France: Journée nationale d’information sur les prisons (150694)
Paris, 15juin(APIC) Alors que les établissements pénitentiaires de France
manquent cruellement de places, et que chaque année voit son cortège de mutineries, l’administration pénitentiaire organise le 17 juin une Journée
nationale d’information sur la prison et ses alternatives. Aujourd’hui, la
France compte 57’500 détenus. Une surpopulation préoccupante… D’autant
plus plus que rien ne change vraiment… Aumônier général catholique des
prisons, le Père Jacques Thierry donne son point de vue à l’APIC, et explique les raisons d’une telle journée.
J.T.: Cette journée s’inscrit dans le cadre de la loi quinquennale sur
la justice, actuellement débattue par le Parlement. L’administration pénitentiaire, qui en a pris l’initiative, a souhaité attirer l’attention de la
presse et des différents partenaires sociaux sur la vie carcérale. Elle a
aussi voulu que ceux qui ont voté la loi mettent les pieds dans les prisons. En cela elle a raison car, de fait, nos politiciens méconnaissent totalement la réalité de la vie carcérale. Ce n’est pas leur souci. Globalement toute opération de décloisonnement est bonne. Il faut poursuivre dans
ce sens. Mais je suis dubitatif sur le succès d’une telle opération car en
ce moment, le climat politique n’est pas favorable.
APIC: Quel est l’état actuel des établissements pénitentiaires français?
J. T.: La surpopulation y est très préoccupante. Il y a aujourd’hui deux
fois plus de détenus que 20 ans auparavant. Et malgré le plan « 13’000 »
(13’000 places supplémentaires construites en trois ans), l’état de la surpopulation carcérale est identique: soit précisément 12 à 13’000 individus
en « surplus ». Il faut savoir qu’en 1974, il y avait 29’000 détenus en France pour 39’000 en 1981 et 57’500 aujourd’hui.
APIC: Pourquoi cette surpopulation?
J. T.: Les peines de prison n’ont cessé de s’allonger, y compris pour
les petits trafiquants. Les établissements pénitentiaires sont encombrés de
gens qui ont commis de petits délits. Entre politique préventive et politique punitive, c’est cette dernière qui prévaut par trop. Il faut mettre en
place autre chose, mais c’est resté jusque là voeux pieux. Nous demandons
que les peines dites substitutives – travaux d’intérêt général (TIG), séjours en semi-liberté et recours aux chantiers extérieurs – soient étendues. La prison ne peut être la seule solution. On doit certes sanctionner
mais aussi permettre de réparer les fautes commises par des travaux utiles
à la collectivité. Ce qui n’est guère le cas.
APIC: Comment se présente l’aumônerie des prisons aujourd’hui?
J. T.: Au cours des dernières années, elle a évolué vers plus de participation de religieuses, de diacres, de laïcs, ainsi que des détenus euxmêmes. En 1988, le ministère de la Justice a officiellement reconnu les auxiliaires bénévoles d’aumônerie. Ceux-ci ne font pas les visites individuelles auprès des détenus, qui sont du ressort des aumôniers. Ils assurent
cependant des activités de groupes bibliques, de réflexion, de prière…
Aumôniers et auxiliaires catholiques sont aujourd’hui 300, pour 230 en
1991. De fait, c’est une évolution très positive, qui a suivi avec retard
celle de l’aumônerie des hôpitaux. Les détenus sont en contact avec une
équipe et non un seul homme. C’est beaucoup mieux pour eux. D’un point de
vue ecclésial, la diversité des sensibilités est de plus ainsi représentée.
APIC: L’intérêt de Mgr Lustiger, archevêque de Paris, pour le dossier de
béatification de Jacques Fesch (1) a suscité en début d’année de vives réactions de la presse et de la police. Qu’en pensez-vous…
J. T.: Nous autres aumôniers des prisons, nous vivons cela au quotidien:
on partage la prière avec des gens qui ont parfois commis des choses horribles. Pour nous, cela n’est donc pas un problème. D’accord pour parler de
Jacques Fesch… mais, avant toute chose, il ne faut pas oublier l’état
préoccupant de la justice et des prisons.
APIC: Qu’en est-il du partenariat avec les aumôniers protestants?
J. T.: Cela dépend des personnalités des uns et des autres, et les cas
de figure varient d’un établissement à l’autre. Il y a actuellement 180 aumôniers protestants, chiffre important eu égard au petit nombre de détenus
protestants. La prison est un lieu où l’oecuménisme se passe généralement
bien. Il ne s’agit pas d’un oecuménisme de parole, de façade. Il se pratique sur le terrain, en direct, et passe par l’authenticité des liens entre
aumôniers de base, qui sont toujours des gens de terrain. (apic/jcn/pr)
ENCADRE (1)
Controverse autour de Jacques Fesch…
Ce fils d’un banquier belge avait tué en 1954 un policier. Repenti et
« converti », il a été guillotiné en 1957. Le 6 janvier dernier, le quotidien
« Le Figaro » revenait sur l’affaire dans un article intitulé « Ce tueur qui
voulait voir Jésus ». Le lendemain, « France Soir » embrayait dans un éditorial sur « L’assa-saint ». Le secrétaire général de la Fédération autonome des
syndicats de Police (FASP), Daniel Lavaux, estimait pour sa part: « Même si
ce meurtrier a fait amende honorable et s’est lancé dans la religion, je
crois que Mgr Lustiger aurait pu trouver quelqu’un d’autre ». (apic/jcn/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/france-journee-nationale-d-information-sur-les-prisons-150694/