Fribourg: les divorcés et l’Eglise (100694)
Fribourg, 10juin(APIC) L’Eglise place très haut l’idéal du mariage chrétien, ce qui malheureusement n’empêche pas les échecs. Comment les pasteurs
et les communautés doivent-ils réagir? Comment accueillir les divorcés remariés? Telles étaient les quelques questions abordées jeudi par Mgr Armand
Le Bourgeois, au Centre Ste-Ursule, à Fribourg, devant une centaine d’auditeurs. L’ancien évêque d’Autun, tout en maintenant clairement le principe
de l’indissolubilité a plaidé pour un accueil plus large des divorcés remariés permettant l’accès sous conditions à l’eucharistie.
Evêque d’Autun durant 22 ans, c’est dans la pratique pastorale que Mgr
Le Bourgeois a muri sa réflexion développée dans plusieurs livres. «Depuis
mes débuts d’évêque en 1966, l’attitude de l’Eglise face aux divorcés s’est
heureusement assouplie», remarque-t-il d’emblée. Mais le nombre de divorces
aujourd’hui (un mariage sur trois) interroge gravement les chrétiens.
Dans la doctrine catholique des sacrements, le mariage occupe une place
à part. Le sacrement ne fait que confirmer une réalité humaine qui existe
avant lui. Pour des baptisés, il comporte deux aspects nouveaux: il est le
signe de l’alliance de Dieu avec son peuple, et par là porte le témoignage
d’une fidélité qui se dément pas. Le mariage en tant que sacrement est aussi la promesse de la grâce de Dieu. Beaucoup trop de jeunes mariés n’en ont
pas suffisamment conscience, remarque Mgr Le Bourgeois.
Reste que l’échec est possible. Pour l’évêque il est presque toujours
causé par un manque de communication véritable au sein du couple. Pourqoui
ne pas prendre, comme le font les équipes de Foyers Notre-Dame, une demiheure régulièrement pour «se dire ce que l’on a à dire»? La situation sociale ou professinnelle conduit trop souvent à mener des vies parallèles.
Parfois la séparation est nécessaire. Elle est tout à fait reconnue par
l’Eglise et ne place pas du tout la personne séparée ou divorcée dans une
situation irrégulière aux yeux de l’Eglise, rappelle l’évêque.
Pourquoi alors l’Eglise refuse-t-elle la possibilité d’un second mariage? Il ne s’agit pas de raisons disciplinaires, précise Mgr Le Bourgeois
mais parce que l’alliance était de soi irrévocable, comme l’est celle de
Dieu avec son peuple. D’où la nécessité d’examiner parfois la validité du
sacrement du mariage. Les procès en nullité menés par les tribunaux diocésains, s’ils sont très fréquents en Amérique du Nord – où jusqu’à 15% des
mariages religieux sont déclarés nuls – sont beaucoup plus rares en Europe
où le taux de nullité tombe en dessous de 1%. Si le mariage est nul, rien
n’empêche d’en contracter un nouveau.
Pour les divorcés remariés qui veulent rester reliés à l’Eglise, la situation est douloureuse. En effet, les époux ne peuvent plus recevoir la
communion. Ce qui n’a rien à voir avec une excommunication au sens propre
du terme, explique l’évêque. Il n’empêche que beaucoup de divorcées remariés se sentent séparés de l’Eglise. Ce qui pousse Mgr Le Bourgeois à dire
que dans certains cas et après discernement, l’admission à l’eucharistie
devrait être possible. Il s’agit alors d’examiner la fidélité réciproque du
nouveau couple, sa vie chrétienne habituelle, l’éducation de ses enfants,
la charité et la justice envers le premier conjoint ou encore la réaction
de la communauté locale. Une position d’ailleurs également défendue par une
récente lettre de trois évêques allemands.
Lors du Synode sur la famille en 1980, 180 des 200 évêques réunis à Rome
avaient approuvé une proposition pour pousser la réflexion en se basant sur
la pratique orthodoxe qui, si elle n’admet pas le remariage, prévoit une
possibilité de réception en Eglise de type pénitentiel et accueille les divorcés remariés à l’eucharistie. Proposition qui n’a pas eu pour l’instant
de suite concrète, regrette Mgr Le Bourgeois. (apic/mp)
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