avec le document de Jean Paul II sur le sacerdoce des femmes

Genève: L’Eglise nationale protestante exprime son désaccord (150694)

Des femmes ministres, un «apport indispensable à la mission de l’Eglise»

Genève, 15juin(APIC) L’Eglise nationale protestante de Genève (ENPG) a

tenu mercredi à «exprimer sa surprise» face à la récente lettre apostolique

du pape Jean Paul II «sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée

aux hommes». Dans une prise de position de trois pages, rédigée «dans un

souci de clarté et de loyauté fraternelle», le Conseil de l’ENPG veut montrer que si Jean Paul II a fondé son refus sur des textes du Nouveau Testament, «une autre lecture est possible des évangiles et des épîtres».

L’ENPG a envoyé sa prise de position à Mgr Pierre Mamie, évêque diocésain, à son auxiliaire à Genève, Mgr Amédée Grab, à Mgr Karl-Josef Rauber,

nonce apostolique, au Conseil exécutif de l’Eglise catholique romaine à Genève. Le Conseil de l’ENPG veut ainsi expliciter les raisons profondes de

son désaccord avec «la position tranchée exprimée par le pape Jean Paul

II».

Pour l’ENPG, les Eglises issues de la Réforme, certes, n’ont durant plusieurs siècles guère reconnu de femmes pasteures, et la consécration accordée aux femmes est relativement récente. «Mais cet état de fait était uniquement dû au contexte sociologique et aux habitudes culturelles de l’époque. Il n’était en rien lié à un principe théologique absolu».

Un argument «péremptoire», «radicalement contestable»

Or, Jean Paul II dans sa lettre apostolique, «prétend que l’ordination

sacerdotale est ’exclusivement réservée à des hommes’ en raison du ’dessein

éternel de Dieu’, révélé dans le fait que le Christ, en union avec le Père

et par l’Esprit-Saint, n’a choisi que des hommes pour devenir les douze

apôtres, au fondement de son Eglise». Le Conseil de l’ENPG considère que

c’est un argument «péremptoire», «radicalement contestable».

D’un point de vue historique, relève l’ENPG, les épîtres de saint Paul

et certains récits des Actes des Apôtres, laissent découvrir une présence

active des femmes dans le ministère des premières communautés chrétiennes

qui se rassemblaient dans des «maisons». Et de citer l’exemple de Lydie,

marchande de pourpre à Philippes, à la fois chef de famille et chef d’entreprise. Il semble qu’après sa conversion, elle ait été le pilier de la

communauté accueillie dans sa maison, «où il n’est pas invraisemblable

qu’elle ait présidé le repas du Seigneur» (Ac 16,14-15,40).

Dans le port corinthien de Cenchrées, Phoebé est saluée par Paul en tant

que «diakonos» de l’Eglise. Or, précise la note de l’ENPG, le mot grec

«diakonos» veut dire ici «ministre». Et de mentionner encore le rôle de

Priscille à Ephèse, de Junie à Rome, etc. Ces femmes sont nommées par Paul

«avec une affection et une admiration qui laissent peu de doutes sur l’existence d’un véritable ministère des femmes dans les premières communautés

chrétiennes». La prise de position de l’ENPG souligne que le Christ lui-même a accueilli de nombreuses femmes dans le groupes de disciples qui l’accompagnait.

L’ENPG relève le caractère radicalement novateur et ouvert de l’Evangile

tout en reconnaissant que cette force de transformation s’est rapidement

heurtée aux lourdeurs sociologiques que connaît inévitablement toute institutionnalisation dans la durée. Ainsi, voit-on dès la fin du premier siècle, les modèles sociaux hiérarchiques et patriarcaux orienter à nouveau

l’organisation de l’Eglise au détriment des femmes, tenues notamment à

l’écart de l’ordination sacerdotale. «La tradition s’engouffrait de la sorte dans une voie dont on peut raisonnablement douter qu’elle fût en réelle

fidélité à la Parole de Dieu dont témoigne l’Ecriture».

Le Conseil de l’ENPG, «représentant l’autorité collégiale d’une Eglise

au service de laquelle sont consacrées de nombreuses femmes ministres, peut

témoigner combien leur apport est indispensable à la mission de l’Eglise».

Il souhaite donc vivement que l’Eglise catholique ne se replie pas définitivement sur des positions absolues, mais se rouvre au débat sur l’ordination sacerdotale des femmes en tirant profit des expériences positives faites dans les autres Eglises. (apic/com/be)

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