Fribourg: Conférence de Mgr Mamie sur «Evangile et peine de mort» (200594)

La légitimité de la peine de mort en question

Fribourg, 20mai(APIC) Le maintien dans le nouveau catéchisme de l’Eglise

catholique de la légitimité de la peine de mort dans les cas « d’une extrême

gravité » divise les esprits. Une cinquantaine de personnes ont suivi jeudi

soir, dans les locaux de l’Ecole de la Foi à Fribourg, la conférence de

l’évêque diocésain, Mgr Pierre Mamie, sur le thème « Evangile et peine de

mort ». Si Mgr Mamie n’exclut pas l’application de la peine de mort dans des

circonstances exceptionnelles, il souhaite que les autorités ne fassent pas

usage de ce droit.

Organisatrice de la rencontre, l’ACAT, l’Action des Chrétiens pour

l’Abolition de la Torture, avait protesté publiquement l’an dernier contre

le maintien (au chiffre 2266 du nouveau catéchisme) de la peine capitale,

cette « mort programmée par la volonté humaine », qui « ne laisse aucune chance au repentir et à la rédemption ». Des cas récents de condamnation à mort

aux Etats-Unis ont d’ailleurs montré la fragilité de la justice des hommes,

rappelle l’ACAT.

Une certaine déception

Mgr Mamie a reconnu que les quelques lignes du catéchisme à propos de la

peine de mort ont provoqué une déception « dans les médias et dans certaines

consciences aussi ». On attendait en effet du pape qu’il condamne d’une manière définitive le droit de l’autorité publique d’utiliser la peine de

mort; il ne l’a pas fait. Ce passage du catéchisme – qui ne satisfait pas

pleinement Mgr Mamie – a été soumis avec les autres paragraphes aux 3’000

évêques du monde entier. Jean Paul II a consulté de nombreux autres personnes avant de le rédiger lui-même. On sait, à la suite de tous les commentaires suscités par ce passage, que des théologiens se sont déjà remis à

l’étude, à la demande du pape lui-même, pour voir si l’on ne pouvait pas

mieux écrire ces quelques lignes.

L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a toutefois souligné que pour

comprendre ce texte, il faut prendre en considération le contexte, ce qui

précède et ce qui suit ce passage. Mgr Mamie a alors expliqué la structure

du nouveau catéchisme, divisé en quatre parties: la profession de la foi

(credo); la célébration du mystère chrétien (les sept sacrements et la liturgie); la vie dans le Christ (la vocation de l’homme); la prière dans la

vie de la foi. C’est dans la troisième partie, qui traite de la morale, que

l’on trouve le Décalogue, avec le cinquième commandement: « Tu ne commettras

pas de meurtre ».

Ainsi, relève-t-il, pour bien observer ce que Dieu exige dans la vocation de l’homme, cela suppose que l’on est entré dans les sacrements auparavant: « On ne demande pas aux fidèles d’observer la morale, et s’ils n’y

arrivent pas d’aller chercher les sacrements, c’est le contraire; on suppose d’abord qu’ils sont des habitués des sacrements ».

La légitime défense

Et Mgr Mamie de rappeler que la morale présentée par le catéchisme n’est

pas une morale choisie par les hommes eux-mêmes: « Ce que nous avons à faire, c’est chercher à connaître la partition de la musique que Dieu a écrite

pour moi, ce n’est pas ma propre partition! ». Parlant ensuite de la légitime défense, de la peine de mort et de l’avortement, l’évêque diocésain a

relevé que les trois enseignements de l’Eglise à ce sujet sont absolument

inséparables: « Si l’on dit qu’il est toujours défendu de mettre à mort

quelqu’un, ce n’est pas dans la partition de Dieu », car « si quelqu’un veut

tuer votre enfant et que vous n’avez pas d’autres moyens pour protéger la

vie de l’innocent que tuer l’agresseur, vous devez le faire, parce que vous

êtes responsable de cette vie ».

Mais pour l’évêque diocésain, on doit bien préciser ce qu’est la légitime défense: « L’autorité civile doit protéger notre pays, mais si c’est uniquement pour protéger les banques, ce n’est pas de la légitime défense ».

Par contre, il est du devoir des autorités de protéger la vie des gens contre des agresseurs. Finalement, Mgr Mamie a relevé la contradiction complète entre ceux qui défendent le droit à l’avortement mais qui militent en

même temps contre la peine de mort. Les discussions qui ont suivi l’exposé

de Mgr Mamie ont montré que le débat est loin d’être clos pour les militants de l’ACAT. Dans une lettre à l’ACAT-Suisse, le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical « Justice et Paix », a d’ailleurs souligné que la « marge de légitimité de la peine de mort se réduit progressivement dans la vision du Magistère et il est bon de poursuivre la réflexion

à ce sujet. » (apic/be)

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