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Louvain-la-Neuve: Chercheurs et missionnaires se (130994)

penchent sur les cadres locaux dans les jeunes Eglises

Les évangélisateurs, du rêve à la réalité

Louvain-la-Neuve, 13septembre(APIC) Une soixantaine d’historiens, de

théologiens et de missionnaires d’Afrique, d’Asie, des deux Amériques et

d’Europe se sont retrouvés à Louvain-la-Neuve (UCL) pour un colloque sur

«Les cadres locaux et les ministères consacrés dans les jeunes Eglises aux

XIXe et XXe siècles», dans le droit fil de la «tradition intercontinentale»

de l’UCL. Il s’agit du 15e colloque du Centre de Recherche et d’Echange sur

la Diffusion et l’Inculturation du Christianisme (CREDIC), dont le secrétariat est à Lyon.

Maurice Cheza, responsable du Centre Vincent Lebbe de l’UCL, qui a pris

en charge ce colloque qui s’est déroulé fin août, a suggéré que l’on s’interroge sur la correspondance entre les rêves des missionnaires et les réalités sur le terrain : «Les évangélisateurs, qui espéraient l’éclosion de

nouveaux poussins, n’ont-ils pas parfois couvé des oeufs de canard ?»

Logiques diverses en Afrique

Au cours du colloque, René Luneau (Paris) a questionné la formation actuelle du clergé africain. A ses yeux de sociologue, «il n’est pas sûr

qu’au matin de l’ordination, la communauté des chrétiens soit très au clair

sur la position réelle de ce qui est célébré. S’agit-il d’un rituel de

chefferie, d’une sortie de l’enclos initiatique du Séminaire ? Il n’est pas

toujours facile de comprendre, dans les réactions de l’assemblée, ce qu’elle perçoit de l’ordination presbytérale.»

Claude Prudhomme, président du CREDIC et professeur à l’Université de

Lyon, a noté la difficulté de détecter de quelle(s) logique(s) relève la

décision des autochtones de devenir cadres d’une Eglise étrangère. Logique

de la motivation de foi, logique institutionnelle, logique du marché de

l’emploi, logique du pouvoir dans la société? Et dans quelle proportion ?»

Une Asie fort surprenante

L’Asie a fait l’objet de plusieurs communications. Avant d’évoquer la

pénétration du catholicisme au Vietnam, Tran Van Toan, professeur de philosophie à Lille, a souligné la différence entre l’évangélisation de l’Afrique et celle de l’Asie. En Afrique, le christianisme s’est répandu «dans la

paix, mais dans l’inégalité». En Asie, les missionnaires se sont trouvés en

présence d’Etats indépendants et de grands systèmes de pensée; ce qui a

provoqué «tantôt des dialogues raisonnés, tantôt des persécutions». L’histoire de l’Eglise catholique en Chine a retenu l’attention de plusieurs intervenants.

Carine Dujardin a relevé la contribution des Franciscains belges à la

promotion du clergé indigène entre 1872 et 1940. Puis Elisabeth Dufourcq a

rappelé que les premiers évêques chinois avaient été ordonnés à Rome en

1926, alors que leur pays connaissait un climat de guerre civile. Avant de

regagner la Chine, où il avait déjà consacré plus de vingt ans de son ministère entre 1901 et 1924, le Père Vincent Lebbe, missionnaire belge, ne

poursuivit-il pas depuis l’Europe son combat pour un clergé autochtone ?

Aujourd’hui, à propos de la formation des prêtres, des religieux et des

laïcs en République populaire de Chine, J.P. Wiest devait noter que l’Eglise de Chine est en pleine croissance: «Les Eglises protestantes sont plus

vivantes que l’Eglise catholique et la réflexion théologique y est aussi

plus poussée.»

Confiance aux autochtones?

