Belgique: Toujours des réactions à la lettre (130694)
Le Conseil pastoral flamand demande à Rome de réouvrir le débat
Le cardinal Danneels commente la récente lettre des évêques belges
Anvers, 13juin(APIC) Le Conseil pastoral interdiocésain flamand (IPB),
qui a tenu sa session d’été ce week-end à Anvers, a invité les évêques belges à demander à Rome une réouverture du débat sur l’accès au ministère sacerdotal. Le non catégorique du pape Jean Paul II au sacerdoce féminin dans
sa lettre apostolique du 30 mai sur « l’ordination sacerdotale exclusivement
réservée aux hommes » suscite toujours des remous un peu partout.
Quelques jours après la déclaration des évêques de Belgique sur ce sujet, le cardinal Danneels a rencontré les membres de l’IPB, qui est le
principal organe de concertation de la communauté catholique en Flandre.
« Les évêques, leur a-t-il dit, ne peuvent pas choisir entre le pape et une
partie des fidèles. Ce serait vider le ministère de Pierre de son contenu
et devenir des Mgr Lefebvre en sens inverse. Mgr Lefebvre était contre le
pape parce que le pape avait changé des choses que lui ne voulait pas qu’on
change. Et nous, nous serions contre le pape parce qu’il ne change pas des
choses que nous voudrions changer? C’est une voie sans issue. Elle est
contraire à notre mission d’évêques et elle va contre ma conscience personnelle. »
Sérieux risque de polarisation dans l’Eglise
L’archevêque de Malines-Bruxelles a expliqué la déclaration publiée le 7
juin par les évêques de Belgique suite à la lettre apostolique « Ordinatio
Sacerdotalis ». « Il y a tant de personnes qui voudraient que nous soyons
contre le pape », a relevé le cardinal Danneels, tandis que de nombreuses
autres demandent explicitement aux évêques d’être solidaires de la position
du pape, a-t-il aussitôt ajouté. C’est dire la « position très inconfortable » des évêques, devant « un risque de polarisation qui n’a jamais été aussi
sérieux qu’aujourd’hui ».
Une position définitive ?
« L’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes », souligne Jean-Paul II dans sa lettre apostolique.
Selon le cardinal Danneels, « par cette lettre, le pape a montré non pas son
pouvoir, mais son absence de pouvoir ». « Le pape ne se sent pas autorisé à
changer la doctrine de l’Eglise. Le sacerdoce masculin appartient à la
constitution fondamentale de l’Eglise. Bien que cela n’ait été écrit explicitement nulle part, c’est ainsi que s’est faite l’évolution historique,
tout comme l’usage du pain et du vin est devenu partie intégrante et inaliénable de l’eucharistie. »
Ceci n’empêche pas les évêques d’exercer aussi, d’autre part, leur
« sensibilité pastorale ». « Nous nous devons de faire part au pape de la
souffrance et de la préoccupation d’une partie de nos fidèles », a confirmé
le cardinal Danneels, précisant qu’il ferait connaître cette réaction par
écrit et qu’il s’efforcerait d’avoir à ce propos un entretien direct avec
Jean-Paul II.
En rappelant la position catholique en matière d’ordination sacerdotale,
le pape avait stipulé : « Cette position doit être définitivement tenue par
tous les fidèles de l’Eglise ». Dans quel sens faut-il entendre ce « définitivement » ? Pour le cardinal Danneels, le mot est d’abord à comprendre dans
le sens du droit ecclésiastique : « Cela signifie que c’est la position qui
a toujours été annoncée et maintenue jusqu’ici. Il n’y a donc, à nos yeux,
aucune raison d’en changer. On peut toujours proposer de nouvelles théories, et poursuivre la réflexion et le dialogue sur la question, comme
d’ailleurs cela se fait ».
Une question de fond
« Le grand problème, selon le cardinal Danneels, « est bien plus profond
que la question de la femme. C’est le problème de la place de l’autorité
dans l’Eglise, de la valeur de la tradition, de la conception de la personne humaine et de la symbolique corporelle de l’homme et de la femme. Dans
le sacerdoce catholique, le prêtre n’est pas seulement « porteur » de la Parole, comme chez les protestants, mais il est aussi une « icône du Christ ».
Tout cela ne peut se comprendre sans la foi. »
L’archevêque de Malines-Bruxelles a enchaîné en insistant sur
l’importance d’une culture plus imprégnée de spiritualité et de prière chez
les fidèles. Sans quoi, a-t-il prédit, l’Eglise va au devant de « graves
problèmes pour l’avenir » : « Nous nous penserons être d’Eglise, mais nous
serons devenus, en fait, une sorte de Rotary Club. » En conclusion, le cardinal Danneels émet l’espoir que toute cette crise soit salutaire si elle a
pour effet d’inciter les fidèles à approfondir les problèmes sous-jacents
et à donner à la femme sa juste place.
Des réactions diverses
Au sein même de l’IPB, la déclaration des évêques belges du 7 juin a été
très diversement reçue. La plupart ont du mal à comprendre que les évêques
n’aient pas « choisi » de contrer l’avis du pape, ou n’aient pas « osé ». Certains leur reprochent d’avoir préféré « l’obéissance » à « l’audace ». Face aux
réactions de divers mouvements catholiques en Belgique, le cardinal
Godfried Danneels a exprimé la satisfaction des évêques de voir des chrétiens aussi « concernés par l’Eglise et touchés par ce que le pape dit ». Il
a aussi observé que « ce n’est pas une bonne chose que le pouvoir de décision dans l’Eglise soit lié au sacrement de l’ordination ». Il a aussi assuré que le sujet ferait l’objet d’une concertation plus large si nécessaire.
Pour une réouverture du dossier
Au terme de la session, les membres du Conseil pastoral interdiocésain
flamand ont invité notamment les évêques à demander à Rome une réouverture
du débat. Dans ce texte, les membres de l’IPB font état de « la souffrance,
l’insatisfaction, la préoccupation et la protestation indignée » que partagent de nombreux fidèles en Flandre. Ils remercient néanmoins les évêques
pour « le sérieux et le soin avec lesquels ils ont préparé et formulé leur
réponse ».
Dans leur déclaration du 7 juin, les évêques de Belgique affirmaient, à
propos de la lettre du pape, qu’ils « trahiraient leur mission de pasteurs
de l’Eglise s’ils ne répercutaient pas cet enseignement auprès des fidèles
et ne le proposaient à leur assentiment ». Ils ajoutaient que leur mission
« comporte également un volet strictement pastoral ». A ce sujet, l’IPB
attend des évêques « qu’ils accordent à leur sensibilité pastorale autant
d’importance qu’à leur loyauté à l’égard de l’autorité doctrinale du
ministère de Pierre. » (apic/cip/be)
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