Bruxelles: 50e anniversaire de l’agence de presse CIP (080694)
Bruxelles, 8juin(APIC) L’agence de presse catholique belge CIP a fêté,
lundi à Bruxelles, son 50e anniversaire au cours d’une rencontre qui a mis
en évidence l’importance d’une information religieuse de qualité. Le cardinal Godfried Danneels, ainsi que le nonce apostolique à Bruxelles, Mgr Giovanni Moretti, étaient au premier rang des responsables d’Eglise venus manifester leur sympathie pour le travail accompli. Le cardinal a exprimé sa
reconnaissance à l’agence CIP, et plus largement aux journalistes catholiques. Il a redit l’importance attachée par les évêques à une agence d’information religieuse.
Plus que jamais, a relevé Jean Desclée de Maredsous, président du Conseil d’administration, l’agence CIP (Centre d’information de presse) entend, par une information religieuse de qualité, rencontrer «un besoin de
plus en plus important dans l’opinion publique, dans les médias et même
dans l’Eglise». L’agence CIP travaille en étroite collaboration avec
l’agence suisse APIC et dispose avec elle d’un correspondant permanent à
Rome. Depuis 1991, l’agence est scindée en deux institutions autonomes, en
contact quotidien: un CIP francophone à Bruxelles et un CIP néerlandophone
à Anvers.
Pour cet anniversaire, l’agence avait invité le Père Jean-Michel di Falco, porte-parole de l’épiscopat français, qui a parlé des «rendez-vous manqués entre l’Eglise et les médias». «L’Eglise n’est pas en retard dans sa
relation avec les médias», a-t-il observé d’emblée.
La presse confessionnelle ou les informateurs religieux des divers médias, professionnels ou non, ne sont pas les seuls à parler de l’Eglise. La
manière dont la religion est traitée dans l’information générale, «pas forcément avec compétence», a beaucoup d’influence sur l’opinion publique, relève le porte-parole de l’épiscopat français. Mais «l’Eglise ne figure-telle pas trop souvent dans la rubrique des rabat-joie ?», se demande-t-il.
Les journalistes s’intéressent peu à l’Eglise pour elle-même, mais n’en
parlent que s’il y a des répercussions sur la vie sociale.
Cette approche, déplore le Père di Falco, pousse à «opposer la masse des
fidèles au clergé et à la hiérarchie», à «faire l’impasse sur la communion
qui existe dans l’Eglise», à mettre davantage l’accent sur les difficultés
que sur les consensus, à privilégier le vocabulaire de la condamnation, à
omettre l’appel à l’amour.
Le Père di Falco ne nie pas que l’Eglise, dans sa relation aux médias,
soit parfois coupable de maladresse ou de manque d’organisation. Mais il a
souvent à déplorer, de la part de certains journalistes ou de certains médias, «de la légèreté, parfois de la malveillance». Le Père di Falco plaide
donc pour des relations «saines» entre l’Eglise et les médias. Il est possible, dit-il, de trouver une voie moyenne entre «la peur de parler» et «le
désir de séduire». Mais il note la difficulté due à des logiques de
fonctionnement différentes.
Si «les responsabilités sont partagées» dans les rendez-vous manqués entre l’Eglise et les médias, le Père Jean-Michel di Falco note néanmoins que
la course à l’audience y contribue beaucoup. Aussi recommande-t-il «un
temps nouveau de réflexion».
Un enjeu culturel et spirituel
Au terme de la rencontre, le cardinal Danneels a proposé, à son tour,
quelques réflexions sur la relation entre les médias et l’Eglise, plaidant
avant tout pour une «information de qualité». De la part des journalistes,
cela suppose un effort de probité pour apporter une information correcte.
Cela demande aussi «un franc-parler et une transparence de l’Eglise», qui
doit «laisser regarder dans ses cartes». Tout cependant ne peut être dit:
il faut également faire droit au respect et à l’honneur des personnes. Il
est difficile de traduire le message de l’Eglise en langage moderne, le
cardinal en convient. Le temps de l’Eglise, a-t-on dit, n’est pas celui des
médias.
On reproche quelquefois à l’institution ecclésiale de parler un langage
compliqué, voire hermétique. Le langage de l’Eglise est-il vraiment plus
difficile, par exemple, que celui des tribunaux, s’interroge en souriant
Mgr Danneels.
Le problème, dit-il, est plus profond: «Les mots de l’Eglise sont des
mots fondamentaux. Ce sont souvent des mots de tous les jours, mais
surchargés de sens. Ils comportent des significations à plusieurs étages:
ils ont à la fois des significations matérielles, sensibles, émotives,
spirituelles. Comment rendre compte de cette épaisseur de sens si l’on s’en
tient à une approche superficielle?»
Vieux mariés
Quelle place la religion devrait-elle occuper dans la presse? Faut-il
des pages ou des rubriques «Religion»? Ou la religion doit-elle être présente partout? Le cardinal Danneels estime qu’il faut les deux. A côté de
pages magazines, qui autorisent des articles de fond, il est important
qu’un journal fasse aussi écho à l’actualité religieuse dans d’autres pages. «Car la religion ne se réduit pas au culte et aux aspects confessionnels. La religion est fondamentalement une attitude éthique et spirituelle,
même en dehors de toute confession concrète.» Si l’Eglise défend souvent
mal ce qu’elle a à dire, elle a une intelligence du message du Christ à
proposer. Il faut donc entrer dans le débat. Et il n’y a pas de raison de
limiter ce débat aux sujets proprement religieux. Pourquoi demander à un
cardinal de s’exprimer seulement sur le culte ou la liturgie?
Pour conclure, le cardinal Danneels remarque que les relations mutuelles
de l’Eglise et des médias lui font souvent penser à un vieux couple: «On se
plaint souvent l’un de l’autre, mais on ne peut pas se passer l’un de l’autre. Ces mariages-là peuvent durer longtemps! Mais pour que ça dure, il est
important que les médias et l’Eglise se rencontrent dans un vis-à-vis des
personnes, sinon le mariage finira en divorce. (apic/cip/mp)
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