R. Jongeling (Pays-Bas) s’est penchée sur la formation des pasteurs protestants indigènes en Indonésie, où le Conseil des Eglises protestantes

compte aujourd’hui 66 Eglises membres. Le cas des Philippines a été présenté par David Gardinier (Etats-Unis), qui a comparé la formation du clergé

catholique et des cadres protestants entre 1898 et 1941. Pour la Polynésie

française et les Iles Cook dans le Pacifique, C. Rademaker s’est demandé

pourquoi, malgré un début prometteur, les missionnaires catholiques ne sont

parvenus à former que quelques prêtres locaux. Il a suggéré trois raisons:

les catholiques étaient très minoritaires en comparaison des protestants;

la fonction sacerdotale exerçait peu d’attrait sur les chrétiens locaux;

les missionnaires n’ont pas su faire confiance aux vocations polynésiennes.

Au Sri Lanka, l’Eglise continue d’offrir un aspect très contrasté, a relevé Michel Dumortier. Le recrutement du clergé reste classique et sa formation traditionnelle; mais certains prêtres s’engagent ensuite dans le

partage de la vie des gens et dans des mouvements de solidarité avec les

pauvres. En revanche, il existe aussi dans le peuple chrétien des tentations de repli sur une interprétation crispée de la foi chrétienne : certains ont tendance à négliger les relations «horizontales» pour se concentrer trop exclusivement sur le rapport «vertical» à Dieu, et justifient

leur choix par un recours à des textes bibliques pris au pied de la lettre.

En Inde, Catherine Clementin-Ojha constate à ce propos que deux conceptions tendent à s’opposer. Les uns conçoivent la foi chrétienne comme porteuse d’un «accomplissement» des réalités indiennes : à elle de trouver

«l’adaptation» nécessaire pour faire percevoir cet «accomplissement». D’autres considèrent que ce n’est pas le christianisme, mais le pays qui constitue la «réalité englobante». Dans cette optique, où la religion n’est

qu’une dimension parmi d’autres, le catholicisme ne peut avoir d’autre prétention que celle d’être une composante parmi d’autres de la nation.

Option pour les pauvres

Seul intervenant pour l’Eglise d’Amérique latine, Gabriel Ignacio Rodriguez, Jésuite colombien et doctorand en théologie à l’UCL, s’est attaché à

l’évolution de l’épiscopat latino-américain au milieu des peuples pauvres

dans une période récente (1966-1979). L’option en faveur d’un changement

institutionnel dans l’Eglise et dans la société, a-t-il montré, a conduit

une partie des évêques à un exercice renouvelé de leur ministère. Cet évolution a été favorisée par le Concile Vatican II (1962-1965), mais doit

aussi beaucoup à trois types d’influence : la théologie et la spiritualité

promues en Belgique et en France; le travail des mouvements d’action catholique, auprès des jeunes travailleurs mais aussi dans les universités; la

pastorale populaire. Dans son intervention, Claude Prudhomme (Lyon) s’est

interrogé sur l’influence de la «centralisation romaine» sur la formation

du clergé indigène.

Au carrefour des cultures

En guise de conclusion, trois intervenants ont présenté ce qui leur paraissait se dégager de l’ensemble des travaux. Geneviève Chevalley, femme

pasteur protestante, a relevé combien la domination d’une culture sur une

autre et les inégalités socio-économiques rendent difficile une authentique

rencontre des cultures. Elle a également soulevé les problèmes que posent

le retour au pays des (futurs) cadres d’Eglises non occidentales, après une

formation acquise en Europe. Edouard Brion a centré ses remarques sur deux

questions : celle du modèle du prêtre et celle de l’inculturation, entendue

comme «insertion dans un peuple qui vit une histoire en cours».

Augustin Sagne, prêtre camerounais, s’est demandé si ce dont on parlait

était une «affaire européenne». Il aurait souhaité qu’un plus grand nombre

de destinataires de la mission aient pu participer au colloque. Il a, en

outre, regretté que trop de prêtres aient été formés en Afrique selon «un

modèle tout fait», sans que l’on se demande suffisamment : «à quelle société ce modèle de prêtre est-il appelé à répondre ?» (apic/cip/eb/be)

Secrétariat du CREDIC, Place Bellecour, 31 – F 69002 Lyon; Centre Vincent

Lebbe, Faculté de Théologie, Grand-Place, 45 – 1348 Louvain-la-Neuve (tél.

010/47.36.04)

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