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Berne: Campagne des oeuvres suisses d’entraide sur la (150894)
«population mondiale» à la veille de la Conférence du Caire
Combattre la pauvreté, non les pauvres
Berne, 15août(APIC) Une revalorisation du statut social de la femme, des
relations commerciales plus équitables, un plus grand respect de l’environnement et un frein au gaspillage des ressources, davantage que la distribution pure et simple de moyens contraceptifs, voilà quelques unes des réponses au défi de la croissance démographique mondiale présentées lundi à Berne par les oeuvres suisses d’entraide. Ces dernières se demandent, à la
veille de la Conférence du Caire, si les pays riches ne cherchent
finalement pas à limiter le nombre d’enfants dans les pays du Sud pour que
l’on puisse consommer plus au Nord…
La Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide – Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Caritas et Helvetas – lance dans
toute la Suisse, du 15 août au 13 septembre, une campagne d’information à
grande échelle pour sensibiliser la population aux enjeux de la Conférence
mondiale sur la population et le développement qui se tiendra au Caire du 5
au 13 septembre. Quelque 1’000 affiches seront placardées de façon ciblée à
travers la Suisse et de nombreuses informations seront diffusées sur la
complexité des questions démographiques.
Pour une majorité des Suisses, selon un sondage Isopublic réalisé au début de l’année, la croissance démographique mondiale constitue une menace,
et l’on fantasme volontiers sur cette «bombe à retardement» et sur l’invasion migratoire en provenance du Sud. La Communauté de travail – dont les
membres ne partagent pourtant pas tous la position du Saint-Siège en matière de planning familial, contraception et avortement – veut montrer l’insuffisance d’une politique démographique menée uniquement au Sud. «Car un
changement des habitudes de consommation à l’échelle du globe se révèle
tout aussi crucial que de faire fléchir la courbe démographique au Sud».
La «surpopulation», un mythe?
Présentant le cas de son pays, l’Ile Maurice – avec 567 habitants au
km2, elle a une densité de population parmi les plus élevées du monde – le
journaliste Ram Etwareea a montré la complexité des interactions entre
croissance démographique et croissance économique. S’il y avait 25 % de
chômeurs à l’Ile Maurice au début des années 80, le pays manque aujourd’hui
de main-d’oeuvre et importe des travailleurs notamment du Sri Lanka et de
Chine. Grâce au «miracle économique» dû notamment aux investissements
étrangers et à la politique du gouvernement. Et de signaler qu’un Etat de
l’Inde, le Kérala, qui a pourtant atteint «l’idéal démographique» de deux
enfants par femme, connaît toujours la pauvreté, et que l’Europe, malgré
son taux de natalité très bas, compte des millions de chômeurs.
Présentes sur le terrain dans les différents continents, les oeuvres
suisses d’entraide ont accumulé des expériences diverses en matière de
planning familial. Helvetas, présente dans le royaume himalayen du Bhoutan
depuis deux décennies, a pu constater qu’en améliorant l’état de santé de
la population, notamment en développant des programmes de santé pour les
futures mères, moins d’enfants meurent aujourd’hui. De nombreuses mères ont
ainsi compris qu’il n’est plus nécessaire de mettre au monde une nombreuse
progéniture. Hans Joerg Zumsteg, d’Helvetas, a relevé qu’au Bouthan le
planning familial basé sur les méthodes naturelles s’est avéré difficilement compatible avec les habitudes sexuelles de la population. Ces méthodes
basées sur l’observation du cycle de la femme sont pourtant utilisées avec
succès dans d’autres pays asiatiques.
Alois Odermatt, responsable à Caritas Suisse du secteur Coopération au
développement, a relevé que dans les années 70, les campagnes pour la planification des naissances comportaient des programmes de «planning familial
naturel» (PFN) basée sur l’ovulation (méthode Billings) ainsi que la méthode des températures. Elles n’ont pas eu de succès, car les exigences requises (notamment savoir lire, écrire et compter) excluaient les personnes les
plus défavorisées.
Par contre la méthode MMM, basée sur l’observation de la qualité de la
muqueuse utérine, développée en Inde par le docteur Kathleen Dorairaj, a
montré un taux de fiabilité supérieur à 90%. Ce programme a bénéficié en
Inde du soutien de l’oeuvre catholique allemande «Misereor». Au Népal, la
Coopération suisse au développement (DDA) a encadré et financé un projet
pilote du médecin suisse Peter Schubarth, aujourd’hui médecin à l’hôpital
régional de Delémont.
En Afrique, Caritas Suisse a soutenu un projet pilote de ce type: au total 14’400 femmes y ont participé. 91% des femmes ont continué d’appliquer
la méthode après un an et sa sûreté s’est élevée à plus de 90%. Lors de
l’évaluation de ces projets, il s’est avéré que les méthodes de PFN permettent aux femmes de mieux connaître leur corps, leur donnent plus d’assurance face à leur partenaire et respectent mieux leur dignité. En effet, certains groupes de femmes considèrent que les moyens contraceptifs chimiques
et mécaniques qu’on veut souvent leur imposer relèvent du monde des hommes,
et que l’on cherche par leur diffusion à mieux les asservir sexuellement.
(apic/be)
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