Rome: le cardinal Ratzinger commente le non du pape (070694)
Décision « irréformable »
Rome, 7juin(APIC) Le Vatican a publié mardi un complément de dix pages,
signé par le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la
doctrine de la foi, à la récente lettre apostolique de Jean-Paul II signifiant le refus « définitif » de l’Eglise catholique à l’ordination des femmes.
Le texte commence par situer le dernier document du pape dans le « contexte du Magistère ». Il en donne ensuite les motivations. Suit un développement, où les raisons fondamentales de cette décision sont exposées. Les
« présupposés méthodologiques et l’autorité du texte » constituent la partie
suivante. L’examen de deux aspects particulièrement touchés par la lettre
du pape: « la question de la discrimination de la femme » et « le dialogue oecuménique » concluent cette réflexion.
Pour le cardinal Ratzinger, le pape « ne proclame pas une nouvelle doctrine », mais confirme que toute l’Eglise – d’Orient et d’Occident – a toujours reconnu les douze apôtres comme « le modèle normatif de tout ministère
sacerdotal et s’est toujours soumise à ce modèle dès le départ ». Il met en
cause une lecture « purement historiciste » de l’Ecriture, indépendante de la
Tradition vivante, qui conduit à substituer « la transparence symbolique de
la corporéité de l’être humain » à « l’équivalence fonctionnelle des sexes ».
Le sacerdoce est un sacrement
Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne nie pas que
le texte du pape puisse avoir des conséquences pratiques dans le champ disciplinaire et de la ’praxis’ ecclésiale, mais il rappelle que le sacerdoce
selon la foi catholique est un sacrement. Ainsi le pape avait, selon le
cardinal allemand, la « finalité explicite » de « lever tous les doutes à ce
sujet ».
Le cardinal poursuit en affirmant que « le pape lui-même s’impose une limite: il a conscience de son devoir de mettre en exergue la décision fondamentale que l’Eglise n’a pas la faculté de choisir, mais qu’elle doit accueillir dans la fidélité ». A ce titre, la décision du Synode de l’Eglise
d’Angleterre d’autoriser l’ordination des femmes est ainsi commentée: « le
Synode cherche à exercer une fonction de magistère qui n’a pas de fondement
théologique et qui, en pratique, prétend être infaillible ».
« Dans le nouveau document, explique le cardinal Ratzinger, le pape ne
veut pas imposer sa propre opinion, et il souligne justement le fait que
l’Eglise ne peut faire ce qu’elle veut ». Sur ce point, remarque Mgr Ratzinger, « on ne donne pas hiérarchie contre démocratie, mais obéissance contre
autocratie ».
Déclaration « définitive et irréformable »
Le texte du cardinal Ratzinger s’interroge en outre sur la « dogmatisation » du document papal. « Le pape, écrit-il, ne propose aucune nouvelle
formule dogmatique, mais confirme une certitude, qui a été constamment vécue et affirmée dans l’Eglise. On devrait dire dans le langage technique:
il s’agit d’un acte de l’authentique magistère ordinaire du Souverain Pontife, donc non d’un acte de définition, ni d’une déclaration solennelle ’ex
cathedra’, même si l’objet de cet acte est la déclaration d’une doctrine
enseignée comme définitive et donc irréformable ».
Le texte du pape, ajoute le cardinal dans un long développement, ne
constitue pas une discrimination de la femme. Il faut, dit-il, « insister
sur l’égale dignité de l’homme et de la femme, surtout dans l’ordre de la
sainteté ».
Sur le plan du dialogue, enfin, le cardinal pense que le texte « n’est
pas un obstacle au cheminement oecuménique », mais qu’il est justement « une
auto-limitation de l’autorité ecclésiale ». Ce sujet doit conduire à « réfléchir ensemble sur le rapport entre Ecriture et Tradition, sur la structure
sacramentelle de l’Eglise elle-même et sur le caractère sacramentel du ministère sacerdotal ». (apic/jmg/ba)
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