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Lyon: Décès du cardinal Albert Decourtray (160994)

Un archevêque aux positions franches et courageuses

Lyon, 16septembre(APIC) Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon

et membre de l’Académie Française, est décédé vendredi en fin d’après-midi

à Lyon des suites d’une hémorragie cérébrale dont il a été victime lundi.

Plongé dans un coma profond, la vie du cardinal «n’a pas été maintenue artificiellement», précisait jeudi l’archevêché de Lyon.

Mgr Decourtray a joué ces dernières années un rôle important dans les

relations avec les juifs notamment dans le cadre de l’affaire du carmel

d’Auschwitz. Son engagement avait également été remarqué lorsqu’il avait

ordonné une enquête sur le milicien de Vichy, Paul Touvier, qui durant des

décennies avait bénéficié d’appuis et de protections dans de nombreux milieux ecclésiatiques français.

Albert Decourtray est né à Wattignies, dans le Nord de la France, le 9

avril 1923. Ordonné prêtre à Lille le 29 juin 1947, il poursuit ensuite ses

études à Rome. Il en sort docteur en théologie et licencié ès-sciences bibliques. L’année suivante, il est nommé directeur au Grand séminaire de

Lille. En 1958, il est chargé des jeunes prêtres puis de la formation permanente du clergé. A partir de 1965, Mgr Decourtray s’occupe, au plan national, de la coordination des responsables de la formation des jeunes prêtres. 7 ans plus tard, le 1er juin 1971, il est nommé évêque auxiliaire de

Dijon avant d’accéder trois ans plus tard au siège épiscopal de cette même

ville. Mgr Decourtray fut ensuite nommé archevêque de Lyon, Primat des Gaules, le 5 novembre 1981, succédant au cardinal Alexandre Renard. Au cours

du Consistoire du 25 mai 1985, le pape Jean Paul II le nomme cardinal. Membre du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et membre du Conseil

pontifical pour le dialogue entre religions, il est nommé, en 1986, membre

du Conseil des cardinaux pour l’étude des problèmes économiques et d’organisation du Saint-Siège. De 1987 à 1990, il sera président de la Conférence

épiscopale de France. Le cardinal Decourtray a également obtenu le Prix des

Droits de l’Homme en 1987. Il est élu à l’Académie Française le 1er juillet

1993, au siège du professeur Jean Hamburger.

Plusieurs fois à «L’Heure de vérité»

Son tempérament affable et son goût de la simplicité, dont témoignent

ses passages répétés à «L’Heure de vérité», sur la télévision française,

ont largement contribué à sa popularité. Se considérant lui même comme

«conservateur de l’avenir», le cardinal a régulièrement été à la une des

médias pour ses prises de positions franches et ne craignant pas la contradiction.

Dans le cadre de l’affaire Touvier, il avait mis sur pied une commission

d’historiens chargée d’examiner les liens entre l’Eglise et le milicien de

Vichy, Paul Touvier, inculpé de crimes contre l’humanité. Le cardinal avait

d’ailleurs ouvert les archives du diocèse de Lyon.

Son intérêt pour les relations entre juifs et catholiques s’était notamment manifesté lors de l’affaire du carmel d’Auschwitz. Il fut négociateur

et co-signataire de la déclaration signée à Genève en 1987 pour le transfert du carmel hors de l’enceinte de l’ancien camp de concentration

d’Auschwitz-Birkenau. Un engagement qui lui avait valu le prix des droits

de l’homme de l’organisation juive Bnai Brith en 1991.

Ami du Liban, il s’était engagé contre la guerre en demandant aux

Français de répondre à l’appel du pape Jean Paul II et en se rendant en

pleine guerre dans ce pays martyr.

Sa prise de position en faveur de la guerre du Golfe, en 1991, n’avait

pas manqué de susciter de vives réactions parmi les catholiques français.

Il avait notamment déclaré: «S’il faut absolument choisir entre la guerre

et le déshonneur, entre la guerre et l’injustice, mieux vaut encore la

guerre, même si c’est le drame le plus épouvantable qu’on puisse imaginer».

En 1992, il mettait le peuple français en garde contre une «sorte de

nouvel hitler», le Front National de Jean-Marie Le Pen.

Au plan ecclésial, Mgr Decourtray avait dû faire face notamment au

schisme de Mgr Marcel Lefebvre. Il avait trouvé un arrangement et une église pour la communauté intégriste, la Fraternité Saint Pierre. Une attitude

qui lui avait valu de nombreuses critiques.

Outre nombreux articles, le cardinal Decourtray a écrit plusieurs livres: «Un prophète de Dieu pour notre temps: Elisabeth de la Trinité»

(1979); «22 entretiens avec André Sève» (1986); «Une voix dans la rumeur du

monde» (1988); «Un évêque et Dieu» (1989); «Comment vivre le sacrement de

Pénitence» (1992).

Hommage de Mgr Joseph Duval

Dès l’annonce de la mort du cardinal Decourtray, Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et président de la Conférence des évêques de France, a

tenu à rendre hommage à l’archevêque de Lyon décédé: «Entré dans l’intimité

du Christ ressuscité, Albert Decourtray ne connait maintenant et pour

l’éternité que la brûlure joyeuse de la présence. L’intimité avec le

Christ, le cardinal en a fait l’expérience. C’était pour lui une source de

cette sérénité qu’il réussissait à conserver dans les situations les plus

tendues. C’est vrai qu’il savait aussi, par une pirouette adroite, échapper

au conflit ou à confier à un autre le soin de dénouer les situations trop

tendues. Il savait même que ce souci de demeurer calme envers et contre

tout agaçait certains». (apic/mp/ba)

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