directions,

mais l’expression orale des Pères ne peut dépasser huit minutes. A la demande du Pape, qui est présent à toutes les séances, le cardinal Zoungrana

a pu parler plus longtemps. Son intervention concernait le manque de moyens

financiers dont souffrent les diocèses d’Afrique. Mgr Roger Vangheluwe,

évêque de Bruges et membre du Synode en raison du caractère fortement missionnaire de ce diocèse, a fait amende honorable pour les «abus et fautes

qui ont entaché ou entachent encore l’action missionnaire».

D’une manière générale, il semble que les deux grands piliers du Synode

sont l’inculturation et l’engagement de l’Eglise dans les questions de paix

et de justice.

Divers lieux de réflexion

Parmi les conférences données en divers lieux de Rome à l’initiative de

groupes privés, celle de Mgr Monsengwo et celle de Soeur Bernadette Mbuy

Beya méritent une attention particulière. Après avoir évoqué tous les malheurs qui s’abattent sur l’Afrique, l’archevêque de Kisangani a parlé de la

vitalité de l’Eglise, l’exubérance dont elle fait preuve n’a guère de prise

sur la vie concrète. En face d’un Etat qui n’existe plus, les chrétiens se

réveillent et prennent conscience du péché collectif. La population a fait

un cheminement de maturation et sait qu’elle doit se retourner vers la

puissance de Dieu tout en s’engageant pour changer la situation.

Le Synode satisfera-t-il les attentes? Pour Mgr Monsengwo, c’est un des

synodes qui a été le mieux préparé. Son résultat dépendra du courage et de

la perspicacité de ses membres. L’évêque a évidemment été interrogé sur la

situation politique. Il s’est dit satisfait du récent protocole d’accord

signé par les différents partis. Son objectif est de favoriser le dialogue

pour éviter la création de milices et l’explosion d’une guerre civile.

Soeur Bernadette Mbuy Beya, ursuline zaïroise, vice-présidente de

l’Association oecuménique des théologiens du tiers-monde, a parlé de la

place de la femme dans l’Eglise et dans le mouvement oecuménique. Elle a

évoqué le chemin parcouru depuis la rencontre de Dar-es-Salaam en 1976

(fandation de l’EATWOT), où une seule femme était présente comme

observatrice, alors qu’aujourd’hui, quatre des sept membres du comité

exécutif sont des femmes.

La conscience de la femme africaine est entrain de s’éveiller dans

l’Eglise. Et la religieuse d’évoquer le chemin de croix organisé par les

femmes dans les rues de la cité de Lubumbashi l’après-midi du récent Vendredi-Saint. Les femmes portaient le deuil. Chaque station était animée par

un groupe ethnique différent: il s’agissait d’une marche de prière et d’interpellation pour que toutes les tribus finissent par s’entendre.

Soeur Bernadette a évoqué d’autres aspects du travail de réflexion sur

le rôle de la femme dans l’Eglise, notamment autour des rites coutumiers

qui affectent la vie de femme, comme la purification lors du veuvage, le

mariage par étape, la mutilation sexuelle. Sur la question du ministère ordonné, la soeur s’est montrée très prudente, mais elle a rappelé que dans

l’histoire de la culture africaine, des femmes ont parfois joué le rôle de

prêtres.

On a sans doute jamais autant parlé de l’Afrique à Rome. Si les journalistes sont moins nombreux que prévu, le fait que le Synode se tienne à Rome donne à l’Afrique un haut-parleur inattendu. (apic/cip/mp)

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