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Démarche de l’archevêque de Madurai et de 20 évêques auprès du gouvernement
Khamman, 11avril(APIC) Soixante pour cent des 21 millions de chrétiens du
sud de l’Inde sont des dalits (foulés aux pieds), autrefois appelés « intouchables ». Parmi eux, trois évêques; tous trois viennent de faire une déclaration à l’occasion de la réunion annuelle de la Conférence des évêques
catholiques de l’Inde. Une récente démarche auprès des autorités politiques
par l’archevêque de Madurai et 20 évêques pourrait améliorer le sort des
dalits chrétiens voire musulmans.
Exclus du système des castes, les dalits forment la catégorie la plus
défavorisée de la population. Trois évêques de l’Inde du sud nommés depuis
2 ans sont eux aussi dalits: Mgr Marampudi Joji, évêque de Khamman depuis
mars 1992, Mgr Joannes Gorantla, nommé à la tête du diocèse de Kurnool le
23 décembre 1993 et Mgr Malayappan Chinnappa, salésien, désigné évêque de
Vellore le 25 janvier 1994.
Mgr Joji était auparavant directeur du service social du diocèse de Vijayawada. « La communauté dalit à une mémoire blessée, dit-il. L’Eglise doit
les aider à s’en sortir par l’instruction, l’aide sociale et économique ».
Dès sa nomination à Khamman, il a demandé à 16 Congrégations religieuses
d’ouvrir des écoles pour les dalits dans son diocèse. L’Eglise est à son
avis la mieux à même de donner aux dalits des écoles de village, sans attendre que le gouvernement le fasse. « Il nous faut maintenant aller plus
loin: amener les dalits à se tenir debout seuls et à parler pour eux mêmes ».
Le diocèse de Mgr Gorantla, 42 ans, évêque de Kurnool, dans lequel on
compte plus de 70% de fidèles dalits. était sans évêque depuis 1991. Sur 55
prêtres, deux seulement étaient dalits. Deux factions de dalits militaient
pour que l’un des deux soit nommé évêque. En 1992, des fidèles boycottaient
les messes du dimanche pour protester contre la discrimination et exiger un
évêque dalit. La nomination de Mgr Gorantla, fin 1993, a apaisé les
esprits.
« Mais il ne faudrait pas que cela devienne un précédent, observe-t-il.
Je suis dalit, mais je ne puis approuver des mouvements de révolte. Il ne
faut pas non plus que le clergé les provoque. Je suis extrêmement heureux
du réveil en faveur des dalits qui se produit dans l’Eglise. Avant, l’Eglise était absorbée par d’autres soucis, elle ignorait la communauté des analphabètes et des pauvres. Son attitude a changé ».
Priorité à la formation de la loi et à l’enseignement
Mgr Gorantla entend donner la priorité à la formation de la loi dans le
but de promouvoir des vocations chez les dalits, ainsi qu’à l’enseignement
général: « Quand les gens connaîtrons leurs droits, ils les obtiendront. Les
dalits sont restés ignorés parce qu’ils manquaient eux-mêmes d’instruction ».
Mgr Malayappan Chinnappa, devenu évêque de Vellore le 25 janvier, confirne que l’Eglise a tardé à s’identifier avec « l’humanité souffrante des
dalits ». Elle ne peut, selon lui, les aider qu’en « ressentant elle-même ce
qu’ils ressentent, en sympathie avec eux ». Il travaillera pour l’élévation
spirituelle et sociale des dalits comme des autres: « Je ne suis pas seulement l’évêque des dalits, je ne peux pas ignorer les autres fidèles. D’ailleurs, il faut systématiquement éliminer la différence entre les hautes et
les basses castes ».
Président de la Commission épiscopale de la Conférence épiscopale pour
les basses castes et des minorités ethniques, Mgr Marianus Arokiasamy, archevêque de Madurai, qui n’est pas lui-même dalit, relève pour sa part que
l’Eglise doit donner aux dalits leur dû sans attendre qu’ils le demandent.
Les évêques de l’Etat indien du Tamil Nadu ont alloué une somme de cinq
millions de roupies (161’290 dollars) pour des bourses d’études à des dalits. Mais la position de l’Eglise en faveur de ces derniers irrite les
hautes castes. Des représentants de celles-ci sont venus voir les évêques
du Tamil Nadu pour les exhorter à « ne pas succomber à la pression des dalits ». Mgr Arokiassamy, qui rapporte ce fait, note aussi que les dalits
nuisent à leur cause quand ils choisissent l’intimidation et les affrontements ».
Cause portée devant le Parlement
L’archevêque de Madurai et 20 autres évêques ont par ailleurs été reçus
le 3 mars par le Premier ministre Narasimha Rao, devant qui ils ont défendu
la cause des « dalits » chrétiens. Cause actuellement en débat au Parlement.
Quand ils sont hindous, sikhs ou bouddhistes, les dalits sont considérés
comme membres de « castes classifiées » et bénéficient de divers avantages
sociaux: gratuité de l’enseignement, emplois réservés dans la fonction publique. Mais sous prétexte que leur religion ne reconnaît pas les castes,
les dalits chrétiens et musulmans sont privés de ces avantages, alors que
leur condition est aussi misérable et qu’ils vivent dans les mêmes bidonvilles que les autres dalits, ont-ils souligné devant le Premier ministre.
Ce dernier a répondu suivre de près les discussions parlementaires engagées sur la question. Il reconnaît que la conversion au christianisme n’enrichit pas le converti et que « par principe, des convertis chrétiens ne
devraient pas être pénalisés ». Les avantages sociaux devraient, selon lui,
être étendus aux chrétiens de basses castes par une nouvelle loi. (apiceda/pr)
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