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Belgique: des spécialistes font le point sur (130994)

l’histoire de la christianisation des campagnes

Appréciations nuancées

Liège, 13septembre(APIC) Des spécialistes de différents pays, réunis en

colloque à Liège, en Belgique, ont récemment fait le point sur la christianisation des campagnes. Même si le christianisme ne paraît pas aussi établi

que hier, les historiens hésitent pourtant à parler de « déchristianisation ». Durant trois jours, ils ont notamment confronté leurs approches sur

l’histoire de cette christianisation en Europe et en Amérique du Nord.

Organisé par la sous-commission belge de la Commission internationale

d’histoire ecclésiastique comparée, ce colloque a permis de faire le point

sur les travaux récents, qui remettent en question pas mal d’idées reçues

sur le degré et les formes de pénétration du christianisme dans les campagnes. Autant la persistance des traditions chrétiennes dans un monde sécularisé apparaît comme un fait incontestable, autant elle appelle des appréciations nuancées, au regard de l’accueil réservé au christianisme par les

groupes de population rurale au fil de l’histoire.

Si le christianisme ne paraît pas aussi prégnant qu’hier, les historiens

hésitent, à la suite de Jean Delumeau, à parler d’une « déchristianisation ».

Selon Chantal Vogler (Lyon), au vu de la situation au IVe siècle, la christianisation s’est avant tout développée dans les villes et les églises antiques ont d’abord été urbaines. Mais les premiers monastères se sont souvent implantés en dehors des villes. Divers lieux de pèlerinage ont aussi

attiré les fidèles en région rurale, tout comme les lieux de culte établis

sur leurs terres par des propriétaires qui résidaient sur place.

Qu’en est-il cinq siècles plus tard, à l’époque carolingienne? Pour Lyon

et la Septimanie, Albert Castes (Pamiers) constate un souci majeur de

(re)christianisation des campagnes et de lutte contre les superstitions. Le

« maillage serré » des monastères y contribue. Mais on remarque aussi un rôle

accru de l’épiscopat et un recours abondant aux vies des saints pour toucher les populations.

Vie des saints: comme un outil

Des vies de saints sont devenues un outil favori des moines missionnaires. En outre, montre Martine de Rau (Gand), la percée missionnaire doit

beaucoup à la répartition des tâches. A partir de postes missionnaires, des

pionniers prospectent de nouvelles âmes à convertir et recherchent les

moyens de le faire. Des auxiliaires s’installent ensuite sur place pour approfondir l’évangélisation. Des catéchistes, issus du peuple, sont formés

par eux, sous le contrôle des missionnaires, pour instruire les catéchumènes. Plusieurs historiens mettent aussi en évidence le rôle des prêtres

dans cette christianisation des campagnes. Non sans observer que la « conception médiévale de l’office comme droit profitable au détenteur soumet

d’avance les curés au bon vouloir sinon aux caprices de leurs « patrons

laïcs ». Quatre fois sur dix, ils ne peuvent résider parmi les fidèles dont

ils ont la charge et les cures rurales sont davantage délaissées.

Reste que, selon les courants d’influence ou selon les autorités dont

ils relèvent, la spiritualité des responsables des communautés locales peut

se développer en vase clos. Nicole Lemaître (Paris) a parcouru les archives

épiscopales de Rodez du XIVe au XVIIIe siècle. Il apparaît que « le souci de

cohésion cléricale l’emporte souvent sur le souci pastoral ».

Des études sur des régions gagnées par l’anglicanisme ou le calvinisme

montrent, chez les prédicateurs anglais ou hollandais, des difficultés analogues de rejoindre les préoccupations des ruraux. Il leur arrive volontiers de quitter les centres urbains pour les campagnes, mais c’est parfois

pour y pourfendre des vices plutôt urbains.

Après la vogue des vies de saints, Philippe Martin (Nancy), qui s’est

penché sur le catholicisme lorrain, signale le succès des processions, qui

vont connaître leur apogée au XVIIIe siècle. Malgré l’encadrement que ces

processions exigent, la piété des fidèles y est difficile à contrôler. Débordements festifs, bagarres, superstitions font partie des travers mis en

cause dès le XVIIIe siècle. Au milieu du XXe, les processions sont en net

déclin. (apic/cip/pr)

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