Des divergences subsistent sur la question de l’avortement

Rome: Le président Clinton chez le pape (020694)

Rome, 2juin(APIC) La situation internationale et le contrôle de la population ont été au centre des discussions que le président américain Bill

Clinton a eues avec le pape Jean-Paul II, qu’il a rencontré pendant quarante minutes jeudi au Vatican. Le président américain ne l’a pas caché à

l’issue de l’entretien : des divergences subsistent sur la question de

l’avortement.

Comme l’indique un commentaire officiel du Vatican, «la plus grande partie de la rencontre a été consacrée au thème de la conférence internationale de l’ONU sur la population et sur le développement» fixée au mois de

septembre au Caire.

Le 17 mars dernier, recevant Madame Nafis Sadik, responsable de cette

conférence, le pape avait fait connaître l’opposition du Saint-Siège, qui

estime que la conférence du Caire veut promouvoir l’avortement pour réguler

la population mondiale. Le Saint-Siège dénonce le non-respect de la motion

votée par la précédente conférence sur la population (Mexico, 1984), qui se

refusait à utiliser l’avortement comme moyen de contrôle de la population.

Bill Clinton: des progrès, des divergences

Interrogé sur ce différend à la sortie de son entretien avec le pape, le

président américain a déclaré: «Nous avons fait des progrès, vous savez que

nous nous sommes déjà entretenus par téléphone avec le pape il y a quelques

semaines, mais nous avons des divergences. Lors de ma campagne électorale,

je me suis engagé à prendre des distances vis-à-vis de la politique de Mexico, dont je pense qu’elle a été une erreur.»

«Je crois, a poursuivi Bill Clinton, qu’il est important que l’effort de

la conférence du Caire porte sur un développement raisonnable et sur la solidité de la famille. Je pense que nous devons placer cette conférence dans

ce contexte. Il y a aura encore des divergences entre nous, particulièrement sur le thème de la contraception. Mais je pense qu’il doit être clair

que personne, et en tout cas pas les Etats-Unis – et nous avons sur ce

point un différend avec la Chine – ne soutient l’avortement comme moyen de

contrôle des naissances. Notre souci, en matière d’avortement et de contrôle de la population, ce sont les dizaines de milliers d’avortements clandestins qui mettent en péril la vie des femmes. Je pense que nous pouvons

faire mieux.»

Bref commentaire à ce sujet de la part du Vatican:

«Le Saint-Père a fait appel à la responsabilité d’une grande nation comme la nation américaine, qui, à l’origine et au cours de son histoire, a

toujours promu les valeurs éthiques qui sont à la base de toute civilisation.»

Quant à Joaquin Navarro Valls, le directeur de la salle de presse du Vatican, il a eu ce bref commentaire: «Il ne me revient pas de faire une évaluation du résultat de cette rencontre, qui est ce qu’elle est, vous en

connaissez les contenus. La seule chose que je puisse dire est que le président Clinton a été très attentif aux réflexions du Saint-Père. Il va de

soi par conséquent qu’on ne peut en préjuger les développements. Il est

clair que, lors de leur conversation téléphonique, s’il (Clinton) dit que

les positions se sont rapprochées, cela veut dire que le rapprochement doit

s’entendre dans un sens seulement.»

Des positions fermes

Le porte-parole de la Maison Blanche, Dee Dee Myers, a confirmé en ces

termes la position des Etats-Unis pour la conférence du Caire: «Je pense

que notre position est cohérente. Le document du Caire est long et compliqué, et ce n’est toujours qu’un projet. Je m’attends encore à des amendements d’ici la conférence du Caire.»

«Nous avons des points de vue différents sur l’avortement. Cette question s’inscrit dans un contexte plus vaste incluant des questions qui sont

également chères au pape, comme la dégradation de l’environnement et la

faim. 25 % des femmes qui meurent en couches pour avoir déjà subis des

avortements dans de mauvaises conditions. C’est cela qui préoccupe le président. Nous promouvons un avortement sûr, légal et rare, en laissant aux

gens la possibilité d’avoir accès à une information avant de prendre leur

décision», a encore expliqué le porte-parole. Et d’ajouter: «Comme le pape,

le président tient fermement sa position.»

Panorama international

La seconde partie de l’entretien entre le pape et le président américain

a porté sur les questions internationales. S’adressant à 140 séminaristes

et prêtres américains aux études à Rome, le président américain en a donné

ce compte rendu: «Avec le pape, nous avons eu une merveilleuse discussion

sur la Bosnie, la Pologne et l’Europe de l’Est, la Russie et les nouvelles

relations avec ce pays, l’Asie et la nécessité de protéger la liberté religieuse dans cette zone. Nous avons aussi évoqué le rôle des Etats islamiques pour l’avenir du monde, et pas seulement au Moyen-Orient».

Le président américain a aussi «remercié» le Saint-Siège «pour l’établissement des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël». Les deux Secrétaires d’Etat, le cardinal Angelo Sodano et Warren Christopher, se sont

rencontrés en parallèle sur la question de la conférence du Caire et, selon

un communiqué officiel du Vatican, sur «les principaux problèmes relatifs à

la paix internationale: Europe, Afrique et Caraïbes, avec un accent particulier sur le paix au Moyen- Orient et sur l’avenir de la Ville Sainte de

Jérusalem».

Hommage de Bill Clinton aux catholiques américains

Le président Bill Clinton était accompagné de son épouse Hillary et de

sa belle-mère, ainsi que d’une délégation de cinquante personnes. Le chef

de la Maison Blanche a offert au Saint-Père une carte géographique des

Etats-Unis de 1860. Le pape lui a offert une mosaïque représentant le Colisée. L’un a trouvé le présent «meraviglioso», l’autre «beautiful».

Après sa rencontre avec le pape et la rencontre avec les séminaristes et

les prêtres américains en formation à Rome, le président et son épouse se

sont rendus à la Chapelle Sixtine renovée – ils l’avaient déjà visitée en

cours de restauration, en 1987. «Incroyable», s’est exclamé Bill Clinton en

voyant les couleurs nouvelles. Selon les journalistes présents, le couple

présidentiel, qui a expliqué posséder chez lui un «poster» représentant la

«Création» de la voûte de la Chapelle Sixtine, semblait ému de cette visite

«dans le lieu où Jean-Paul II a été élu».

En s’adressant aux séminaristes, le président Clinton a rendu hommage

aux catholiques de son pays. «Ce que j’ai toujours beaucoup respecté chez

eux, c’est le sens de la constance et de l’engagement de l’Eglise dans la

vie publique, a-t-il expliqué. Peut-être mieux qu’aucune autre institution,

l’Eglise catholique joint la foi aux oeuvres, les paroles aux actes.» Il a

également rendu hommage aux séminaristes, soulignant que «dans nos sociétés

sécularisées, peu sont capables d’un tel engagement». (apic/cip/ba)

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