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Yverdon: commerce équitable: utopie ou réalité ? (260994)
«Magasins du Monde» en fête parie sur un avenir plus juste
Yverdon, 25septembre(APIC) L’Association romande des Magasins du Monde a
clos dimanche à Yverdon la fête de son vingtième anniversaire et du commerce solidaire par une table ronde intitulée: «Le commerce équitable, utopie
ou réalité?». Après les timides débuts de 1974, l’objectif prioritaire du
mouvement romand est actuellement de trouver de nouveaux débouchés aux producteurs du Sud. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à chercher des
fillières pour écouler leurs produits à des prix plus justes que ceux du
commerce mondial.
Yvette Jaggi, syndique de Lausanne, a reconnu que le monde politique
suisse ne faisait pas grand chose actuellement pour prendre des initiatives
favorisant le commerce équitable. Elle a rappellé que les politiciens réagissent aux groupes de pression et que les Magasins du Monde ne doivent pas
hésiter à manifester leur existence, ne serait-ce parfois que par des gestes symboliques, comme à la cafétaria du parlement par exemple. Il faut
s’appuyer sur la sensibilité écologique qui s’accroit dans le pays et aussi
sur la Fédération des consommatrices pour que «l’aspiration à acheter juste» deviennent progressivement une incitation suffisante à choisir les
produits qu’offrent Magasins du monde ou la Fondation Havelaar dans les
grands magasins.
Donnant ensuite la parole à l’ambassadeur Max Imboden, délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, Jean-Jacques Fontaine, journaliste à
la TV Suisse Romande et animateur de la table ronde, l’a interpellé en souriant: «Alors, dans cette assemblée, vous êtes «le grand méchant»? «Ne mettez pas sur le dos du GATT, tous les péchés du monde», a répondu l’ambassadeur. Les pays en voie du développement ont joué le jeu et ont pu faire entendre leur voix. Reconnaisant aussi que le jeu politique des pays riches,
vu leur poids économique, est prépondérant et dominateur, il estime, sans
nécessairement convaincre la centaine de tiers-mondistes présents, que le
travail du GATT n’est ni immoral, ni moral, mais «amoral». Il encourage
pourtant les mouvements tels que «Magasins du monde» à agir à l’extérieur
du GATT, et en rappelant que la Confédération soutient financièrement la
Fondation Max Havelaar
Pour Max Leuzinger, de la Fondation Max Havelaar et économiste, son organisation donne précisément l’exemple que le commerce équitable commence à
exister. Les produits «Havelaar», principalement le café et le miel, dans
huit pays européens, permettent parmi les producteurs du Sud des progrès
sociaux et sont une source réelle de développement. Les commissions européennes commennent à s’intéresser à leur pourcentage de vente.
«Une pratique éloignée des belles phrases théoriques»
Quant à Marc Bloch, directeur de «la Semeuse», entreprise de torréfaction de café, qui «prépare» tout le café que vend Magasins du Monde, soit
le 20% de sa production, il se dit enchanté de travailler avec des gens qui
se battent pour un idéal. Avoir rencontré par exemple plusieurs fois le Père Jean-Marie Vincent, récemment assassiné en Haïti, engagé lui aussi pour
un commerce plus juste, est pour lui la preuve que l’engagement pour la justice n’est pas seulement dire de belles phrases, mais une réalité qui
croît et qui s’incarne concrètement.
Bernadette Oriet, responsable de l’information de l’Association romande
des Magasins du Monde, explique aussi comment Magasins du Monde se lance
aussi dans la professionnalisation. Non pas que tous les bénévoles – l’immense majorité de celles et ceux qui font marcher le mouvement – vont devenir inutiles. «Il faut partout chercher, au nom des producteurs du Sud, à
améliorer l’attrait de nos produits auprès des clients. Cet élan vers la
professionnalisation veut démontrer notre volonté politique d’améliorer
notre crédit auprès du public, le bénévolat restant toujours une force complémentaire indispensable».
Les «Magasins du Monde», par ce débat, ont démontré que leur existence
n’est plus simplement l’épanchement de coeurs généreux tournés vers le
tiers monde, mais aussi un combat concret pour la justice. Fête du commerce
équitable, mais aussi une fête de la vie et de la communication. Cette fin
de semaine, des milliers de personnes s’étaient données rendez-vous à Yverdon pour célébrer ce nouveau départ. Le chapiteau sur la place, centre coloré et chatoyant des multiples produits du Sud, a symbolisé avec art et
éloquence ce nouveau départ. (apic/ba)
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