Belgique: l’épiscopat réagit à la lettre du pape (080694)

Les évêques prêts à répercuter à Rome le désarroi «de certains fidèles»

Bruxelles, 8juin(APIC) Dans une déclaration publiée mardi soir à Bruxelles, l’épiscopat belge réagi à la lettre du pape sur l’ordination sacerdotale, en relevant notamment que la «Déclaration n’est ni un point final, ni

une raison pour laisser tomber les bras». Les prélats affirment en outre

vouloir répercuter «auprès des instances centrales de l’Eglise le désarroi

éprouvé par une partie des fidèles».

Les évêques belges précisent d’emblée que le pape, en écrivant dans sa

lettre que l’Eglise ne se sent pas autorisée à modifier, en matière d’ordination sacerdotale, la tradition ininterrompue, tant de l’Orient que de

l’Occident, formule cette déclaration en vertu de son ministère de successeur de Pierre. «Les évêques trahiraient leur mission de pasteurs de

l’Eglise s’ils ne répercutaient pas cet enseignement auprès des fidèles et

ne le proposaient à leur assentiment».

De divers côtés, notent-ils, on suggère aux évêques de choisir entre le

pape et les fidèles qui adhèrent difficilement à son enseignement. «Ce serait s’engager dans une voie sans issue. Selon la doctrine authentique de

l’Eglise, les évêques sont les témoins de la vérité auprès de leur Eglise

locale tout autant que les interprètes des souhaits et des besoins pastoraux, voire du désarroi de leurs fidèles. La Constitution sur l’Eglise du

Concile Vatican II donne sur ce point la juste orientation».

Mais la mission des évêques comporte également un volet strictement pastoral. «En effet, il ne suffit pas que les évêques adhèrent loyalement à

l’enseignement du pape, ils doivent encore faire preuve de sensibilité pastorale. Le Concile Vatican II les désigne comme «les témoins de la vérité

divine et catholique» (Constitution dogmatique sur l’Eglise, «Lumen Gentium»), mais aussi comme les pasteurs «qui examinent attentivement dans le

Christ les initiatives, les souhaits et les désirs présentés par les laïcs»

(»Lumen Gentium»)». Ils ne peuvent donc se contenter d’annoncer la doctrine, mais doivent encore s’efforcer par tous les moyens de la faire comprendre et accepter.

Le prélats belges de se dérobent pas. Pour eux, «il sera tout d’abord

nécessaire de répercuter honnêtement auprès des instances centrales de

l’Eglise le désarroi éprouvé par une partie des fidèles. Certains mouvements l’ont demandé explicitement. Les évêques le feront volontiers». Et

ces derniers de poursuivre: «Certains ont été choqués par le caractère abrupt des affirmations du pape. On ne doit cependant pas oublier que des documents antérieurs (»Inter insigniores» et «Mulieris dignitatem») ont développé une argumentation détaillée et approfondie. Il se peut également que

le ton et le langage de la Déclaration, tout en étant en soi justifiés sur

le plan canonique, éveillent au pluriel chez des lecteurs contemporains,

des connotations entraînent des répercussions affectives différentes».

Sur la base des textes de Vatican II, les évêques estiment qu’»il reste

d’ailleurs beaucoup de travail à accomplir pour approfondir notre compréhension des choses. Nous pensons, par exemple, à la place de l’autorité et

du magistère dans l’Eglise, à la Tradition comme norme de la foi, à la conception biblique de l’homme et de la femme, à la nature du sacerdoce catholique, à la valeur et à la relativité de la sensibilité propre à une culture, y compris la nôtre».

Les évêques refusent enfin que «Sacerdotalis ordinatio» soit interprété

comme une discrimination ou un manque de gratitude et d’estime pour ce que

les femmes représentent dans l’Eglise et pour ce qu’elles y ont accompli et

accomplissent encore. Et de conclure: «La lettre du pape ne peut davantage

servir d’alibi pour se dispenser de chercher activement la juste place de

l’homme et de la femme à l’intérieur de l’Eglise. La loyauté dans l’adhésion n’empêche pas d’être créatif. Sur ce point, la Déclaration n’est ni un

point final, ni une raison pour laisser tomber les bras, mais plutôt une

invitation à progresser sur le chemin d’une Eglise qui soit selon le coeur

de son Seigneur». (apic/cip/pr)

ENCADRE

Commentaires favorables dans la presse belge

La déclaration des évêques belges a suscité nombre de commentaires, positifs pour la plupart. «La Libre Belgique», sous la plume de Jean-Paul Duchateau, la qualifie de «courageuse», en relevant que les évêques n’hésitent pas, malgré le «caractère délicat de l’affaire et du moment, à servir

de médiateurs entre le pape et les fidèles, pour restaurer une communication et un dialogue qui – il faut le dire – se sont dégradés ces dernières

années».

Les évêques, écrit l’auteur, «auraient pu faire le gros dos et attendre

que l’émotion retombe (…). Au contraire, ils ont choisi de prendre ouvertement en compte et de répercuter à Rome le désarroi éprouvé par une partie

des fidèles. Ils font aussi leur devoir en tentant d’expliquer, avec conviction et justesse, la portée exacte du texte pontifical, ce qu’il implique et ce qu’il n’implique pas». (apic/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/belgique-l-episcopat-reagit-a-la-lettre-du-pape-080694/