Les évêques prêts à répercuter à Rome le désarroi « de certains fidèles »
Bruxelles, 8juin(APIC) Dans une déclaration publiée mardi soir à Bruxelles, l’épiscopat belge réagi à la lettre du pape sur l’ordination sacerdotale, en relevant notamment que la « Déclaration n’est ni un point final, ni
une raison pour laisser tomber les bras ». Les prélats affirment en outre
vouloir répercuter « auprès des instances centrales de l’Eglise le désarroi
éprouvé par une partie des fidèles ».
Les évêques belges précisent d’emblée que le pape, en écrivant dans sa
lettre que l’Eglise ne se sent pas autorisée à modifier, en matière d’ordination sacerdotale, la tradition ininterrompue, tant de l’Orient que de
l’Occident, formule cette déclaration en vertu de son ministère de successeur de Pierre. « Les évêques trahiraient leur mission de pasteurs de
l’Eglise s’ils ne répercutaient pas cet enseignement auprès des fidèles et
ne le proposaient à leur assentiment ».
De divers côtés, notent-ils, on suggère aux évêques de choisir entre le
pape et les fidèles qui adhèrent difficilement à son enseignement. « Ce serait s’engager dans une voie sans issue. Selon la doctrine authentique de
l’Eglise, les évêques sont les témoins de la vérité auprès de leur Eglise
locale tout autant que les interprètes des souhaits et des besoins pastoraux, voire du désarroi de leurs fidèles. La Constitution sur l’Eglise du
Concile Vatican II donne sur ce point la juste orientation ».
Mais la mission des évêques comporte également un volet strictement pastoral. « En effet, il ne suffit pas que les évêques adhèrent loyalement à
l’enseignement du pape, ils doivent encore faire preuve de sensibilité pastorale. Le Concile Vatican II les désigne comme « les témoins de la vérité
divine et catholique » (Constitution dogmatique sur l’Eglise, « Lumen Gentium »), mais aussi comme les pasteurs « qui examinent attentivement dans le
Christ les initiatives, les souhaits et les désirs présentés par les laïcs »
(« Lumen Gentium ») ». Ils ne peuvent donc se contenter d’annoncer la doctrine, mais doivent encore s’efforcer par tous les moyens de la faire comprendre et accepter.
Le prélats belges de se dérobent pas. Pour eux, « il sera tout d’abord
nécessaire de répercuter honnêtement auprès des instances centrales de
l’Eglise le désarroi éprouvé par une partie des fidèles. Certains mouvements l’ont demandé explicitement. Les évêques le feront volontiers ». Et
ces derniers de poursuivre: « Certains ont été choqués par le caractère abrupt des affirmations du pape. On ne doit cependant pas oublier que des documents antérieurs (« Inter insigniores » et « Mulieris dignitatem ») ont développé une argumentation détaillée et approfondie. Il se peut également que
le ton et le langage de la Déclaration, tout en étant en soi justifiés sur
le plan canonique, éveillent au pluriel chez des lecteurs contemporains,
des connotations entraînent des répercussions affectives différentes ».
Sur la base des textes de Vatican II, les évêques estiment qu’ »il reste
d’ailleurs beaucoup de travail à accomplir pour approfondir notre compréhension des choses. Nous pensons, par exemple, à la place de l’autorité et
du magistère dans l’Eglise, à la Tradition comme norme de la foi, à la conception biblique de l’homme et de la femme, à la nature du sacerdoce catholique, à la valeur et à la relativité de la sensibilité propre à une culture, y compris la nôtre ».
Les évêques refusent enfin que « Sacerdotalis ordinatio » soit interprété
comme une discrimination ou un manque de gratitude et d’estime pour ce que
les femmes représentent dans l’Eglise et pour ce qu’elles y ont accompli et
accomplissent encore. Et de conclure: « La lettre du pape ne peut davantage
servir d’alibi pour se dispenser de chercher activement la juste place de
l’homme et de la femme à l’intérieur de l’Eglise. La loyauté dans l’adhésion n’empêche pas d’être créatif. Sur ce point, la Déclaration n’est ni un
point final, ni une raison pour laisser tomber les bras, mais plutôt une
invitation à progresser sur le chemin d’une Eglise qui soit selon le coeur
de son Seigneur ». (apic/cip/pr)
ENCADRE
Commentaires favorables dans la presse belge
La déclaration des évêques belges a suscité nombre de commentaires, positifs pour la plupart. « La Libre Belgique », sous la plume de Jean-Paul Duchateau, la qualifie de « courageuse », en relevant que les évêques n’hésitent pas, malgré le « caractère délicat de l’affaire et du moment, à servir
de médiateurs entre le pape et les fidèles, pour restaurer une communication et un dialogue qui – il faut le dire – se sont dégradés ces dernières
années ».
Les évêques, écrit l’auteur, « auraient pu faire le gros dos et attendre
que l’émotion retombe (…). Au contraire, ils ont choisi de prendre ouvertement en compte et de répercuter à Rome le désarroi éprouvé par une partie
des fidèles. Ils font aussi leur devoir en tentant d’expliquer, avec conviction et justesse, la portée exacte du texte pontifical, ce qu’il implique et ce qu’il n’implique pas ». (apic/pr)
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