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Rwanda: Caritas et Memisa exigent des conditions (040994)

de sécurité pour le retour des réfugiés

Bruxelles, 4septembre(APIC) Johan Ketelers, porte-parole du Secours international de Caritas catholica et Marti Waals, directeur de Coopération

médicale missionnaire (MEMISA), dans une interview accordée à l’agence catholique belge CIP, demandent des conditions de sécurité pour le retour des

réfugiés rwandais dans leur pays. Les «jugements et exécutions sommaires»

qui se pratiquent actuellement au Rwanda, la méfiance vis-à-vis du nouveau

gouvernement, la peur d’une armée qui n’intègre pas les militaires de l’ancien régime sont des raisons suffisantes pour décourager les réfugiés rwandais de rentrer chez eux», estiment-ils.

«Il faut d’abord leur garantir des conditions de sécurité. En attendant,

il serait inconcevable de continuer à aider ces réfugiés sans fournir une

aide équivalente aux populations qui les accueillent et dont le sort est

aussi lamentable, affirment encore les deux responsables de ces deux euvres

d’entraide»

Johan Ketelers rentre d’une visite à Goma et Bukavu au Zaïre, dont les

camps de réfugiés rassemblent respectivement 1,1 million et 400.000 Rwandais, c’est-à-dire la moitié de la population qui a fui les massacres de

ces derniers mois. Deux semaines plus tôt, Marti Waals s’était aussi rendu

au Zaïre, où il a spécialement visité les projets de MEMISA à Kinshasa ainsi qu’à Kananga, au sud du pays. L’un et l’autre ont pu se rendre compte de

la gravité de la situation. Mais surtout, ce qui les préoccupe aujourd’hui,

c’est la perspective d’un prochain «retour forcé» des réfugiés rwandais,

alors que «les conditions de sécurité ne sont pas garanties».

Bottines suspectes

«Les réfugiés qui sont déjà rentrés au Rwanda ont effectivement des raisons de craindre pour leur vie», indique Johan Ketelers, qui a recueilli au

Zaïre des témoignages de première main auprès de responsables d’organisations humanitaires ou de religieux tout récemment revenus du Rwanda. Un

exemple: Dans la nuit du 23 au 24 août, une dizaine de réfugiés qui rentraient au Rwanda ont été tués par des soldats du Front Patriotique Rwandais (FPR). Parmi eux, un jeune de 20 ans. Une religieuse m’a assuré qu’il

avait été abattu au simple vu de ses chaussures : des bottines de l’ancienne armée gouvernementale. Avait-il réellement fait partie d’une milice hutue ?»

Sur la base de plusieurs exemples semblables, Johan Ketelers souligne :

«Il faut malheureusement parler de certains massacres commis par des membres du FPR au Rwanda. Liquider, sans autre forme de procès, un groupe de

personnes qui rentrent dans un quartier ou dans un village, cela porte un

nom: un massacre tout simplement».

Pillages en cours

En plus des massacres, il y a des pillages. «Certains sont commis par

des réfugiés eux-mêmes, précise J. Ketelers. Mais différents témoins m’ont

assuré que le FPR aussi se livrait à des pillages de maisons de personnes

qui ont fui au Zaïre. C’est dire si, dans les circonstances actuelles, il

est absurde de presser les réfugiés hutus à rentrer. Comment faire rentrer

des réfugiés en masse à Kigali, où des Tutsis revenus de l’étranger se sont

déjà partagés les maisons qu’ils avaient abandonnées?. Ces réfugiés serontils en sécurité, quand ils rentreront ?».

«A court terme, ajoute le responsable du service de presse de Caritas,

la capitale rwandaise risque de devenir une ville où l’on ne parlera plus

que l’anglais. Les massacres de ces derniers mois ont vidé le Rwanda de

l’élite hutue et des petits paysans tutsis.»

Les mots ne suffisent pas

Aussi le porte-parole reprend-il à son compte l’appel lancé récemment

par l’évêque de Bukavu, Mgr Christophe Munzihirwa. Pour le retour des réfugiés, ce dernier demande les conditions préalables suivantes: l’instauration d’un «dialogue» entre les parties en conflit, la fin des «arrestations, des jugements et exécutions» de la part des militaires du nouveau

régime. Sans oublier une «politique visant l’intégration de l’ancienne armée».

«Les mots ne suffiront pas pour apaiser ces tensions et pour rassurer

les centaines de milliers de réfugiés qui campent au Zaïre ou en Tanzanie.

Il faudra des initiatives concrètes et des projets pour aménager des conditions de sécurité», affirment Johan Ketelers et Marti Waals. Ils n’imaginent pas le proche avenir du Rwanda sans une présence renouvelée des organisations non gouvernementales sur le terrain et sans la présence des

congrégations religieuses.

Les conditions de la confiance

Et d’expliquer: «Il n’y aura pas de nouvelles formes de sécurité au

Rwanda sans un travail de base pour aider la population à reconstruire. Cela supposera, bien entendu, un financement international. Mais pour nous,

il n’est pas question de donner des chèques en blanc au nouveau régime, pas

plus que nous ne l’avons fait pour l’ancien. Nous ne sommes pas les défenseurs d’un système. Nous savons que le nouveau régime a besoin des crédits

occidentaux ainsi que de la force de travail de tous. Mais nous ne sommes

pas prêts à cautionner un semblant de démocratie. Nous nous préoccupons des

moyens d’aider la population, non seulement à subvenir à ses besoins immédiats, mais à mettre en place, à plus long terme, des structures prometteuses pour un nouveau développement.»

«Trop de gens chez nous, remarque encore Johan Ketelers, estiment qu’au

Rwanda, le plus grave appartient au passé récent. On s’imagine que le FPR a

désormais les choses bien en mains, que le calme est revenu et qu’il n’y a

plus de raisons de ne pas reconnaître le nouveau régime. On a tendance à

oublier ou à sous-estimer le fait que la bonne moitié de la population

rwandaise est toujours en dehors du pays et que les tensions s’aggravent

dans les camps de réfugiés. Si jamais les instances internationales devaient donner leur aval à l’idée d’un retour forcé des réfugiés, on risque de

créer une tragédie supplémentaire. Tant que la situation n’est pas plus sûre ni contrôlée au Rwanda, nous ne pouvons qu’exiger fermement le respect

des droits de l’homme de la part du nouveau gouvernement, de la nouvelle

armée et des nouvelles institutions du pays. Il y a des conditions objectives à satisfaire si le FPR veut gagner notre confiance et surtout celle de

la majorité hutue».(apic/cip/ba)

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