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apic/Schillebeeckx

Pays-Bas: Regard sur l’Eglise du théologien Edward Schillebeeckx (230894)

A la veille de ses 80 ans, il invite une Eglise « rongée par l’angoisse »

à « de nouvelles utopies, des visions alternatives, des rêves »

Nimègue, 23août(APIC) Dans un monde livré à la loi du marché, l’Eglise a

une chance à saisir, une parole à dire, mais elle a peur. Heureusement, il

y a la base: c’est ce que déclare à la veille de ses 80 ans (il les aura le

4 novembre prochain) le théologien dominicain hollando-flamand Edward

Schillebeeckx, dans une interview accordée à l’agence catholique allemande

KNA. Schillebeeckx, qui est « un théologien heureux » dans une « opposition

loyale » à l’Eglise, est confiant.

« Si l’Europe se concentre sur les seules questions économiques, elle n’a

pas d’avenir, déclare le P. Schillebeeckx. Or nous y succombons d’autant

plus volontiers que, depuis la fin du conflit Est-Ouest en Europe, nous vivons dans une société uniforme sans utopie alternative. C’est pourquoi les

Eglises doivent protester encore plus clairement qu’auparavant contre toutes les priorités économiques dominantes qui blessent la dignité humaine et

contre le ’droit du plus fort’ au nom duquel tout se traite de la façon la

plus libérale. »

Le dominicain flamand n’exclut pas que, comme le socialisme, le « libre

marché » s’écroule sous le poids de ses « tensions et contradictions internes ». Le moment est donc venu pour les Eglises de « développer de nouvelles

utopies ».

L’impuissance d’une Eglise angoissée

« Seule l’annonce du Royaume de Dieu peut offrir une alternative à ce

monde économique triste, banal et omnipotent », estime le théologien. Dans

ce monde « plat et aplatissant, dans lequel les hommes se détournent de la

politique parce qu’ils ne croient plus qu’on puisse rien y changer », il appelle à « une transcendance nouvelle et rénovatrice, fondée sur la dimension

mystique trop souvent oubliée du christianisme, mais aussi sur une théologie de la libération occidentale ».

Pour E. Shillebeeckx, « l’Eglise officielle » n’est malheureusement pas

capable de relever ce défi de façon satisfaisante, surtout l’Eglise catholique qui, « dans son attitude toujours tendue face à la modernité, est trop

angoissée et se laisse guider seulement par cette angoisse ». Une attitude

qu’illustrent tant d’évêques conservateurs nommés ces dernières années, qui

« respirent l’angoisse ». Si bien que, « même quand au plus profond de leur

coeur ils pensent autrement, ils n’osent pas prendre le risque de se démarquer de Rome ». La conséquence la plus préoccupante, ajoute le théologien,

est que « 80% des prêtres, des théologiens et des laïcs de la base se détournent de ces évêques, ou alors pensent dans une toute autre direction ».

La liberté des enfants de Dieu

Cette « impuissance » de l’Eglise officielle est illustrée aussi, aux yeux

du théologien dominicain, par « un discours trop sacral », qui « continue de

renvoyer à un autre monde, comme s’il y avait deux mondes », ainsi que par

le nouveau Catéchisme. Un catéchisme que Schillebeeckx « n’a pas lu et n’a

pas non plus l’intention de lire » . Il a bien « mis le nez » dans quelques

passages, « par curiosité », mais sans insister. Le discours y est du reste

« doctrinaire et académique », comme si le Catéchisme avait été écrit « pour

les seuls évêques.

S’il n’est pas partisan d’une « Eglise sans ministères », le théologien de

Nimègue pense que « l’Eglise se préoccupe beaucoup trop de son propre pouvoir et de ses problèmes internes », jusqu’à perdre de vue « la liberté des

enfants de Dieu ». Comme elle ne semble pas non plus se rendre compte des

chances qui sont les siennes dans ce « monde banalisé ». Cela concerne aussi,

dit-il, le magistère et les dogmes. Et de rappeler que le dogme est une

formulation « fossilisée » qu’il s’agit de reformuler pour la rendre intelligible. Car il faut, pour annoncer la Bonne Nouvelle, « parler une langue que

les gens comprennent » et offrir aux hommes « de nouvelles utopies, des visions alternatives, des rêves ».

Heureux et optimiste

Après 50 ans de sacerdoce et 60 ans de vie religieuse dominicaine, le P.

Schillebeeckx est « un théologien heureux », dans une « opposition loyale » à

l’Eglise. « Parce que j’aime l’Eglise, je suis toujours allé à Rome quand un

problème se présentait. Je vois les bons côtés de l’Eglise comme ses déficiences, et j’ai le courage de mettre le doigt sur la plaie, quitte à déplaire », explique-t-il.

Mais le théologien reste confiant. « Je continue à croire que l’Eglise

est d’essence divine. Si elle n’était qu’une communauté humaine, elle serait morte depuis longtemps. Mais elle vit dans l’âme des hommes, comme le

disait également Guardini. J’y crois, et je suis donc optimiste. Quand je

regarde ’en haut’, vers la hiérarchie, je suis moins optimiste. Mais quand

je regarde du côté de la base, j’ai pleinement confiance. Les gens n’ont

jamais été aussi nombreux à s’engager au service de l’Eglise. Les gens ont

d’ailleurs bien compris qu’on mettait bien trop l’accent sur les ministères, les évêques, le cléricalisme. Les ministères et la hiérarchie ont beau

être importants, lorsqu’il s’agit de renouveau, la hiérarchie n’est jamais

aux avant-postes. Celui-ci viendra toujours de la base ».

Une oeuvre abondante

Docteur en théologie de la Faculté dominicaine du Saulchoir (Paris), Edward Schillebeeckx, né à Anvers, a enseigné la théologie dogmatique à

l’Université de Nimègue (Pays-Bas) de 1958 à 1982. Conseiller théologique

des évêques néerlandais au Concile Vatican II, il est l’auteur d’une oeuvre

abondante qui a exercé une influence décisive sur l’évolution de l’Eglise

aux Pays-Bas. Spécialiste de l’histoire des sacrements, des ministères et

de l’ecclésiologie, il est connu surtout pour sa grande christologie, dont

il a réalisé en 1989 une synthèse parue en français sous le titre « L’histoire des hommes, récit de Dieu » (1992). Il est docteur honoris causa de

l’Université catholique de Leuven et de plusieurs universités nord-américaines, Commandeur de l’Ordre d’Orange-Nassau et lauréat du Prix Erasme

1982. (apic/cip/pr)

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