«Mes collègues ont probablement été tous massacrés»
Nairobi, 13avril(APIC) Le Père René Aebischer, dominicain fribourgeois en
poste à Kigali, a quitté lundi soir le Rwanda en compagnie de quatre confrères africains. Ils ont pu atteindre Nairobi, la capitale du Kenya. Dans
une interview à l’APIC le dominicain a fait le récit des terribles massacres entre les ethnies rivales à Kigali.
L’image de la situation à Kigali est effrayante. De nombreux corps gisent encore dans les rues. Lors des massacres perpétrés dans les divers
quartiers, les gens se sont aggressés non pas avec des armes à feu, mais le
plus souvent avec des armes traditionnelles comme des lances ou des machettes. Les maisons et les magasins ont été pillés.
René Aebischer collaborait au «Bureau social urbain» qui vient en aide
aux familles en détresse. Il a en outre mis sur pied le projet «enfants des
rues» qui entend offrir une formation solide aux enfants abandonnés. Le dominicain craint qu’aucun de ses collègues masculins ou féminins travaillant
à ce projet n’ait survécu. «Je ne sais même pas si le bureau existe encore.
Depuis jeudi dernier nous n’avons pas pu quitter la maison.»
L’établissement des dominicains de Kigali n’a pas été attaqué. Un Suisse, le Jurassien Didier Boillat, un Canadien et cinq religieux rwandais y
sont restés. René Aebischer a décidé de prendre la route pour accompagner
quatre novices de Centrafrique et d’Angola ainsi que pour assurer sa propre sécurité. La maison se trouve dans la ligne de tir entre deux camps militaires qui échangent des coups de feu. On peut craindre à tout moment un
bombardement, a expliqué René Aebischer qui n’a cependant pas été menacé
directement.
Lundi soir le religieux fribourgeois et ses quatres confrères ont quitté
leur maison pour un hôtel proche puis ont pris place dans un convoi qui les
a conduits à l’aéroport sous la protection des casques bleus. Le trajet qui
nécessite habituellement une dizaine de minutes a pris une heure et demi.
René Aebischer pense que la route normale traverse des zones de combats ou
a été détruite. Un avion belge a ammené le groupe des dominicains au Kenya.
«Aujourd’hui on abandonne le Rwanda», explique le Fribourgeois qui garde
cependant l’espoir de pouvoir retourner un jour à Kigali. (apic/gs/mp)
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