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apic/Vietnam/ Interview mgr Van Thuan

Vietnam: Mgr Van Thuan, après 13 ans de prison et 3 ans d’exil,

continue de miser sur l’avenir de l’Eglise à Ho Chi Minh-Ville (191094)

Hasselt, 19octobre(APIC) «Aujourd’hui, la situation de l’Eglise catholique à Ho Chi Minh-Ville reste fort confuse», observe Mgr François-Xavier

Van Thuan. De passage en Belgique, l’ancien archevêque coadjuteur de Saïgon, ne manque pas d’humour pour la décrire: «L’archevêque, Mgr Van Binh,

est très âgé, malade et n’entend plus rien. Son évêque auxiliaire, Mgr Pham

Van Nam, ne se souvient plus de rien. Le nouvel administrateur apostolique

de Ho Chi Minh-Ville est mal vu du régime et n’a plus accès à la ville depuis qu’il a proposé au Vatican la nomination de deux évêques auxiliaires

peu au goût du régime vietnamien.»

Certes, le pape a pu, entretemps, nommer un nouvel archevêque à Hanoï,

Mgr Paul Joseph Pham Dinh Tung, et de nouveaux évêques pour Bac Ninh, Thuan

Hoa et Da Lat. «Mais l’ancienne Saïgon reste un cas à part,» explique Mgr

Van Thuan. Ce n’est pas seulement la plus grande ville et la capitale économique du pays. C’est aussi celle qui compte, parmi ses 4 millions d’âmes,

la plus forte concentration de catholiques (500’000 sur 6 millions pour le

pays). Elle compte le plus grand nombre de prêtres et de religieuses. Le

gouvernement veille donc énormément à ce que le futur archevêque de Ho Chi

Min-Ville soit un homme qui ait toute sa confiance.

L’Eglise sous surveillance

La chute du mur de Berlin et les bouleversements survenus à l’Est n’ont

pas atténué la méfiance des autorités vietnamiennes à l’égard de l’Eglise

catholique, note Mgr Van Thuan. Le gouvernement de Hanoï attribue ces

bouleversements dont il se sent menacé au «pape polonais». Le gouvernement

de Hanoï n’a pas les moyens d’aller aussi loin que la Chine et de nommer

lui-même les évêques. Mais il tient à avoir son mot à dire, parce qu’il est

convaincu que rien n’est plus dangereux qu’un prélat catholique qui «marche

de travers» !

L’Eglise jouit de la liberté de culte mais pas de la liberté religieuse

Néanmoins, l’Eglise catholique au Vietnam ne connaît plus une situation

de persécution comme dans les années précédentes. «Le régime est arrivé à

la conclusion qu’il n’arrivera pas à extirper la religion par la violence.

Il sait que persécuter l’Eglise risque de renforcer la religion au lieu de

l’affaiblir! L’Eglise jouit actuellement d’une relative liberté sur le plan

strictement religieux. Il n’y a plus de prêtres ni d’évêques, ni de religieuses en prison. Les églises sont ouvertes. Six séminaires ont également

rouvert leurs portes. Mais on s’est gardé de confier à nouveau à l’Eglise

une responsabilité dans l’enseignement ou les hôpitaux. L’Eglise n’a aucune

oeuvre sociale au Vietnam ni même d’association de catholiques. Elle n’a

pas non plus la possibilité d’être présente dans les médias. Elle jouit

d’une certaine liberté de culte, mais pas encore d’une véritable liberté

religieuse.

Si les catholiques réclament un prêtre pour leur communauté, on le leur

concédera. Mais on ne permettra pas à cette communauté de jouer un rôle

quelconque sur le plan social et politique. Au Vietnam, on perçoit très vite que même la prière peut avoir une dimension politique. C’est pourquoi

l’on se méfie de l’influence de l’Eglise et on cherche à la contenir.

L’amélioration est perceptible par rapport aux cinquante années de lutte

contre les Français, les Américains et les Chinois. «Mais ce n’est pas encore ce que voudrait l’Eglise. Celle-ci est tout au plus tolérée comme une

réalité qui devrait un jour disparaître d’elle-même. Ses prêtres sont considérés comme des forces improductives: ils n’ont droit qu’à 13 kilos de

riz par mois, alors qu’un «vrai» travailleur peut s’en procurer 28 kilos.

Les bâtiments des couvents et les abbayes ont été tous confisqués en 1975.

Les missionnaires ont été expulsés. Aujourd’hui, chacun reste sous une constante surveillance: la loi du domicile impose de déclarer toute absence de

chez soi, fût-ce pour une nuit! (apic/cip/mp)

Encadré

Nommé archevêque coadjuteur de Saïgon en avril 1975 une semaine avant la

chute de la ville, Mgr François Van Thuan n’a jamais pu assumer cette

fonction. «Le nouveau régime a vu dans ma nomination un complot ourdi par

l’impérialisme et le Vatican pour retarder la victoire des communistes». Le

15 août 1975, le nouvel archevêque coadjuteur est arrêté et jeté en prison.

Il n’en sortira que 13 ans plus tard. «De 1975 à 1988, personne dans

l’Eglise ne savait où j’étais détenu, raconte-t-il. En 1988, sa libération

fut assorti de conditions sévères: " J’étais à Hanoï et on me filait continuellement. Interdiction de me rendre à l’étranger ou de m’établir à Ho Chi

Minh-Ville.»

Entre 1989 et 1991, les contacts entre le gouvernement vietnamien et le

Vatican se sont multipliés. «Le gouvernement m’a invité en 1991 à prendre

l’avion pour Rome et «provisoirement» à ne pas rentrer au Vietnam.»

Son exil a des résultats paradoxaux: «Je peux faire bien plus pour mon

pays et pour l’Eglise». Mgr Thuan collabore à des émissions radio en vietnamien, notamment pour Radio Vatican ou Radio Veritas à Manille (Philippines). Ces dernières années, trois livres de Mgr Thuan ont paru chez Fayard

sous le titre «Sur le chemin de l’espérance». (apic/cip/mp)

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