Bruxelles: Colloque international sur «Familles et justice» (070694)

La justice de plus en plus hors jeu dans le domaine de la famille

Bruxelles, 7juin(APIC) Le Centre de droit de la Famille de l’Université

Catholique de Louvain (UCL) organise un colloque sur le thème : « Familles

et Justice », qui se tiendra du mardi 5 au vendredi 8 juillet à la Faculté

de Médecine de l’UCL à Bruxelles. Ce colloque sera l’un des événements majeurs de l’Année internationale de la Famille en Belgique.

Le colloque y abordera des questions rarement traitées de manière aussi

directe par des experts de différentes disciplines et venant de divers

pays. « Les familles ont bien changé. Aujourd’hui, elles se font, se défont,

se recomposent », constate le professeur Marie Thérèse Meulders, directeur

du Centre de Droit de la Famille de l’UCL. « Une fois sur deux,

poursuit-elle, à Bruxelles comme aux Etats-Unis, une fois sur trois dans le

reste de la Belgique, le mariage débouche sur un divorce. Les couples non

mariés traversent des crises semblables. Or, les couples et les familles

réclament davantage de liberté et moins de droit. La famille, c’est par excellence le domaine de la vie privée. De plus en plus, on arrange un divorce, un partage de biens, une garde d’enfants sans passer par la Justice. Le

droit de chacun y gagne-t-il ? Et l’équité, la protection du plus faible,

les possibilités de révision d’une convention… ? Les familles n’ont-elles

pas de plus en plus besoin de justice pour résoudre leurs problèmes ? »

Avant tout, c’est de « justice sociale » dont il sera question dans ce

colloque. Mme Meulders a obtenu pour son initiative le soutien enthousiaste

de la Commission Européenne et du Conseil de l’Europe : quel responsable

européen peut ignorer que toute politique a des incidences sur la famille ?

Trois paradoxes

« On veut le moins de droit possible, pour garder toute liberté, mais ça

complique les problèmes quand surviennent les conflits : premier paradoxe »,

observe le professeur Meulders. Le législateur semble suivre la même

évolution. Alors que les affaires pénales, les affaires commerciales, le

droit social et le droit du travail se traitent devant des juridictions

spéciales, « les contentieux familiaux, plus compliqués que jadis, font

l’objet de lois de plus en plus vagues », relève Mme Meulders. Chaque juge

interprète alors la loi à sa façon, ce qui n’a rien de rassurant pour les

parties concernées.

Troisième paradoxe : parce que la Justice manque de moyens, mais aussi

pour économiser du temps et des frais de procédure et plus encore d’avocat,

on tend à traiter de plus en plus de conflits conjugaux et familiaux en

dehors de l’institution judiciaire. Des organismes de « médiation » se sont

multipliés aux Etats-Unis et se répandent en Europe. En Angleterre, un

organisme administratif s’occupe déjà d’encaisser et de payer les pensions

alimentaires; ses décisions sont sans recours.

Sera-ce demain dans les autres pays d’Europe comme en Angleterre, où

98% des divorces sont prononcés sans comparution devant le juge. Mais

qu’arrive-t-il le jour où l’on s’aperçoit qu’une convention a été mal faite

et qu’on n’y a pas inclus de clause de révision adéquate ? Les enfants

éloignés d’un des parents ne recevront-ils de lui dans dix ans qu’une pension dévaluée ? Ou bien le père des enfants, soudain sans emploi, devra-til leur payer une pension en hausse, quitte à mettre en péril la nouvelle

famille qu’il a fondée entre-temps ?

Deux volets

Le programme du colloque comporte deux volets. Deux journées seront consacrées à une bilan comparé et critique des contentieux familiaux en droit

et en fait, en Europe occidentale et dans des pays anglo-américains. Deux

autres journées aborderont la recherche des remèdes:la rationalisation des

compétences et la spécialisation des juges; l’organisation judiciaire et

l’accès à la justice; les rôles et la coordination des acteurs; la conciliation, la négociation et la médiation; l’enfant et la Justice.

Trois rapports sont prévus en finale pour dégager des enjeux et des

perspectives pour la justice familiale:sur le plan politique, du point de

vue des principes fondamentaux du droit judiciaire, et enfin sous l’angle

des droits de la personne. (apic/cip/be)

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